Le gouvernement de Giorgia Meloni se pose en chantre de la discipline budgétaire

Le gouvernement populiste de Giorgia Meloni tente de donner des gages sur sa discipline budgétaire à la Commission européenne, en affichant mardi des objectifs ambitieux en matière de réduction des déficits et de l'énorme dette de l'Italie.

Spanish prime minister visits Italy
La politique économique de l'Italie pour les années à venir est marquée par "la stabilité, la crédibilité et la croissance [...] Telles sont les cartes avec lesquelles l'Italie se présente en Europe", a commenté la Première ministre. [RICCARDO ANTIMIANI/EPA-EFE]

Le gouvernement populiste de Giorgia Meloni tente de donner des gages sur sa discipline budgétaire à la Commission européenne, en affichant mardi (11 avril) des objectifs ambitieux en matière de réduction des déficits et de l’énorme dette de l’Italie.

Déjà en bisbille avec Bruxelles sur les retards pris par son plan de relance financé par des fonds européens, Rome cherche à éviter à tout prix d’ouvrir un autre front, celui de la maîtrise des dépenses.

La politique économique de l’Italie pour les années à venir est marquée par « la stabilité, la crédibilité et la croissance […] Telles sont les cartes avec lesquelles l’Italie se présente en Europe« , a commenté la Première ministre.

L’objectif de déficit public a ainsi été maintenu à 4,5 % du Produit intérieur brut (PIB) pour cette année, en nette baisse par rapport aux 8 % enregistrés en 2022, grâce notamment à l’accalmie sur les prix de l’énergie qui réduit les subventions versées aux ménages et aux entreprises.

A législation constante, donc sans mesures de relance supplémentaires, le déficit serait de 4,35 % du PIB. La différence entre les deux taux dégage une modeste marge de manoeuvre de 3 milliards d’euros.

Cette somme permettra de réduire cette année les cotisations de Sécurité sociale pour les salariés à faibles et moyens revenus afin de « soutenir le pouvoir d’achat des ménages », a annoncé le gouvernement.

« Approche prudente »

Rome s’engage ainsi à réduire « progressivement » mais « durablement » le déficit public, qui devrait passer à 3,7 % du PIB en 2024, 3 % en 2025 et 2,5 % en 2026.

Parallèlement, le ratio de la dette publique devrait baisser à 140,4 % du PIB en 2026, contre 144,4 % en 2022, tout en restant nettement au-dessus de la moyenne de la zone euro.

Ces objectifs confirment « l’approche prudente et réaliste, visant à démontrer le sérieux et la fiabilité » de l’Italie, « tant aux marchés qu’à l’Union européenne», a fait valoir le ministère de l’Economie.

Les critères du Pacte de stabilité, qui imposent un déficit public sous les 3 % de PIB et une dette sous les 60 %, ont volé en éclats en 2020 en raison des sommes considérables dépensées pour faire face à la crise sanitaire.

Les discussions entre les membres de la zone euro sur la réforme de ces règles sont laborieuses.

A Rome, la prudence est aussi de mise pour les prévisions de croissance. Si celle pour 2023 a été relevée à 1 % contre 0,6 % prévu en novembre, celle pour 2024 a été abaissée à 1,5 %, contre 1,9 % auparavant.

Retards du plan de relance

Le contexte économique « reste incertain et risqué en raison de la guerre en Ukraine, des fortes tensions géopolitiques, de la hausse des taux d’intérêt » et des « crises localisées dans le système bancaire et financier international », juge le gouvernement.

Les retards pris par le plan italien de relance censé stimuler la croissance ont dû également peser sur ces prévisions.

Première bénéficiaire du plan européen post-pandémie, l’Italie devrait encaisser 191,5 milliards d’euros d’ici 2026 mais elle est à la traîne sur les réformes à mener en échange de l’aide et peine à dépenser l’argent reçu.

« Certains projets ne pourront pas être réalisés d’ici au 30 juin 2026, c’est mathématique », a reconnu fin mars le ministre aux Affaires européennes Raffaele Fitto, qui supervise le plan.

Le déboursement de la troisième tranche de 19 milliards d’euros a été gelé par Bruxelles fin mars, en attendant des clarifications sur certains objectifs.