Le FMI et la zone euro prêtent 110 milliards d’euros à la Grèce

Après validation de l’accord par les chefs d’État et de gouvernement, la première tranche de prêt sera débloquée. Athènes doit refinancer sa dette à hauteur de 9 milliards d’euros avant le 19 mai.

EURACTIV.fr
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Après validation de l’accord par les chefs d’État et de gouvernement, la première tranche de prêt sera débloquée. Athènes doit refinancer sa dette à hauteur de 9 milliards d’euros avant le 19 mai.

Après une semaine de discussions, la zone euro a validé, dimanche 2 mai, l’accord négocié entre Athènes, le FMI, et la Commission européenne pour aider la Grèce à éviter la faillite. 

Au total, les Grecs se verront prêter 110 milliards d’euros sur trois ans sous forme de prêts bilatéraux. La zone euro contribuera à hauteur de 80 milliards d’euros dont 30 milliards en 2010. Après approbation par les Parlements de certains États membres, une première tranche de prêts de 45 milliards d’euros devrait être disponible avant le 19 mai. C’est à cette date, la Grèce doit refinancer sa dette à hauteur de 9 milliards d’euros.

10 milliards d’euros seront affectés à une « réserve de contingence » pour assurer la stabilité du secteur financier.

Les taux d’intérêts des prêts octroyés par les États membres de la zone euro tourneront autour de 5%, a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, lors de la conférence de presse à l’issue de la réunion des ministres de la zone euro, sans faire de distinction entre les prêts à court et long terme.

Ces prêts seront conditionnés au bon déroulement du plan d’austérité décidé par la Grèce après de nouvelles demandes des Européens. Un suivi trimestriel, dont le premier bilan aura lieu avant l’été, sera opéré par la Commission, a précisé Olli Rehn. Récusant l’idée que la Grèce était désormais sous tutelle de la zone euro, Jean-Claude Juncker a appelé à respecter la dignité de la population.

Premier sauvetage

La Grèce, au bord du gouffre financier, a annoncé un nouveau plan d’austérité prévoyant une réduction de son déficit budgétaire de 30 milliards d’euros sur trois ans en échange de l’octroi d’une aide massive de l’Union européenne et du Fonds monétaire international. Le ministre des Finances grecs Georges Papaconstantinou a affirmé que les sommes seraient remboursées et qu’il n’y aurait pas de restructuration de la dette.

L’aide internationale à la Grèce constitue le premier sauvetage d’un membre de la zone euro et vise à empêcher que d’autres pays utilisant la monnaie unique ne soient attaqués sur les marchés et se retrouvent en difficulté. Le président de l’eurogroupe et le commissaire aux Affaires économiques ont confirmé que, selon eux, la décision d’aider la Grèce représentait un engagement moral de la part des autres pays de la zone à respecter leurs engagements d’assainir leurs finances publiques. Le 12 mai, la Commission européenne doit rendre son rapport d’évaluation sur la mise en œuvre du pacte de stabilité et de croissance dans chaque État membre de la zone euro, a rappelé le commissaire.

« Le pacte de stabilité et de croissance est un élément fondamental de l’union économique et monétaire », a rappelé de son côté le président de la Banque centrale européenne tout en demandant qu’il soit scrupuleusement appliqué.  

Pour atteindre le montant de 30 milliards d’euros d’économies annoncé par le ministre grec des Finances Georges Papaconstantinou, les Grecs vont devoir consentir d’importants sacrifices en matière de revenus et accepter un alourdissement de la fiscalité sur la consommation.

La TVA passe de 21 à 23%

Les Grecs ont déjà exprimé leur opposition à ces mesures en manifestant ces derniers jours. Un appel à la grève a été lancé pour la journée du 5 mai.

Parmi les mesures annoncées figurent une hausse de la TVA, qui passera de 21% à 23%, une augmentation de 10% des taxes sur les carburants, l’alcool et le tabac et un gel des salaires et retraites du secteur public.

Il n’y aura, en revanche, aucun changement dans les salaires du secteur privé.

L’âge minimum de départ à la retraite est fixé à 60 ans, l’allongement de la durée du travail étant lié à l’augmentation de l’espérance de vie, a fait savoir le ministre.

Les investissements publics vont être réduits et un fonds d’aide au système bancaire sera mis en place avec le soutien du FMI et de l’UE.

Selon l’accord conclu après les négociations avec le FMI et l’Union européenne, la Grèce prévoit de ramener le déficit budgétaire à 8,1% du PIB en 2010, contre 13,6% l’an dernier, à 7,6% du PIB en 2011 et à 6,5% en 2012.

Contraction du PIB

Le déficit ne sera pas ramené sous la barre des 3% du PIB avant 2014. La dette devrait monter à près de 150% du PIB en 2013 et puis se réduire à partir de 2014.

Un sommet des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro sera organisé vendredi 7 mai afin de valider l’activation du mécanisme d’aide à la Grèce décidé dimanche 2 mai. Interrogé à plusieurs reprises sur l’objectif de cette réunion, Jean-Claude Juncker a martelé qu’elle ne servirait en aucun cas à rediscuter le plan approuvé. « Je le dis une fois pour toutes erga omnes urbi et orbi la décision est prise », a-t-il fini par lancer aux journalistes. Le sommet « évaluera où nous [les parlements nationaux] seront arrivés d’ici la fin de la semaine », a-t-il répété. Certains pays de la zone euro doivent faire approuver l’aide à la Grèce par leur Parlement. En France, le projet de loi de finance rectificative doit être examiné par l’Assemblée nationale le 3 mai.

Dans ce contexte de mesures drastiques, qui devraient peser sur l’activité économique et la consommation, le gouvernement grec prévoit désormais une contraction du PIB de 4% en 2010, de 2,6% en 2011. Le retour à la croissance (1,1%) n’est pas prévu avant 2012.

POSITIONS  : 

« J’ai failli perdre patience en cours de route », a déclaré le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker évoquant la longueur des discussions entre les États membres de la zone euro pour parvenir à un accord sur la mise en œuvre d’un plan d’aide à la Grèce. Une allusion à peine voilée à la lenteur de l’Allemagne à accepter de participer.

« C’est un jour important pour l’avenir de la Grèce », a déclaré le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, à l’issue de la rencontre de l’Eurogroupe. Il a ajouté que ce jour était également important pour la stabilité économique de la zone euro. « Si le plan grec est effectivement adopté, ce dont je ne doute pas, l’économie grecque retrouvera son dynamisme », a-t-il poursuivi. 

« Je suis convaincu que ce programme solide et ambitieux va permettre à la Grèce de redresser sa
situation économique et financière ainsi que sa compétitivité. Sur la base de l’accord de ce soir, un certain nombre de procédures parlementaires doivent être menées à bien au niveau national dans les prochains jours. Sur cette base, je réunirai le 7 mai au soir les chefs d’État et de gouvernement de la zone euro pour clôturer l’ensemble du processus et tirer les premières conclusions de la crise pour la gouvernance de la zone euro », a déclaré le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Le premier ministre grec, le socialiste Georges Papandréou, a fait valoir que les nouveaux sacrifices demandés à la population grecque étaient nécessaires pour éviter la faillite du pays.

« Les sacrifices engagés aujourd’hui sont durs mais nécessaires. Si nous ne faisons pas ces sacrifices, la Grèce fera faillite. Ces sacrifices nous donneront une marge de manoeuvre et le temps dont nous avons besoin pour procéder à de grands changements », a-t-il déclaré.

« Nul ne pouvait imaginer l’ampleur de la dette que le gouvernement précédent a laissée derrière lui. La Grèce a besoin de pouvoir emprunter 60 milliards d’euros par an », a-t-il dit.

« Nous avons fait un énorme effort pour ne pas toucher aux salaires les plus bas dans les secteurs publics et privés, a quant à lui déclaré le ministre des Finances grecs, Georges Papakonstantinou, lors de la conférence de presse à l’issue de la réunion de l’Eurogroupe. Mais il est clair que tout le monde doit faire des efforts. Nous allons tous être jugés sur notre capacité à mettre en œuvre ce programme ». « Nous devions soit prendre des décisions difficiles, ou aller dans le mur », a-t-il aouté.

Athènes remplit les conditions requises pour le déblocage d’une aide de la zone euro, a estimé dimanche le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

« La Commission considère que les conditions requises pour répondre favorablement à la requête du gouvernement grec sont réunies et recommande que le mécanisme européen coordonné d’assistance à la Grèce soit activé (…) », a-t-il ajouté.

La Banque centrale européenne s’est félicitée de l’accord conclu entre les autorités grecques, l’Union européenne et le Fonds monétaire international sur le plan d’aide à Athènes.

« Le conseil des gouverneurs de la BCE accueille favorablement le programme d’ajustement économique et financier qui a été approuvé aujourd’hui par le gouvernement grec après la conclusion des négociations avec la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI », a déclaré la banque centrale des 16 pays de la zone euro.

« Les réformes structurelles et les ajustements fiscaux ambitieux contenus dans ce programme sont appropriés pour remplir les objectifs de stabilisation de la situation économique et budgétaire (…) Il s’attaque résolument aux difficultés de la Grèce », indique le communiqué.

Avant une réunion avec les principaux ministres concernés, samedi 1er mai, le président français, Nicolas Sarkozy, s’est entretenu au téléphone avec la chancelière allemande, Angela Merkel. Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy indique que les deux dirigeants ont une « complète identité de vue » et réaffirment « leur détermination d’agir vite pour mettre en œuvre le plan de soutien ». L’Allemande et le Français « ont convenu de continuer à travailler activement pour renforcer la stabilité de la zone euro et la régulation des marchés financiers. Ils prendront des initiatives dans les prochains jours pour que l’Europe renforce les mécanismes de surveillance au sein de la zone euro, accélère ses travaux sur la lutte contre la spéculation et l’amélioration de la transparence des produits dérivés et formule de nouvelles propositions sur la régulation des agences de notation », poursuit le texte. 

« Je vais travailler au programme grec et à son vote », a par ailleurs déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, dimanche 2 mai, qualifiant le programme grec de « très ambitieux » et soulignant qu’il était conçu pour le long terme.

« Si tout se passe bien, l’Allemagne pourrait voter les mesures pour l’aide grecque vendredi », a-t-elle ajouté, se disant très satisfaite de l’issue des négociations. Elle s’exprimait de Bonn et a indiqué avoir eu un entretien téléphonique avec le premier ministre grec George Papandréou.

CALENDRIER:

  • 7 mai : Réunion des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro
  • 12 mai : Evaluation des programmes de stabilité de la zone euro par la Commission
  • 19 mai: Athènes doit financer une échéance de sa dette à hauteur de 9 milliards d’euros