Le départ de Margarethe Vestager de la Commission déclenche un jeu de chaises musicales

Le départ de Margrethe Vestager, l’un des poids lourds de la Commission européenne, pourrait déclencher une réaction en chaîne et une réorganisation précoce à moins d’un an de la fin du mandat de l’exécutif européen.

Euractiv.com
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Alors que le mandat de la Commission touche à sa fin, il est naturel que les responsables politiques commencent à planifier leur prochaine action. Toutefois, cette fois-ci, le jeu a commencé plus tôt que d’habitude. [[AlexLMX/Shutterstock]]

Le départ de Margrethe Vestager, l’un des poids lourds de la Commission européenne, pourrait déclencher une réaction en chaîne et une réorganisation précoce à moins d’un an de la fin du mandat de l’exécutif européen.

Alors que le mandat de la Commission touche à sa fin, il est naturel que les responsables politiques commencent à planifier leur prochaine action. Toutefois, cette fois-ci, le jeu a commencé plus tôt que d’habitude.

Margrethe Vestager quitte son poste de commissaire européenne à la Concurrence, mettant fin à une décennie au cours de laquelle elle a fait les gros titres de la presse internationale en s’attaquant aux grandes entreprises technologiques et aux sociétés les plus riches du monde.

Mme Vestager s’est présentée comme candidate à la présidence de la Banque européenne d’investissement (BEI), une institution européenne qui gère des actifs d’une valeur de plusieurs centaines de milliards d’euros.

Cependant, lorsque le Conseil d’administration de la BEI adoptera la liste officielle des candidats au poste le plus élevé de son institution en août, Mme Vestager devra officiellement quitter ses fonctions et se mettre en congé sans solde. La vacance de pouvoir à combler est énorme et le prix est trop élevé pour être ignoré.

Combler le vide

Le joyau de la couronne du portefeuille actuel de Mme Vestager est, sans aucun doute, la direction générale de la concurrence (DG COMP). Johannes Hahn, le commissaire européen au Budget et aux Ressources humaines, a été largement pressenti pour en prendre le contrôle, selon trois sources informées de la question.

M. Hahn en est à son deuxième mandat et, grâce à son contrôle rigoureux du budget de l’UE, il s’est attiré la sympathie des pays dits « frugaux ».

Valdis Dombrovskis constitue un autre nom envisageable pour les pays « frugaux ». Cependant, il occupe déjà le poste de commissaire européen au Commerce, domaine de compétence exclusif de l’Union européenne au même titre que la politique de concurrence.

Quant à Thierry Breton, le commissaire au Marché intérieur, il semble qu’il devrait passer son tour.

M. Breton lorgne sur le portefeuille de la concurrence pour le prochain mandat, en défendant l’idée de permettre aux grandes entreprises européennes de se consolider pour être compétitives à l’échelle mondiale. De ce fait, on appel à la création de champions européens fait de lui le cauchemar des « amis du marché unique », un camp qui recoupe largement celui des États membres « frugaux » d’Europe du Nord et d’Europe centrale et orientale.

Il serait difficile d’imaginer que la Commission mette un terme à des fusions telles que celle de Siemens et Alstom sous la houlette de M. Breton. Outre les États membres de l’UE, l’approche du Français en matière de consolidation du marché pourrait être difficile à avaler pour de nombreuses personnes clés de la direction générale de la concurrence (DG Concurrence) qui ont passé une bonne partie de leur carrière à travailler dans la direction opposée.

Il serait également possible de ne pas remplacer Mme Vestager et de laisser son poste vacant, ce qui reviendrait à confier encore plus de pouvoirs à l’actuel directeur général de la DG Concurrence, Olivier Guersent, qui deviendrait de facto le commissaire en la matière.

Ce qu’il adviendra du cabinet de Mme Vestager est une autre question. Pendant son absence, les membres du cabinet continueront à conseiller l’intérimaire, mais le cabinet sera officiellement dissous si Mme Vestager se retire. Dans la pratique, la plupart des membres, en particulier les plus expérimentés, resteront probablement en place.

« Il serait fou de renvoyer un cabinet entier, en particulier pour la DG Concurrence », a déclaré un responsable de l’UE à EURACTIV.

Plusieurs affaires de concurrence très médiatisées sont toujours en cours, notamment : une concernant les activités publicitaires de Google, dans laquelle la Commission a lancé pour la première fois l’idée de scinder l’entreprise, et une autre relative à la fusion entre Orange et MásMóvil en Espagne, qui sera cruciale pour le marché des télécommunications.

De nombreuses pièces au puzzle

L’autre poste à pourvoir est celui, plus symbolique, de vice-président exécutif pour « Une Europe adaptée à l’ère du numérique ». Là encore, M. Breton pourrait susciter trop de controverse, car il dispose déjà de trois directions générales sous son autorité.

La seule haute responsable de l’UE susceptible de correspondre à ce profil semble être Věra Jourová, qui possède une expérience des dossiers numériques datant du mandat précédent. Mme Vestager est la seule femme vice-présidente exécutive, de sorte qu’il devrait peut-être être tenu compte de l’équilibre entre les hommes et les femmes dans le choix de son remplaçant.

Il est important de noter que Mme Jourová est issue de la même famille politique que Mme Vestager, à savoir le parti centriste Renew Europe. La couleur politique constitue un aspect fondamental de la distribution des postes de haut rang de la Commission européenne et complique encore la situation, dans la mesure où un remaniement plus large pourrait s’avérer nécessaire pour maintenir l’équilibre.

Le Parti populaire européen de centre droit a perdu un poste de vice-président après le départ de la commissaire à l’Innovation Mariya Gabriel. Sa remplaçante, Iliana Ivanova, reprendra le portefeuille de Mme Gabriel, mais pas la vice-présidence.

Enfin, le choix du nouveau commissaire proposé par le Danemark constituera un facteur décisif dans l’assemblement de toutes les pièces du puzzle. Deux noms circulent actuellement : Dan Jørgensen, ministre de centre gauche, de la Coopération pour le développement et de la Politique climatique globale, et Lars Løkke Rasmussen, ministre centriste des Affaires étrangères et ancien Premier ministre.

Envoyer un poids lourd national à Bruxelles à ce stade du mandat n’aurait guère de sens, à moins que ce ne soit pour se positionner avant la prochaine Commission.

Le mandat actuel de la Commission n’a pas encore pris fin, mais les dirigeants européens réfléchissent déjà à leurs futurs postes.