La nationalisation d’EDF relance le débat sur la restructuration de l’électricien français

Dans la foulée du vote du Parlement européen sur l'introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte de l'UE, mercredi (6 juillet), la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé que le gouvernement souhaitait nationaliser EDF.

Euractiv France
Première ministre Elisabeth Borne au pupitre de l’Assemblée nationale
Mercredi 6 juillet, devant une Assemblée nationale non acquise à sa cause, la Première ministre Elisabeth Borne dynamite son discours de politique générale en annonçant "l'intention de l'État de détenir 100% du capital d'EDF". [EPA-EFE/Mohammed Badra]

Dans la foulée du vote du Parlement européen sur l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte de l’UE, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé que le gouvernement souhaitait nationaliser EDF, le géant français de l’énergie.

Mercredi (6 juillet), devant une Assemblée nationale non acquise à sa cause, la Première ministre Elisabeth Borne dynamite son discours de politique générale avec une annonce fracassante : « je vous confirme aujourd’hui l’intention de l’État de détenir 100% du capital d’EDF ».

Les applaudissements pleuvent du centre d’une assemblée aux airs de foule romaine. Se rappelant à l’Histoire, la cheffe du gouvernement déclare solennellement que la France doit « assurer [sa] souveraineté face aux conséquences de la guerre et aux défis colossaux à venir ».

Cette rumeur de nationalisation parcourait les rédactions depuis quelques semaines. Dans le doute, EURACTIV avait posé directement la question à des responsables d’EDF. Ces derniers avaient répondu, sans avancer de source officielle, qu’il y avait « des réflexions en cours ».

Le nucléaire d’EDF en partie concerné par la taxonomie verte

L’intention de l’État est dorénavant connue, trois heures après que le Parlement européen s’est prononcé en faveur de l’introduction du gaz et du nucléaire dans la taxonomie de l’UE sur la finance durable.

Le gouvernement profite ainsi d’un concours de circonstances bienheureux pour faire entendre ses positions. Car s’il accueille favorablement cette taxonomie, celle-ci ne permet d’encourager que les investissements privés.

Le géant français de l’énergie n’est donc qu’assez peu concerné, puisque l’État détient déjà plus de 83% de son capital. Dès lors, cette annonce de nationalisation n’est pas une révolution rouge, mais elle devrait permettre à la France de renforcer souverainement ses investissements.

« Nous investirons dans le nucléaire avec la construction de nouveaux réacteurs et des innovations pour le nucléaire du futur. C’est une énergie décarbonée, souveraine et compétitive », a ainsi déclaré Elisabeth Borne lors de son discours de politique générale.

« Réussir la transition énergétique, c’est la piloter » a-t-elle ajouté, en référence directe au caractère pilotable du nucléaire face à l’intermittence des énergies renouvelables (EnR).

Tout un programme esquissé dès novembre 2021 par Emmanuel Macron de rallongement de la vie des centrales nucléaires existantes, de construction de 14 réacteurs de grande taille et de développement de petits réacteurs modulaires (SMR).

Cette annonce de nationalisation est « assez habile » selon l’économiste Mathieu Plane invité sur le plateau de LCP. Cependant, les oppositions demandent des garanties et des précisions sur l’internalisation des pertes.

Elisabeth Borne n’a, en effet, pas précisé les modalités de son action. Dès lors, le doute est permis d’imaginer le recours à une nationalisation partielle au travers d’une relance du projet Hercule.

Relance du projet Hercule ?

Ce projet prévoit de diviser l’énergéticien en deux entités : l’une publique pour le nucléaire, et l’autre privée pour les EnR.

D’un côté, l’État assumerait le maintien et le développement du parc nucléaire sans craindre la pression des marchés financiers. De l’autre, la France profiterait de l’enthousiasme de ces mêmes marchés pour les EnR pour rattraper au plus vite son retard de développement par rapport à la moyenne européenne.

Nationaliser au moins la partie nucléaire du groupe serait même « la solution la moins pire » selon l’économiste Elie Cohen qui fait part de son point de vue dans une tribune au titre bien trouvé et publiée par le think tank social-libéral Terra Nova.

Contacté par EURACTIV, l’économiste et directeur de recherche au CNRS assurait en amont du vote sur la taxonomie, que dans le cas où il serait négatif, la France ne remettrait pas en cause son mix nucléarisé pour autant.

La garantie que le contribuable Français apporterait aux prêteurs resterait néanmoins la meilleure assurance vie pour EDF et l’atome.

En ce sens, quelle que soit la méthode pour parvenir à ses fins, Elisabeth Borne affirme que la nationalisation « permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique ».

D’autres mesures de soutien

Toujours dans une logique d’émancipation des énergies fossiles, la Première ministre précise plusieurs autres mesures dans le projet de loi « pouvoir d’achat » présenté jeudi (7 juillet) en Conseil des ministres.

D’abord, le maintien de la remise de 0,18 centimes par litre d’essence « jusqu’à la fin de l’été » au moins, avec une dépréciation progressive jusqu’à la fin de l’aide au 1er décembre.

Une mesure spéciale prendra le relais pour ceux des plus modestes qui utilisent leur véhicule pour travailler ou pour aller travailler.

Le gouvernement propose également le maintien des boucliers tarifaires sur le gaz et l’électricité jusqu’à la fin de l’année.

Entre autres, Elisabeth Borne annonce aussi le développement d’une offre de « location longue durée » de voiture électrique à partir de 100 euros par mois.

L’argent public serait « mieux utilisé si c’est pour passer à des mobilités propres plutôt que de subventionner très longtemps des énergies fossiles » conclut la cheffe du nouveau gouvernement.

[Article mis à jour prenant en compte les dernières mesures annoncées dans le projet de loi « pouvoir d’achat » présentée en Conseil des ministres le 7 juillet]