Le gouvernement roumain sous pression en raison d’un déficit budgétaire élevé

Le gouvernement roumain est soumis à une pression croissante pour réduire son déficit budgétaire qui connaît une hausse vertigineuse, le pays risquant des mesures punitives de la part de la Commission européenne si ce déficit n’est pas maîtrisé avant la fin de l’année.

Euractiv.com
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Le Premier ministre roumain Marcel Ciolacu (Parti social-démocrate, PSD). [EPA-EFE/Robert Ghement]

Le gouvernement roumain est soumis à une pression croissante pour réduire son déficit budgétaire qui connaît une hausse vertigineuse. Le pays risque de faire l’objet de mesures punitives de la part de la Commission européenne si ce déficit n’est pas maîtrisé avant la fin de l’année.

La Roumanie est actuellement le seul pays de l’Union européenne à faire l’objet d’une procédure concernant les déficits excessifs, qui l’oblige à mettre en place une série de mesures et de politiques correctives.

La Commission européenne, dont certains représentants se sont rendus à Bucarest la semaine dernière, a indiqué que le déficit budgétaire roumain pour 2023 a continué à se creuser, contrairement au plan initial du gouvernement. En outre, selon l’exécutif européen, l’approche de l’année électorale pourrait aggraver ce déficit, car les recettes ont été surestimées et les dépenses sous-estimées.

Le déficit budgétaire du pays a augmenté de manière significative au cours de ces cinq premiers mois de l’année. Alors que les recettes totales ont augmenté de 10,4 %, les dépenses ont enregistré une hausse considérable de 17,3 %.

Le budget de cette année prévoit un déficit de 4,4 % du PIB, mais il pourrait dépasser 6 % si un certain nombre de mesures ne sont pas prises d’urgence. Il s’agirait d’une détérioration par rapport aux 5,7 % du PIB enregistré en 2022, a écrit l’économiste en chef de la Banque nationale de Roumanie (BNR), Valentin Lazea, dans un article publié sur le blog Opinii BNR.

Selon lui, si aucune mesure n’est prise en 2023 ou 2024, la Roumanie deviendra « le prochain candidat à l’aide du Fonds monétaire international et risque une éventuelle suspension des fonds de la Commission européenne ».

Des sources de la Banque nationale de Roumanie (BNR) ont indiqué à EURACTIV que le risque que la Roumanie soit déclassée par les agences de notation au rang « spéculatif » était encore plus grave que la suspension des fonds.

Elles ont également déclaré que les agences de notation maintiennent la Roumanie au rang « valeur d’investissement » pour le moment parce qu’elles estiment que le gouvernement roumain peut respecter son budget et qu’il sera en mesure de continuer à attirer l’argent des fonds européens.

La Commission hausse le ton

La semaine dernière, deux hauts responsables de la Commission européenne se sont rendus à Bucarest. Accompagnés d’équipes techniques, ils ont discuté avec le gouvernement dirigé par le Premier ministre socialiste Marcel Ciolacu des questions liées à la viabilité budgétaire et au plan national pour la reprise et la résilience (PRR).

Selon la presse économique roumaine, la Commission voulait s’assurer que le gouvernement de Bucarest comprenait le lien entre le déséquilibre budgétaire et le blocage possible des fonds européens.

La Commission souhaite en particulier que la Roumanie mette en place un plan pour revenir à l’objectif de déficit maximum de 3 % du PIB.

« La discussion avec Céline Gauer [de la Commission] et le gouvernement a été extrêmement difficile. Elle a été sévère et radicale dans son approche au début et a réclamé des augmentations de taxes pour que la Roumanie ne perde pas de fonds européens et atteigne l’objectif de déficit de 4,4 % », ont déclaré des sources gouvernementales citées par le journal Libertatea.

Ces mêmes sources ont également précisé que les deux parties « semblaient prêtes à faire des concessions ».

Le ministre des Finances Marcel Boloș a confié à Libertatea lundi (17 juillet) qu’il était « hors de question » pour la Roumanie que son déficit budgétaire soit supérieur à 5 %, à moins qu’elle ne veuille que ses fonds européens soient suspendus.

La Roumanie connaît un déficit budgétaire excessif depuis 2019, date à laquelle il s’élevait à 4 % du PIB.

La Roumanie avait déjà risqué de faire l’objet de mesures d’austérité en 2020, mais elle s’en était tirée temporairement, car l’UE avait suspendu les règles budgétaires à la suite de la pandémie de coronavirus, ce qui avait permis aux États membres d’augmenter leurs dépenses au-delà des 3 % du PIB.

En 2021, le Conseil de l’UE avait adopté une recommandation au titre de la procédure concernant les déficits excessifs pour que la Roumanie mette « fin à la situation de déficit excessif en 2024 au plus tard ». Si la violation des règles persiste, l’UE peut bloquer les Fonds de cohésion et imposer des sanctions financières pouvant aller jusqu’à 0,2 % du PIB.

Un accord informel ?

Après la visite des représentants de la Commission, des sources gouvernementales ont indiqué à EURACTIV que le gouvernement avait conclu un accord informel afin que l’exécutif européen ne suspende pas le financement même si l’État roumain ne parvenait pas à atteindre les objectifs précédemment fixés dans le cadre de la procédure concernant les déficits excessifs en 2023 et en 2024.

Les mêmes sources gouvernementales ont cependant déclaré que la dérogation avait été obtenue à condition que le gouvernement adopte un paquet de réformes en accord avec les recommandations nationales de la Commission.

L’exécutif européen a refusé de commenter l’accord informel.

Un porte-parole de l’institution a confié à EURACTIV que la Commission entretenait des échanges constructifs constants avec tous les États membres, dont la Roumanie, sur la mise en œuvre de leurs plans pour la reprise et la résilience.

« Les discussions avec les autorités roumaines ont porté sur la mise en œuvre du plan de relance », a déclaré le porte-parole, ajoutant qu’« il y a également eu des échanges constructifs avec les autorités pour mettre les finances publiques de la Roumanie sur une trajectoire durable ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]