Le gouvernement débloque 4 milliards d'euros pour l'hydrogène décarboné

Alors que la mise à jour de la stratégie nationale hydrogène se fait attendre, le gouvernement français débloque 4 milliards d'euros de subventions pour soutenir le développement de projets d'hydrogène décarboné

Euractiv France
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La ministre de la Transition énergétique française, Agnès Pannier-Runacher, lors du conseil Transport, Telecommunications et Energie extraordinaire à Bruxelles, le 22 septembre 2023. [Conseil de l'UE]

Alors que la mise à jour de la stratégie nationale hydrogène se fait attendre, le gouvernement français va débloquer 4 milliards d’euros de subventions sous forme de contrats public-privé pour soutenir le développement de projets d’hydrogène décarboné.

Ce n’est plus un secret, l’UE souhaite massivement développer l’hydrogène décarboné pour devenir le champion mondial en la matière. L’objectif est de produire et d’importer 20 millions de tonnes d’hydrogène décarboné par an d’ici 2030, comme prévu dans le programme REPowerEU de réduction de la dépendance européenne aux énergies fossiles russes.

Plusieurs stratégies sont avancées du côté des États membres. La France privilégie la production domestique, quand l’Allemagne sollicite davantage l’importation.

Lundi (28 août), le gouvernement français a annoncé l’adoption dans les prochaines semaines d’un décret clé débloquant un chèque de 4 milliards d’euros pour subventionnier le développement de capacité de production d’hydrogène décarboné, dans le cadre des 9 milliards de soutiens publics annoncés fin 2020.

Avec ce décret, l’objectif est de soutenir plusieurs projets représentant au total 1 GW de puissance, soit plus ou moins 140 000 tonnes produites par an, indique à EURACTIV France Maxime Sagot, chargé d’affaires publiques et réglementaires Hydrogène chez EDF.

Le premier électrolyseur est attendu pour 2026.

Contrats d’écart compensatoire ?

Concrètement, le soutien public d’une durée de 15 ans prendra la forme d’une aide, possiblement avant les premiers kilos produits, pour compenser l’écart d’un facteur 2 à 4 entre le prix élevé de l’hydrogène décarboné et le prix plus faible de l’hydrogène carboné, explique M. Sagot.

Si les prix s’inversent, les producteurs payeront tout ou partie de la différence à l’État.

Une façon de lisser les prix, à la manière notamment des contrats d’écart compensatoire (« contract for difference », CfD) actuellement en place pour le développement des énergies renouvelables en France et en cours de négociation à Bruxelles dans le cadre de la réforme du marché européen de l’électricité.

Écart des prix incertain

Le type de contrat choisi n’est pas encore définitivement fixé ni la faculté de l’État à compenser entièrement l’écart important entre les prix de l’hydrogène décarboné et carboné.

Plusieurs moyens pourraient permettre de réduire la différence, selon M. Sagot : effets d’échelles industriels sur la fabrication des électrolyseurs, maîtrise accrue des coûts de fourniture d’électricité décarbonée ou fin des quotas gratuits pour les sites de production d’hydrogène fossile.

Aussi, « la réforme en cours du marché de l’électricité européen pourrait aider à l’avenir en encourageant les contrats d’achat de long terme de l’électricité », explique-t-il.

En attendant que ces possibilités se mettent en place, l’écart entre les prix « devrait se maintenir encore un moment, compte tenu des liens entre prix du gaz et de l’électricité sur le marché européen », poursuit-t-il.

Par conséquent, « la subvention [publique] pourrait couvrir une part plus ou moins grande de la différence » entre les prix de l’hydrogène décarboné et carboné, afin de maintenir l’équilibre entre les fonds de soutien alloués et l’objectif poursuivi, conclut M. Sagot.

En clair, il n’y a pour l’heure pas d’assurance que les subventions publiques couvrent automatiquement la totalité du delta.

Des projets soutenus par l’UE

Avec ce décret, la France déroule sa stratégie nationale hydrogène dévoilée en septembre 2020, après s’être battue en 2023 pour que l’hydrogène produit à partir d’électricité nucléaire puisse participer aux efforts de décarbonation de l’UE.

Paris se rêve plus que jamais en « leader » européen de l’hydrogène et souhaite déployer 6,5 GW d’hydrogène décarboné d’ici à 2030.

Un objectif qui pourrait être dépassé en vue des différents projets en cours de développement en France.

Parmi ceux-ci, certains prennent place dans des « projets importants d’intérêts européens communs » (PIIEC). Ils profitent à ce titre, de plus de 10 milliards d’euros de fonds européens et plus d’une quinzaine de milliards d’euros de fonds privés.

Plus de 80 projets dans toute l’UE et répartis sur deux PIIEC sont concernés.

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, se rend d’ailleurs mercredi (31 août) dans le Haut-Rhin (Grand Est) sur les sites de deux projets couverts par des PIIEC, dont un porte sur une usine de production de 1 GW d’électrolyseurs.

[Édité par Frédéric Simon]