Le Green Brief : l'Autriche fait basculer la politique environnementale européenne
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S’il faut retenir une chose de l’année écoulée, c’est que le Green Deal est en perdition. L’action en faveur du climat peut perdurer, mais la protection de l’environnement à l’échelle européenne n’est plus qu’un lointain souvenir. Ce, bien que lundi (17 juin) les États membres ont enfin approuvé un texte sur la restauration de la nature. Mais les difficultés pour arriver à un tel résultat montre les efforts supplémentaires à fournir en la matière.
Tous les regards se sont portés sur le revirement spectaculaire opéré par l’Autriche au cours du week-end et sur les mesures audacieuses prises par la ministre Leonore Gewessler. Or, c’est surtout ce qui s’est passé à l’intérieur de la salle de négociations qui a eu le plus d’impact.
Les ministres ont tous soutenu le texte, sauf ceux participant à des gouvernements d’extrême-droite. Un danger réel puisque ces derniers se multiplient. Conséquence : si le texte est finalement soutenu par une majorité d’États membres, il ressort de ces négociations qu’aller plus loin pour l’environnement au niveau européen va devenir difficile.
Ce, bien que la biodiversité a pris une importance et un symbolisme qu’elle n’avait pas. Des acteurs de poids comme la vice-présidente espagnole Teresa Ribera savent qu’ils peuvent exploiter cette question pour faire valoir leurs convictions progressistes et en faire un élément central de leurs campagnes politiques.
Le centre droit est peut-être moins enthousiasmé par les aspects pratiques et les coûts de la protection de l’environnement, mais il est prêt à conclure des accords — n’oublions pas que la loi sur la restauration de la nature a été édulcorée pour la rendre acceptable d’un point de vue politique.flun
Lors de la réunion de lundi, plusieurs ministres ont fait référence à l’importance des fonds (européens) nécessaires pour financer les efforts de protection de la nature.
Cela ne signifie pas que la protection de l’environnement est promise à un avenir radieux. Les responsables politiques ne seront pas souvent confrontés à une situation comme celle de lundi, où le seul basculement de l’Autriche a permis de faire basculer le texte vers l’adoption.
Les futures lois sur la protection de la nature ne seront pas adoptées facilement. Il y aura des débats houleux et des compromis difficiles à obtenir. La droite et l’extrême droite écolo-sceptiques sont désormais clairement une caractéristique structurelle de la politique européenne.
Mais le vote de lundi a montré que les élus de gauche pensent que leurs électeurs les récompenseront pour leur soutien à la nature. Les élus de droite pensent que leurs électeurs peuvent s’accommoder d’un renforcement de la législation environnementale, dans les limites du raisonnable et à condition que le prix à payer soit correct.
Cela signifie que les libéraux européens disposent d’un champ d’action important pour parvenir à des accords imparfaits, mais significatifs, en vue de renforcer la protection de la nature.
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Pour approfondir
- Allégations environnementales : le Conseil adopte une position laissant présager de longs trilogues — Nathan Canas
- Restauration de la nature : la ministre autrichienne accusée d’abus de pouvoir lors du vote au Conseil — Nikolaus J. Kurmayer
- Loi sur la restauration de la nature : un soutien sur le fil à la veille d’une réunion cruciale du Conseil lundi matin (en anglais) — Donagh Cagney
- Dernier Conseil « Environnement » de la présidence belge : clôture du Green Deal et objectif 2040 (en anglais) — Donagh Cagney, Nathan Canas et Nikolaus J. Kurmayer
- Quelles seront les priorités de la présidence hongroise du Conseil en matière d’énergie, de transport et d’environnement ? — Nathan Canas
- Agenda stratégique de l’UE : les Vingt-Sept veulent tirer parti de la transition écologique pour stimuler l’industrie — Nikolaus J. Kurmayer
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- Véhicules électriques chinois : la Commission européenne annonce des droits de douane allant jusqu’à 38 % — Jonathan Packroff
- Passage à l’électrique : les voitures de fonction toujours à la traîne, selon un rapport — Bárbara Machado
L’actualité en bref
Les Suédois disent « nej » à une connexion électrique avec l’Allemagne. Un interconnecteur d’une capacité de 700 mégawatts (MW) entre les deux pays, le projet Hansa PowerBridge lancé dans les années 2010, s’est vu refuser un permis par les autorités suédoises.
« Nous ne pouvons pas relier le sud de la Suède, qui présente un important déficit de production d’électricité, à l’Allemagne, où le marché de l’électricité ne fonctionne pas efficacement aujourd’hui », a déclaré la ministre suédoise de l’Énergie, Ebba Busch, dans un communiqué, rapporte Reuters.
Le problème ? L’Allemagne (et le Luxembourg) constituent une énorme zone de prix pour l’électricité. La Suède, beaucoup plus petite, compte quatre zones distinctes.
L’Allemagne subit depuis longtemps des pressions de la part de ses voisins (ainsi que de Bruxelles et de Ljubljana, où se trouve l’ACER, l’autorité de régulation de l’UE) pour qu’elle se divise au moins entre le Nord et le Sud.
Cet arrangement fait augmenter les prix de l’électricité du côté allemand de la frontière suédoise. Toute nouvelle interconnexion germano-suédoise entraînerait donc des flux massifs d’électricité de la Suède vers l’Allemagne.
« Cela risquerait d’entraîner une hausse des prix et une plus grande instabilité du marché de l’électricité en Suède », a averti Mme Busch.
Jusqu’à présent, Berlin a résisté à une scission — une étude clé portant sur l’opérateur du réseau de transport est attendue d’ici la fin de l’année 2024.
Les médias allemands de droite et les législateurs de la CDU (PPE) de centre-droit ont quant à eux profité de ce « nej » pour critiquer le ministre de l’Économie Robert Habeck (Verts).
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Nouveautés concernant les objectifs climatiques pour 2040. Lors d’une réunion ministérielle qui s’est tenue lundi, deux pays qui n’avaient pas encore adhéré à l’objectif de 90 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre ont fait savoir qu’ils le soutenaient.
La République tchèque, auparavant fermement opposée, qui a insisté sur le besoin de flexibilité, a déclaré que l’objectif nécessiterait l’approbation des dirigeants de l’UE et souhaite attendre que tous les plans nationaux en matière d’énergie et de climat soient soumis, « ce qui [lui] donnera une idée claire de [sa] position ». La Pologne, qui s’est également opposée au projet par le passé, a déclaré que l’objectif 2040 avait un rôle à jouer dans la « diplomatie climatique internationale » de l’UE.
Les deux États membres ont souligné le rôle que jouera la prochaine taxe européenne CO2 sur les importations afin de créer un « champ d’action équitable », comme les Polonais l’ont qualifié.
La Grèce y est restée fermement opposée. « Relever unilatéralement notre ambition est contre-productif », a déclaré Petros Varelidis, secrétaire général chargé de l’environnement et de l’eau. Athènes préconise plutôt de mettre l’accent sur une « transition juste », c’est-à-dire des transferts fiscaux en faveur des régions les plus pauvres et les plus touchées par l’action climatique.
Les pays « neutres » ont continué à insister pour que les fonds de l’UE soutiennent un objectif plus ambitieux, les négociations à venir sur le budget pluriannuel de l’UE devenant un point central.
– Nikolaus J. Kurmayer
Agenda
- 27-28 JUIN. Conseil européen
- 14 OCTOBRE. Conseil « Environnement »
- 17-18 OCTOBRE. Conseil européen
- 16 DÉCEMBRE. Conseil « Énergie »
- 17 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement »
- 19-20 DÉCEMBRE. Conseil européen
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