Le gouvernement allemand tente de retrouver son unité

Dans sa tentative de trouver une certaine unité pour faire face aux crises du coût de la vie et de l’énergie, ainsi qu’à la guerre menée par la Russie en Ukraine, le gouvernement allemand se réunit pendant deux jours en dehors de Berlin.

EURACTIV Allemagne
Closed meeting of the German Federal Cabinet at Meseberg Palace
(De gauche à droite) Le ministre allemand de l’Économie et du Climat Robert Habeck, le chancelier allemand Olaf Scholz et le ministre allemand des Finances Christian Lindner lors d’une conférence de presse après une réunion à huis clos du cabinet fédéral à Meseberg, en Allemagne, le 4 mai 2022. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Face aux divisions internes sur le coût de la vie et de l’énergie, ainsi que sur le soutien à l’Ukraine, le gouvernement tripartite allemand se réunit à huis clos pendant deux jours en dehors de Berlin.

Pour la troisième fois depuis son entrée en fonction en décembre dernier, le gouvernement dit de « feu tricolore » d’Olaf Scholz se retire dans le château de Meseberg, situé en dehors de Berlin, mardi et mercredi (30-31 août), afin de discuter de « diverses questions de politique intérieure et étrangère », pour reprendre les termes d’un porte-parole du gouvernement.

Dans un contexte de hausse du coût de l’énergie et de la vie, de division de la coalition sur de nombreuses questions et de discorde au sein du parti sur le soutien à l’Ukraine, la réunion risque toutefois de ne pas être de tout repos.

L’un des principaux points à l’ordre du jour est « l’approvisionnement énergétique de l’Allemagne dans le contexte de la guerre en Ukraine », selon le porte-parole.

Des personnalités éminentes du SPD (social-démocrate), le parti de M. Scholz, et du FDP (parti libéral) ont déjà fait monter la pression sur le ministre écologiste de l’Énergie et de l’Économie, Robert Habeck, au sujet des prix de l’énergie.

La « folie » de l’énergie

Avant la retraite, les « erreurs techniques » dans la conception de la taxe sur le gaz récemment introduite « devraient être éliminées », a déclaré le porte-parole du FDP Christian Dürr au quotidien Bild mardi, tandis que le chef du SPD Lars Klingbeil a confié au journal pendant le week-end que les plans de M. Habeck n’étaient que de « belles paroles ».

Le ministre écologiste est sous le feu des critiques depuis le lancement de la taxe, dont l’objectif était d’aider les services publics à couvrir les dépenses liées au remplacement des approvisionnements russes. Cependant, les critiques ont averti que même les entreprises qui ne sont pas dans le besoin et qui se portent bien financièrement pourraient profiter de ces revenus supplémentaires.

Par ailleurs, on ne sait pas encore si l’éventuelle prolongation des centrales nucléaires, qui est l’un des plus grands sujets de discorde actuels de la coalition, fera l’objet de discussions.

Les libéraux font pression pour que les centrales nucléaires restent en activité plus longtemps que prévu afin de remplacer les combustibles fossiles russes, et le chancelier allemand n’a pas encore exclu cette possibilité.

Cependant, les Verts continuent de s’y opposer fermement, la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock ayant récemment qualifié cette proposition de « folie ».

Désaccords financiers

Les désaccords au sein de la coalition gouvernementale portent également sur le budget de l’État et la hausse du coût de la vie.

Alors que les sociaux-démocrates de M. Scholz soutiennent que l’État doit continuer à intervenir et à soutenir financièrement les personnes qui luttent pour faire face à l’inflation croissante, les libéraux appellent à une réduction des dépenses afin d’éviter une augmentation de la dette et des impôts supplémentaires alors que les budgets des familles et des entreprises sont déjà très serrés.

Bien que des milliards d’euros aient déjà été dépensés pour des mesures de soutien telles que le forfait mensuel de 9 euros pour les transports publics et une remise sur le carburant, le ministre des Finances et chef du parti FDP, Christian Lindner, a souligné la semaine dernière qu’il avait l’intention de revenir au plafond de la dette nationale, qui a été suspendu ces deux dernières années en raison de la crise de la Covid.

En conséquence, le FDP est le seul partenaire de la coalition à bloquer les propositions visant à prolonger les subventions pour les transports publics sous une forme ou une autre, comme le demandent les Verts et les sociaux-démocrates pour soulager les consommateurs tout en les incitant à abandonner la voiture.

Le groupe parlementaire du SPD a récemment présenté une liste de mesures qu’il souhaiterait voir adoptées lors de la réunion du gouvernement. Il s’agit notamment d’un forfait transport de 49 euros et de versements directs pour les personnes les plus démunies, comme les bénéficiaires de l’aide sociale, les retraités ou les étudiants.

« Personne ne doit être laissé seul. Les épaules solides devront apporter leur soutien », peut-on lire dans le document. Aux yeux des sociaux-démocrates, ces « épaules solides » devraient être les entreprises qui réalisent des bénéfices supplémentaires dans le contexte de la guerre de la Russie en Ukraine.

Le document appelle à une taxe sur les bénéfices exceptionnels pour financer les mesures d’aide sociale — une idée que les libéraux ont complètement rejetée.

Le soutien à l’Ukraine s’effrite

Des divisions sont apparues non seulement entre les partis, mais aussi à l’intérieur de ceux-ci, ce qui vient encore ajouter des défis au gouvernement pour sa réunion de deux jours. M. Scholz et M. Lindner ont été confrontés à des critiques du soutien apporté par l’Allemagne à l’Ukraine dans leurs propres rangs.

Dans une lettre ouverte rendue publique vendredi, plusieurs législateurs nationaux et européens du SPD, appartenant à l’aile pacifiste du parti, ont appelé à se concentrer sur un accord diplomatique avec la Russie et à faire preuve de plus de « prudence » concernant les livraisons d’armes à l’Ukraine.

Dans le même temps, le vice-président du FDP, Wolfgang Kubicki, a été critiqué pour avoir appelé à la mise en service du gazoduc Nord Stream 2 malgré la poursuite de l’agression russe contre l’Ukraine, alors que Moscou livre déjà de moins en moins de gaz via le gazoduc Nord Stream 1 en activité.