Le gouvernement invoque "la situation géopolitique" européenne pour justifier le rachat d'EDF par l'État
Le gouvernement confirme son intention d'acheter les 15,9% de titres restants d'EDF. Les autorités arguent d'une mesure pour « l'indépendance et la souveraineté énergétique de la France », les oppositions craignent les conditions qu'imposera l'Union européenne.
Le gouvernement confirme son intention d’acheter les 15,9% de titres restants d’EDF. Les autorités arguent d’une mesure pour « l’indépendance et la souveraineté énergétique de la France », tandis que les oppositions craignent les conséquences des conditions qu’imposera l’Union européenne.
En retirant le titre de la côte par une offre d’achat publique (OPA), l’État serait donc « le seul pilote » à bord, selon l’expression du Professeur Jean-Michel Gauthier, interviewé par EURACTIV à ce sujet.
Dès lors, le gouvernement n’aurait plus les mains liées pour relancer les activités du fleuron français de l’énergie nucléaire qui souffre actuellement de plusieurs maux.
D’abord, celui du maintien des réacteurs existants. Le programme dit « Grand Carénage » d’allongement de la durée de vie des réacteurs existant est évalué à plus de 50 milliards d’euros d’ici à 2030, hors coûts d’exploitation.
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Ensuite, cela permettrait de lancer le programme de construction de six nouveaux réacteurs nucléaires souhaité par le Président de la République d’ici à 2035, évalué à plus de 50 milliards d’euros.
À terme, d’assurer une « production abondante d’électricité decarbonée », selon la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, invitée d’Europe 1 mardi matin (19 juillet).
Par ailleurs, le pays doit également faire en ce moment avec un parc nucléaire qui tourne au ralenti, entre les maintenances programmées, les problèmes de corrosions et la canicule qui oblige l’arrêt de certains réacteurs pour éviter de réchauffer les cours d’eaux.
Sur ce dernier point, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient d’accorder à EDF une « dérogation temporaire » pour quatre réacteurs, car en vue de la situation de l’approvisionnement, cela est devenu « indispensable à la sécurité du réseau électrique » déclare-t-elle.
Néanmoins, c’est avant tout « la situation géopolitique [qui] impose des décisions fortes [recapitalisation] pour assurer l’indépendance et la souveraineté énergétique de la France », martèle le ministère de l’Économie, dès les premiers mots de son communiqué de presse.
Remise en cause du marché européen de l’électricité
Parallèlement à la guerre en Ukraine, le fonctionnement du marché européen de l’électricité aggrave la situation, car la flambée des prix du gaz entraîne celle de l’électricité. Dès lors, les oppositions remettent en question le fondement même de ce marché européen de l’électricité.
Certains comme Sébastien Jumel, député communiste (NUPES), membre de la Commission des affaires économiques en charge de l’étude du projet de loi dit « pouvoir d’achat », exigent même « une exception énergétique […] sur la production électrique pour la sortir de la logique de marché ».
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Contacté par EURACTIV pour préciser ses propos tenus en conférence de presse mardi (19 juillet), le député de Seine-Maritime annonce qu’il mettra en place un « groupe inter-parlementaire et syndical » sur ces questions.
Pour M. Jumel, cette opération est aussi et surtout la première étape vers le démantèlement de l’énergéticien, s’interrogeant sur les conditions qu’imposera l’Union européenne pour cette recapitalisation.
« L’opération de marché du gouvernement est une duperie qui prépare en cachette le retour d’une découpe de notre entreprise publique », déclare-t-il.
Même crainte pour Marine Le Pen. La Présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale est même prête à mettre sa « main à couper que le projet Hercule va revenir sur la table », comme elle le prétendait sur le plateau de BFM TV le 10 juillet.
Une opération à 9,7 milliards
En outre, la députée du Pas-de-Calais dénonce sur Twitter le « cynisme » d’un gouvernement qui « ose gaspiller 10 milliards d’euros pour faciliter le démantèlement d’EDF. »
« C’est une opération extrêmement coûteuse qui n’a aucun but d’intérêt national », ajoute Jean-Philippe Tanguy député RN de la Somme, contacté par EURACTIV. Cette opération est surtout « une annonce qui a fait bondir le titre sans aucune précaution » clame-t-il.
Le cours de l’action d’EDF a en effet augmenté de plus de 30% entre l’annonce du gouvernement (6 juillet) et l’ouverture des marchés ce mercredi (20 juillet), après suspension du cours le 13 juillet sur demande d’EDF pour éviter, justement qu’il s’emballe.
D’après M. Tanguy, le gouvernement « ne va pas chercher à faire baisser le prix« . Le ministre de l’Économie propose d’ailleurs un rachat des titres à hauteur de 12€/action, soit un peu plus que le cours actuel. Cela représente même une prime de 53% par rapport au prix de l’action à la veille de l’annonce d’Elisabeth Borne lors de son discours de politique générale (5 juillet).
Le gouvernement envisage de déposer l’OPA auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) d’ici début septembre.
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[Davide Basso a contribué à la rédaction de cet article.]