Le Green Brief : 2024 pourrait être l’année de l’hydroélectricité
Le Green Brief d’Euractiv, vous propose un tour d’horizon de l’actualité concernant l’énergie et l’environnement dans toute l’Europe.
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Alors que tout se joue à Bruxelles, l’industrie européenne de l’hydroélectricité cherche à y obtenir davantage d’attention.
Tout d’abord, de bonnes nouvelles : la fin de l’année 2023 et le début de l’année 2024 se sont avérés excellents pour l’industrie — les pluies abondantes font tourner les turbines et le secteur a réussi à se glisser dans le règlement pour une industrie « zéro net » (Net-Zero Industry Act, NZIA), de justesse.
Les Unes positives sont rares pour un secteur qui a contribué à la crise énergétique de 2022 — la production a chuté de 20 % entre 2021 et 2022 en raison d’une sécheresse généralisée — et qui, après avoir dominé pendant un siècle, a été dépassé en 2019 par l’éolien en tant que première source d’énergie renouvelable de l’UE. L’année 2023 a été marquée toutefois par un rebond de 15 %, avec une production de 315 térawattheures. L’année 2024 est en bonne voie pour atteindre les niveaux de production de 2021. L’hydroélectricité est officiellement de retour.
Sur le plan politique, c’est plus compliqué… Pas plus tard que le 14 mars, une alliance industrielle de grande envergure s’est sentie obligée d’appeler « les décideurs européens à promouvoir l’hydroélectricité en tant que pierre angulaire vitale de notre avenir en matière d’énergie renouvelable ».
« Afin de débloquer tout le potentiel de l’énergie hydroélectrique européenne, de dissiper les préjugés et d’encourager une conversation fondée sur une réalité tangible », l’alliance — composée de l’association européenne Eurelectric et des dix fournisseurs d’électricité européens qui exploitent des centrales hydroélectriques — cherche des « champions » pour défendre sa cause.
Leur plus gros problème ? Comparée aux nouvelles énergies renouvelables, l’hydroélectricité ressemble à quelque chose qui date du début du XXe siècle. Inonder des vallées alpines entières au nom de l’énergie et du progrès n’est plus du goût des électeurs…
En Autriche, le mouvement de protection de la nature qui s’oppose à l’hydroélectricité est né chez les Verts. Depuis, la construction de barrages dans les Alpes est devenue un sujet de discussion privilégié pour l’extrême droite.
En théorie, la majorité des élus s’accordent à dire que l’hydroélectricité est indispensable dans la transition énergétique de l’Europe. Dans la pratique, la plupart des nouvelles législations européennes affectent le secteur.
Depuis 15 ans, Bruxelles se dispute activement avec la France, premier acteur du secteur en UE (2e en Europe, derrière la Norvège) et ses 25,4 GW de puissance installée. L’entreprise publique EDF, gestionnaire de 80 % des barrages est en effet en désaccord avec la Commission européenne sur la question des concessions, dont le renouvellement suppose, selon l’exécutif européen, une mise en concurrence.
Sauf que Paris s’y refuse catégoriquement. Ouvrir les 447 barrages français à un processus d’appel d’offres signifie « laisser des concurrents étrangers exploiter les barrages français. Ce n’est pas une option », a déclaré en ce sens le ministre de l’Économie Bruno Le Maire en mars.
Malheureusement, la remise en état et l’amélioration des barrages est impossible tant que la situation est bloquée — cela suppose en effet de rouvrir les contrats de concessions et donc de les geler en raison du conflit.
L’industrie monte au créneau
D’un autre côté, le secteur continue de souffrir du fait que les barrages hydroélectriques ajoutent à la fragmentation des cours d’eau européens, bien qu’ils ne représentent que 5 % des barrières, insiste l’industrie. A cela s’ajoute les nouvelles règles environnementales de l’UE, qui ont tendance à agiter le secteur. Finalement, l’hydroélectricité a réussi, non sans mal, à obtenir une dérogation à la loi contestée sur la restauration de la nature.
L’industrie, à cran, a changé de stratégie et s’efforce de faire valoir ses atouts, à savoir la flexibilité (grâce aux bassins de montagne et aux installations de pompage-turbinage qui représentent aujourd’hui 90 % de la capacité de stockage de l’UE) et la production d’énergie verte sur le territoire national.
Le secteur met également en avant son haut degré de maturité technologique et son inertie, qui sont essentiels pour stabiliser la fréquence des futurs réseaux électriques européens et que ni l’énergie solaire ni l’énergie éolienne ne peuvent suffisamment assurer.
Mais le bilan reste mitigé. On dit dans les bureaux de la Commission qu’il est peu probable qu’une stratégie de soutien sur mesure soit mise en place pour l’hydroélectricité. Toutefois, le secteur est susceptible de jouer un rôle clé dans les orientations futures de l’UE en matière de stockage et de flexibilité de l’énergie.
Il y a peut-être de l’espoir. Un nouveau commissaire à l’Énergie, peut-être originaire d’Espagne où l’hydroélectricité joue un rôle important, serait-il plus réceptif que Frans Timmermans ?
Une chose est sûre : les cartes sont en train d’être redistribuées à Bruxelles, et le secteur de l’hydroélectricité souhaite obtenir une plus grande part du gâteau. Historiquement, le secteur n’a pas été couronné de succès à cet égard. Mais peut-être que son heure a sonné ?
— Nikolaus J. Kurmayer
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Agenda
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- PRINTEMPS 2024. Première Évaluation européenne des risques climatiques.
- 6-9 JUIN. Élections européennes.
- 17 JUIN. Conseil « Environnement » (Luxembourg).
- 27-28 JUIN. Conseil européen.
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