Le Fonds pour la promotion de l'efficacité énergétique sort de l'ombre
Un fonds de 265 millions d’euros voué à mettre en œuvre des projets européens d’efficacité énergétique a été lancé le 1er juillet suite à des négociations prolongées entre les Etats membres. Qualifié d’« axé sur le marché » suite à l’insistance de la Grande-Bretagne, seuls 5 millions d’euros du fonds proviennent du secteur privé, a appris EURACTIV.
Un fonds de 265 millions d’euros voué à mettre en œuvre des projets européens d’efficacité énergétique a été lancé le 1er juillet suite à des négociations prolongées entre les Etats membres. Qualifié d’« axé sur le marché » suite à l’insistance de la Grande-Bretagne, seuls 5 millions d’euros du fonds proviennent du secteur privé, a appris EURACTIV.
Les sommes d’argent, provenant à l’origine de fonds européens non dépensés, ont été allouées à la relance de l’économie européenne suite à la crise financière de 2008, ce qui a mené à des négociations houleuses sur la manière dont elles devaient être utilisées (voir « Contexte »).
La Commission européenne investit 125 millions d’euros dans le Fonds européen pour la promotion de l’efficacité énergétique (EEEF), la Banque européenne d’investissement (BEI) apporte 75 millions d’euros, et la banque italienne Cassa Depositi e Presiti, en grande partie nationalisée, ajoute 60 millions supplémentaires.
Philippe Maystadt, président de la BEI, a confié à EURACTIV que la Deutsche Bank apporterait également une contribution à hauteur de 5 millions d'euros, car celle-ci avait été « sélectionnée pour être la gestionnaire d’investissements du Fonds » a-t-il clarifié.
« Nous lui avons demandé d’apporter une petite contribution au fonds afin de s’assurer que les intérêts soient convergents », a-t-il poursuivi, « c’est une pratique courante ».
Le Fonds a été mis en place pour financer des projets liés à l’efficacité qui pourraient, sans ces fonds, ne pas offrir suffisamment de retours sur investissement à court terme pour attirer les investisseurs.
« L’idée était que l’argent du fonds de relance économique de l’UE non dépensé au début de la crise économique soit utilisé par les autorités locales à des initiatives d’efficacité énergétique à petite échelle », a confié l’eurodéputée Kathleen Van Brempt, socialiste belge et rapporteur que le dossier au Parlement européen, à EURACTIV.
Le projet a été bien applaudi au Parlement mais accueilli avec plus de réserve au Conseil des ministres européens, où le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont plutôt proposé une redistribution des fonds non dépensés aux pays membres.
Financer les échecs des marchés ?
Il a finalement été décidé que les fonds seraient utilisés pour soutenir les investissements publics et privés dans des projets, en particulier dans les zones urbaines, qui permettront d'atteindre d’ici 2020 les objectifs d’économies énergétiques de 20 % et de réductions d’émissions par rapport aux niveaux de 1990.
Cette décision n’a toutefois pas fait taire les rumeurs du secteur privé selon lesquelles l’EEEF financerait les échecs du marché.
« Je ne parlerais pas d’échec des marchés mais il y a effectivement quelques zones d’ombre », a admis Philippe Maystadt à EURACTIV. « Il y a des projets qui pourraient donner lieu à un retour sur investissement plus lent que certains investisseurs privés ne le voudraient ».
L’EEEF offrirait des « retours sur investissement positifs » en « quatre à cinq ans » pour ces types de projet, a-t-il affirmé, sans toutefois livrer de pourcentages.
« Le bénéfice le plus important est l’économie d’énergie », a-t-il déclaré.
Les premiers projets financés par l’EEEF devraient inclure la rénovation de bâtiments du secteur public dans les municipalités italiennes.
S’ils sont vagues, les critères du Fonds pourraient toutefois couvrir des investissements dans les énergies durables pour des systèmes de production combinée de chaleur et d'électricité, des sources d’énergie renouvelable décentralisées, des transports urbains propres et la modernisation des infrastructures, des réseaux électriques intelligents à l’éclairage des routes.
« La structure du fonds, où l’argent public tient la place des premières pertes, et une partie de l’argent de la BEI, de la CDP et de la Deutsche Bank au niveau de la tranche mezzanine, fourniront aux investisseurs privés l’assurance dont ils ont besoin pour être de la partie » a affirmé Carl Koch-Weser, vice-président du groupe de la Deutsche Bank, lors du lancement de l’EEEF à Bruxelles.
La somme initiale de 265 millions d’euros était un « point de départ », a confié Kathleen Van Brempt à EURACTIV. Philippe Maystadt a confirmé qu’il n’y avait pas de « date limite fixée » pour que l’EEEF atteigne son objectif de 800 millions d’euros.
Arthur Neslen – traduit de l’anglais par EURACTIV