Le forum de Prague souligne le potentiel économique de la culture [FR]

Les arts et la culture peuvent jouer un rôle clé dans la relance de l’économie européenne, selon les responsables politiques, les représentants de l’UE et les experts du domaine de l’art qui ont participé à Prague au Forum pour une Europe créative, l’un des principaux évènements de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation.  Reportage d'EURACTIV République tchèque. 

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Les arts et la culture peuvent jouer un rôle clé dans la relance de l’économie européenne, selon les responsables politiques, les représentants de l’UE et les experts du domaine de l’art qui ont participé à Prague au Forum pour une Europe créative, l’un des principaux évènements de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation.  Reportage d’EURACTIV République tchèque. 

Les responsables politiques et les experts des domaines de la culture et de la créativité ont convenu que la culture ne doit pas être considérée au sens strict.

Le ministre tchèque de la Culture Václav Jehli?ka, dont le pays préside actuellement  l’Union européenne, a décrit la culture comme quelque chose tissant des liens entre l’art et la science, ainsi qu’avec l’économie, l’industrie et l’éducation. 

Les avantages économiques de la culture et de l’art

M. Jehli?ka a souligné l’énorme potentiel économique de l’art et de la culture, qui devrait selon lui être mis à contribution à l’occasion de la crise actuelle, alors que les anciens mécanismes ont échoué.  Les industries culturelles stimulent le marketing, la communication, les ressources humaines et le développement de nouveaux produits, a expliqué le ministre. 

Soulignant l’importance de la créativité et de l’innovation, la directrice générale à la Commission européenne pour l’Education et la culture, Odile Quintin, a relevé qu’elles proposent un nouveau modèle pour la croissance dans un monde mondialisé. Elle a insisté sur le fait que le soutien à la production de biens immatériels aurait un effet démultiplicateur. 

Concernant l’influence de la culture sur l’économie, les économistes conviennent que la créativité est la base des domaines artistiques tels que la peinture, la musique et la littérature.  Les industries créatives comme le cinéma, le design, la télévision, l’industrie musicale et l’industrie publicitaire dérivent toutes de types d’arts plus basiques ; en ce sens, la créativité pèse sur l’économie toute entière, expliquent-ils.

David Thorsby, professeur d’économie à la Macquarie University de Sidney, affirme que, pour rendre la culture productive, il faut encourager ces types d’art basiques et créer un environnement favorable à leur développement.

L’économie dépend de la créativité et de l’innovation 

L’économiste canadien Richard Florida va même jusqu’à décrire la créativité  comme la caractéristique de base du futur ordre économique et social mondial, soutenant que les crises passées ont réorganisé les fondations sur lesquelles reposent les économies et les sociétés.

Alors que les crises précédentes ont mené à renforcer l’accent mis sur la production industrielle, ce qui a à son tour apporté le bien-être caractérisé par un fort taux de consommation, l’économiste canadien croit en une profonde dépendance de l’économique envers la pensée créative et l’innovation, une fois la crise actuelle surmontée. 

La créativité ne sera pas seulement la base du bien-être économique, mais aidera également à surmonter des problèmes environnementaux comme le changement climatique et la pollution de l’air, a expliqué M. Florida.

De plus, les sociétés de la nouvelle économie devront apprendre à capitaliser sur l’ensemble des compétences de leurs employés, en ce compris leur potentiel créatif, affirme l’économiste. Les sociétés deviendront des laboratoires grandeur nature qui continueront à faire usage du potentiel créatif de leurs employés. 

En effet, le cas finlandais montre que le schéma de M. Florida ne relève pas que de la fiction. La Finlande a drastiquement augmenté ses dépenses en recherche, de développement et d’innovation dans les années 1990, et aujourd’hui le pays est l’une des économies les plus compétitives du monde. 

Mikko Kosonen, président de Sitra, un fonds d’innovation finlandais, souligne l’intention de la Finlande de changer sa stratégie d’innovation en vue de se focaliser sur l’individu. L’encouragement à l’innovation ne devrait pas provenir exclusivement du développement de nouvelles technologies, mais aussi de la coopération avec les consommateurs. Dans les sociétés les plus prospères, l’innovation se produit en-dehors du laboratoire, a déclaré M. Kosonen. 

Soutien à la créativité dans les écoles

Les participants à la conférence ont convenu que la créativité n’est pas seulement une caractéristique des personnes de talent, mais quelque chose de commun à tous. Des experts ont indiqué que la créativité pouvait être facilement distinguée chez les enfants, et ont déploré le fait que les systèmes d’éducation et la société transforment les gens à un point tel qu’ils commencent à inhiber leur créativité. Les responsables politiques devraient ainsi se concentrer sur la manière de soutenir et de développer la créativité des enfants. 

Les politiques de pays tels que le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Estonie et la Suède prouvent que cette approche commence à retenir l’attention à travers l’Europe. Dans le même temps, la présidence suédoise de l’UE, qui remplacera la République tchèque à la tête de l’UE en juillet, a choisi comme devise le soutien à une génération créative, proposant de se concentrer sur la stimulation de la créativité des enfants. 

En dépit du fait que la culture et l’art présentent des avantages économiques, une écrasante majorité des intervenants se sont refusés à les considérer sous ce seul angle, et ont déclaré que la culture avait également une forte dimension sociale et spirituelle. Entre autres, les artistes aident les autres personnes à définir leur identité. Ils jouent un rôle social et entraînent de la sorte des évolutions sociales. Cela s’est produit dans les anciens pays communistes. 

Pour M. Havel, il ne faut pas négliger la culture

L’ancien président tchèque Václav Havel a critiqué les responsables politiques européens et nationaux pour avoir inclus la culture dans leurs documents et leurs manifestes comme un appendice plaisant et humoristique, secondaire par rapport à des questions telles que l’économie et l’énergie. La culture, après tout, est ce qui fait d’un humain un humain, et constitue un moyen d’autodétermination pour l’humanité, a-t-il déclaré. 

L’ancien président a appelé les institutions européennes à réfléchir à la structure des documents, et éventuellement à la modifier, en faisant des droits de l’homme et de l’Etat de droit des priorités, plutôt que l’économie. L’UE devrait selon lui réaliser que les valeurs spirituelles sont les principaux liens entre tous les Européens.