Le gouvernement français dans la tourmente après les heurts au Stade de France

Depuis la soirée de samedi (28 mai), le ministre de l’Intérieur tente de contrecarrer la charge des oppositions et de la presse anglaise quant aux multiples incidents survenus au Stade de France lors de la finale de la Ligue des Champions.

Euractiv France
Liverpool FC vs Real Madrid
La police anti-émeute française face aux supporters de Liverpool au Stade de France de Saint-Denis, près de Paris samedi (28 mai). [EPA-EFE/YOAN VALAT]

Depuis la soirée de samedi (28 mai), le ministre de l’Intérieur tente de contrecarrer la charge des oppositions et de la presse anglaise quant aux multiples incidents survenus au Stade de France lors de la finale de la Ligue des Champions.

Quand le football devient politique : la polémique qui agite le débat public depuis ce week-end s’articule autour de la finale de la Ligue des Champions de ce samedi, qui opposait les équipes de Liverpool et du Real Madrid.

Des épisodes de violence et de forte désorganisation ont émaillé l’un des évènements sportifs des plus suivis du continent, que la presse étrangère a qualifié de fiasco. 

Plusieurs milliers de supporters anglais qui étaient bien titulaires d’un billet ont été refoulés du stade, d’autres ont été bousculés par les forces de l’ordre, et des centaines d’entre eux ont été victimes de vols perpétrés par des jeunes français, selon les journalistes espagnols et anglais présents sur place.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra ont été dépêchés devant les journalistes lundi (30 mai) pour expliquer les débordements et sont convoqués par le Sénat mercredi (1er juin) pour être auditionnés.

Reconnaissant qu’ « il n’y a pas lieu d’être fiers » face aux débordements constatés, M. Darmanin a néanmoins déchargé les responsabilités sur les supporters de Liverpool.

Selon lui, une « fraude massive, industrielle et organisée de faux billets » a abouti à ce que « trente mille à quarante mille supporters anglais se sont retrouvés au Stade de France, soit sans billets, soit avec des billets falsifiés ». L’Union des associations européennes de football (UEFA) a avancé les mêmes explications.

Sans pour autant confirmer les chiffres avancés par Gérald Darmanin, le maire de Saint-Denis Mathieu Hanotin – où se trouve le Stade de France – a indiqué, sur BFM-TV mardi, que le problème était bien réel : « une personne sur quatre côté anglais avait des faux billets. Or le système est prévu pour gérer un faux billet sur 100, ça a créé des engorgements ».

Des engorgements qui ont pu créer des mouvements de foule, exacerbés par une grève des transports parisiens ayant généré des retards et empêché des arrivées plus dispersées des supporters.

Quant aux personnes – adultes et enfants – qui ont été aspergées par des gaz lacrymogènes, le ministre se désole d’un usage « pas proportionné » par les forces de l’ordre des instruments de répression et reconnaît des « images déplorables ».

Mais M. Darmanin a choisi de défendre les policiers et assure que « la doctrine de maintien de l’ordre français a permis d’éviter des morts et des blessés ».

Cette ligne de défense ne convainc pas les oppositions – gonflées à bloc par les élections législatives qui se tiennent dans deux semaines.

L’extrême droite accuse le ministre de l’Intérieur d’être un « menteur pathologique », qui préférerait « risquer un incident diplomatique avec la Grande-Bretagne » plutôt que de reconnaître la responsabilité « de bandes de jeunes » des banlieue qui s’en sont pris aux supporters anglais, selon les mots de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, mardi matin sur France Inter.

Pour La France Insoumise, Adrien Quattenens considère que la France est « humiliée » et que le ministre de l’Intérieur et le préfet de police Didier Lallement sont « incapables d’assurer la sûreté et la tranquillité publiques ». Il s’inquiète aussi d’une dérive autoritaire dans « la doctrine de maintien de l’ordre » et l’emploi de la force publique.

Le gouvernement est jugé « incapable » d’organiser un évènement sportif d’ampleur aussi bien par M. Bardella que par M. Quattenens.

Les oppositions et les observateurs s’interrogent unanimement sur la capacité de la France à organiser les Jeux olympiques de Paris en 2024 et la Coupe du Monde de Rugby en 2023, et à assurer la sécurité des visiteurs et des habitants de la capitale.