Le discours de Barroso sur "l’état de l’Union" déçoit les parlementaires
L’allocution prononcée, pour la première fois, par le président de la Commission européenne devant les députés européens a fait l’objet de critiques nourries.
L’allocution prononcée, pour la première fois, par le président de la Commission européenne devant les députés européens a fait l’objet de critiques nourries.
A en croire les réactions pour le moins vives qui ont suivi, le discours prononcé par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, mardi 7 septembre dans l’hémicyle du Parlement européen à Strasbourg, n’a pas répondu aux attentes des parlementaires.
Lors de sa réélection, le président de la Commission européenne s’était engagé à venir tous les ans devant les députés faire le point sur sa stratégie. Dans son discours, M. Barroso n’a détaillé ni l’état de l’Union, ni sa méthode de travail. Il a rappelé les objectifs déjà connus d’UE 2020 et les mesures que l’exécutif compte prendre au cours de l’année, au service de l’emploi et de la croissance, dans différents domaines comme la gouvernance économique, l’innovation, la politique industrielle, les PME, ou encore la régulation financière…
Mais les parlementaires attendaient un disours politique qui rassure les Européens sur les personnalités qui dirigent l’Europe. Plusieurs d’entre eux ont évoqué la “crise de confiance” des citoyens envers l’UE et regretté l’incapacité du président de la Commission à y répondre. “Je pensais que Barroso allait, devant les élus du Parlement européen, compenser ce qu’il n’a pas réussi à faire jusqu’à présent. C’est-à-dire parler aux Européens. Sa stratégie Europe 2020 n’a eu aucune prise dans l’opinion”, a déploré la députée européenne, Catherine Trautman (S&D-PS), interrogée par EURACTIV.fr.
« Vous n’avez rien dit »
Autre déception, l’absence de dénonciation par le président de la Commission de la trop grande place prise par les États membres dans le processus de décision de l’UE. “Est-ce qu’on va vers une Europe intergouvernementale ou vers un renforcement de l’Europe communautaire?, a lancé Daniel Cohn-Bendit, co-président des Verts/ALE. Monsieur Barroso vous n’avez rien dit”. “Si vous luttez contre la méthode intergouvernementale, vous pouvez compter sur nous”, a déclaré de son côté, le président du groupe S&D, Martin Schulz. Interrogé par EURACTIV.fr, le chef de la délégation française du PPE, Jean-Pierre Audy a quant à lui regretté que le président de la Commission n’ait “pas été assez clair sur sa relation avec les États”.
“Au lieu des commentaires du passé et du présent, je préfère construire l’avenir”, a répondu José Manuel Barroso à ces attaques. “L’Europe est en plein changement et il est vrai que certains font une interprétation purement intergouvernementale de ces institutions. Je suis pour la méthode communautaire”, a-t-il finalement concédé.
« Idées un peu irréalistes »
Autre sujet-clé abordé par le président de la Commission, l’avenir du budget de l’UE. Avec en creux, l’idée de développer des ressources autres que la participation des États, dont les économies sont déjà fortement endettées.
Dans cette optique, M. Barroso a proposé de créer, en partenariat avec la Banque européenne d’investissement, des emprunts obligataires européens pour financer des projets d’infrastructures. Cette proposition, qui avait déjà été formulée par Jacques Delors quand il était président de la Commission européenne, n’est pas sans rappeler celle du président américain Barack Obama. Celui-ci a fait part, lundi 6 septembre, de son souhait de consacrer 50 milliards de dollars pour développer de grands projets aux États-Unis.
M. Barroso n’a donné aucun détail sur le fonctionnement du fonds. Reste que cette idée n’a jamais fait l’unanimité en Europe. L’Allemagne s’y est toujours opposée, refusant que l’UE augmente ses dettes. Interrogé sur ce sujet, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble a d’ailleurs déclaré à Bruxelles le même jour : “Il s’agit d’idées qui, une fois qu’on s’éloigne de quelques kilomètres de Bruxelles, apparaissent un peu irréalistes.”
« Dépenser intelligemment »
“L’euro dépensé au niveau européen vaut beaucoup plus que l’euro dépensé au niveau national”, a également déclaré M. Barroso. Il a toutefois préféré parler de la “qualité” du budget européen plutôt que de sa quantité. “La question n’est pas de dépenser plus ou moins mais de dépenser intelligemment”, a-t-il indiqué. Les discussions sur le budget de l’UE pour la période 2014-2020 vont officiellement commencer à la fin du mois de septembre lors de la présentation d’une communication de la Commission. Les ressources de l’UE sont aujourd’hui équivalente à 1% du PIB des États. Or certains pays comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne ont déjà fait part de leur souhait de réduire leur participation.
La proposition du président de la Commission de créer des ressources propres pour l’UE par le biais de lancement d’emprunts obligataires a été saluée par les parlementaires. Mais sa prise de position sur le reste du budget a inquiété. “N’ayez pas peur, a déclaré le président du groupe PPE, Joseph Daul, dans l’hémicycle. On sera à vos côtés si vous faites de bonnes propositions.”
“Ses déclarations sur l’importance de privilégier la qualité et pas la quantité montrent qu’il a déjà abandonné la bataille sur le budget”, a indiqué Catherine Trautman. “C’est une équation difficile parce que Barroso a besoin des États membres qui sont ses financeurs. Et vous ne pouvez pas lutter en permanence contre vos financeurs”, a estimé Jean-Pierre Audy.