Le FMI déconseille aux pays d'Afrique subsaharienne de se financer sur les marchés

Dans un rapport, le Fonds monétaire international reconnaît la pertinence de cette nouvelle source de financement. Il met cependant en garde les Etats africains contre les dangers d'endettement et de mauvaise gestion des projets d'investissement.

EURACTIV.fr

Dans un rapport, le Fonds monétaire international reconnaît la pertinence de cette nouvelle source de financement. Il met cependant en garde les Etats africains contre les dangers d’endettement et de mauvaise gestion des projets d’investissement.

Recourir directement au marché plutôt qu’aux institutions financières internationales. L’idée a de quoi séduire les pays africains, tant leurs besoins financiers sont importants.

Et les investisseurs potentiels, attentifs aux taux de croissance de ces pays – autour de 5% en 2012 – sont nombreux. A la fin du mois d’avril, le Rwanda a par exemple lancé un emprunt de 400 millions d’euros, qui a reçu des demandes de souscriptions pour un total de 3,5 milliards. 

Onze pays émetteurs

Cette pratique n’en est qu’à ses balbutiements aujourd’hui, mais ces exemples pourraient se multiplier à l’avenir, selon le Fonds monétaire international (FMI), qui a publié, vendredi 10 mai, un rapport sur les perspectives économiques en Afrique subsaharienne.

Depuis 10 ans, onze pays ont eu accès aux marchés obligataires internationaux. « L’Angola, le Cameroun, le Kenya et le Rwanda pourraient ainsi faire partie des prochains primo-émetteurs, tandis que l’Afrique du Sud, le Ghana, la Namibie, le Nigéria, le Sénégal et la Zambie procéder à une nouvelle émission», indique le rapport.

Solution de facilité

Le FMI met cependant en garde contre cette solution miracle, pas toujours adaptée au développement des infrastructures. Elle ouvre la voie à des dérapages budgétaires, à des choix « malavisés » et à « une mauvaise exécution, au détriment de la rentabilité ».

Aujourd’hui, les Etats utilisent d’abord ces obligations d’Etat pour restructurer leurs dettes, note le FMI. « Dans les pays qui ont émis des obligations souveraines internationales pour financer la construction d’infrastructures, les investissements publics n’ont pas augmenté considérablement », note le rapport.

« Sur les 400 millions de dollars émis par le Rwanda, 200 ont permis de repayer une dette commerciale qui était très chère. Le reste a permis de financer un centre de conférences à Kigali et 50 millions ont été consacrés à un projet dans le secteur électrique », a rappelé Roger Nord, directeur adjoint du département Afrique au Fonds monétaire international, lors de la présentation du rapport à l’Agence française de développement, mardi 14 mai.

Le recours aux marchés financiers constitue pourtant une alternative à la stagnation de l’aide publique au développement, et qui est, dans de nombreux cas, conditionnelle. Les titres obligataires subsahariens sont équivalents à 20% de l’encours émis par le Brésil. Cette proportion chute à 1,3% lorsque l’on exclut l’Afrique du Sud, principal pays émergent africain.

Options plus avantageuses

Cependant, cette pratique comporte des risques de surendettement, mais aussi d’inflation, selon le FMI.

Les conditions de prêt des banques de développement et des institutions internationales comme la Banque mondiale sont largement plus avantageuses que les taux d’intérêt proposés sur le marché, plus élevés et qui doivent être remboursés dans des délais plus courts.

Le Fonds monétaire international préconise également le développement des partenariats public-privé (PPP), bien qu’ils soient « difficiles » à mettre en oeuvre, reconnaît Roger Nord. Ou encore les « crédits consortiaux », qui réunissent plusieurs établissements bancaires autour d’un même projet.

Les pays d’Afrique subsaharienne émettent en grande majorité des titres en devises étrangères, qui les rendent vulnérables aux fluctuations monétaires.

Développer les marchés en monnaie locale

Seuls certains pays sont en mesure d’émettre des titres en monnaie locale, par exemple le Ghana ou les pays francophones au sein de l’Union monétaire ouest-africaine.

Une direction privilégiée par la Banque africaine de développement (BAD), qui s’attache à développer l’information sur les marchés financiers africains. Un indice des Obligations domestiques africaines (IODA) devrait voir le jour dans l’année.

La BAD espère ainsi accroître la base d’investisseurs, aujourd’hui limitée principalement aux banques commerciales.