Le droit à l’avortement en Belgique « en danger » face à une pénurie de médecins qualifiés
Des médecins et universitaires belges ont mis en garde contre la pénurie actuelle de médecins qualifiés pour pratiquer des avortements, dans une tribune publiée mercredi dans le quotidien Le Soir.
Des médecins et universitaires belges ont mis en garde contre la pénurie actuelle de médecins qualifiés pour pratiquer des avortements, dans une tribune publiée mercredi (28 septembre) dans le quotidien Le Soir.
À l’occasion de la Journée internationale de l’avortement libre et sécurisé, mercredi, des universitaires et des médecins belges ont co-signé une tribune dans le quotidien Le Soir.
Ils y dénoncent la formation médicale en matière d’avortement dispensée en Belgique, ainsi que la pénurie actuelle de médecins capables de pratiquer cette procédure. Or, la Commission nationale d’évaluation de la loi du 3 avril 1990 relative à l’IVG a jugé essentiel de garantir l’accès à l’avortement et de respecter les droits des femmes dans ses recommandations pour février 2020.
Les signataires déplorent dans cette tribune l’absence d’une inclusion claire et explicite de la formation à l’avortement dans le programme d’études médicales en Belgique, ce qui, selon eux, est préoccupant dans la mesure où de nombreux praticiens sont proches de la retraite et souffrent déjà d’une pénurie.
« Il faut savoir qu’actuellement, dans les plannings, les médecins qui pratiquent l’IVG ont pour la grande majorité près de 60 ans. Et quand je parle de la grande majorité, on est aux alentours de 65 % minimum », a déclaré Siham Zaitouni, gynécologue et l’un des co-autrice de la tribune, à la RTBF.
Aujourd’hui, en Belgique, le droit à l’avortement « est en danger », a-t-elle déclaré, ajoutant que « la pérennité de l’accès à l’IVG passe par la formation des médecins, et si on n’a plus de médecins qui sont aptes à pratiquer l’IVG, évidemment que l’offre au patient diminue. Et dans ces cas-là, il s’agit d’un vrai problème de santé publique »
En France, il est désormais possible de pratiquer une IVG jusqu’à quatorze semaines
Le délai pour avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG) en France passe…
4 minutes
L’IVG, partie intégrante du cursus de médecine
Pour remédier à cette situation, les co-auteurs de la tribune appellent donc à ce « que l’IVG et l’enseignement des pratiques de l’IVG fassent partie intégrante du cursus de l’étudiant en médecine ».
Confiants dans l’engagement des universités belges en faveur des droits des femmes, ils préconisent de suivre les recommandations de la Commission d’évaluation et d’inclure dans leur programme une formation complète et pertinente sur la santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’une sensibilisation à la pratique de l’IVG.
Les signataires de la tribune soulignent toutefois que l’avortement reste tabou en Belgique, ajoutant que la formation initiale des médecins ne les prépare pas à pratiquer des avortements dans les meilleures conditions possibles, et que ces derniers sont même dissuadés de pratiquer cette intervention, tandis que les patientes sont découragées d’y avoir recours.
Malgré un accès à l’avortement sans contraintes dans les faits, la dépénalisation complète de l’avortement — ainsi que l’allongement du délai de 12 à 18 semaines pour autoriser une IVG — n’existe pas encore dans la loi et reste à ce jour au programme du Parlement.
Le droit à l’avortement fait l’objet de restrictions dans le monde entier et des inquiétudes se sont fait entendre en 2022. C’est notamment le cas aux États-Unis, où la Cour suprême a fait reculer les droits reproductifs des femmes en juin dernier, et où plusieurs États américains ont depuis interdit l’avortement.
La victoire électorale de la dirigeante d’extrême droite Giorgia Meloni en Italie pourrait également rendre difficile toute amélioration du droit à l’avortement dans ce pays, où l’avortement est autorisé en théorie — mais compliqué en pratique.