Le démantèlement de la zone euro n'est plus un sujet tabou

Les représentants officiels de l'Allemagne et de la France ont discuté de l'éventualité d'une révision radicale de l'Union européenne qui impliquerait la mise en place d'une zone euro plus intégrée et potentiellement plus restreinte, selon certaines sources à l'UE. Dans le même temps, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a affirmé que le démantèlement de l'Union coûterait très cher. 

EURACTIV.fr / Reuters
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Les représentants officiels de l'Allemagne et de la France ont discuté de l'éventualité d'une révision radicale de l'Union européenne qui impliquerait la mise en place d'une zone euro plus intégrée et potentiellement plus restreinte, selon certaines sources à l'UE. Dans le même temps, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a affirmé que le démantèlement de l'Union coûterait très cher. 

La France et l'Allemagne ont mené d'intenses consultations sur la question de l'établissement d'une zone euro plus restreinte au cours de ces derniers mois, et ce « à tous les niveaux », a déclaré à Reuters un représentant officiel de l'UE à Bruxelles qui a préféré conserver l'anonymat en raison du caractère sensible de ces discussions.

« Nous devons rester très prudents, mais la vérité, c'est qu’il faut dresser la liste de ceux qui ne veulent pas faire partie du club et de ceux qui ne peuvent tout simplement pas en faire partie », a affirmé cette source.

Lors de différents débats qui ont eu lieu entre de hauts dirigeants à Paris, Berlin et Bruxelles, la possibilité qu'un ou plusieurs pays quittent la zone euro a été évoquée. Les pays restants se dirigeraient alors vers une intégration économique renforcée, assortie de politiques fiscale et budgétaire.

Cette éventualité a été envisagée sur le plan « intellectuel », mais n'a pas fait l'objet de discussions opérationnelles ou techniques, a précisé le représentant officiel de l'UE.

L'Italie à bout de souffle

Alors que la Grèce peine à former un gouvernement intérimaire, les coûts d'emprunt italiens ont atteint un nouveau record hier (9 novembre) après que le premier ministre, Silvio Berlusconi, a insisté pour que des élections soient organisées au lieu de la mise en place d'un gouvernement intérimaire. L'attitude du dirigeant italien ne fait que prolonger cette situation d'instabilité et alimenter les craintes d'un démantèlement de la zone euro.

Les rendements obligataires italiens à 10 ans ont grimpé bien au-delà des 7 %, un niveau que bon nombre d'économistes considèrent comme insoutenable.

La zone euro ne prévoit pas un sauvetage financier de l'Italie, ont déclaré des représentants de la zone euro hier.

Le fonds de sauvetage de la zone, le Fonds européen de stabilité financière (FESF), pourra prolonger une ligne de crédit préventive pour les pays qui pourraient se voir écartés des marchés, une fois que les ministres des finances de la zone euro se seront mis d'accord sur les détails techniques et juridiques de cette opération d'ici la fin du mois de novembre.

Toutefois, l'ampleur du renflouement dont aurait besoin l'Italie, qui doit rembourser 326 milliards d'euros de dette au cours des 12 prochains mois, serait trop importante pour le FESF.

Il reviendrait à l'Italie de rassurer les investisseurs quant au fait qu'elle remboursera ce qu'elle a emprunté, a expliqué la source de Reuters.

Un haut diplomate de la zone euro a déclaré que les pays de la zone espéraient que la Banque centrale européenne (BCE) soutienne l'Italie, dans la mesure où n'y avait pas d'autres solutions.

La BCE a acheté des obligations souveraines italiennes en masse sur le marché hier, se concentrant sur celles dont les échéances sont à 2 et à 10 ans, afin de freiner l'envolée des coûts d'emprunt italiens, ont expliqué des traders.

Cette intervention n'a toutefois permis que de ramener le rendement à 10 ans de 7,46 % à 7,25 %.

Anniversaire de la chute du mur de Berlin

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré mercredi, lors de son discours le plus dramatique depuis le début de la crise de la zone euro il y a deux ans, qu'il était grand temps que l'Europe modifie ses règles fondamentales.

Au cours d'une conférence à Berlin à l'occasion du 22e anniversaire de la chute du mur de Berlin, Mme Merkel a affirmé que la situation était devenue « déplaisante » en Europe.

« Une communauté qui affirme, quoi qu’il advienne dans le reste du monde, qu'elle ne pourra jamais modifier ses règles fondamentales ne peut tout simplement pas survivre. J'en suis convaincue ».

« Le monde change tellement que nous devons nous préparer à relever ces défis. Cela implique plus d'Europe, et non pas moins d'Europe », a-t-elle ajouté.

Bloomberg a cité un éminent membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel, affirmant que le parti introduirait une motion visant à permettre aux membres de sortie de la zone euro.

« Cette motion passera, j'en suis sûr », a déclaré hier soir Norbert Barthle, un député de la CDU du comité sur le budget du parlement. « Un pays qui souhaiterait quitter la zone euro devrait pouvoir le faire. »

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a quant à lui affirmé que la zone euro devrait rester intacte.

« L'objectif est de garder la zone euro unie, avec ses 17 membres à bord », a-t-il expliqué lors d'une visite en Suisse mercredi où il a rencontré la présidente, Micheline Calmy-Rey.

A Berlin, pour l'anniversaire de la chute du mur, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a mis en garde contre les coûts financiers d'un démantèlement de l'Union.

« Si la zone euro ou l'Union européenne devaient être démantelées, les coûts ont été estimés à jusqu'à 50 % du PIB dans un premier temps. On estime que le PIB de l'Allemagne se contracterait de 3 % et que le pays perdrait un million d'emplois si la zone euro en venait à se résumer à quelques membres », a expliqué M. Barroso.

Le président de la Commission a admis que l'Union avait besoin d'être réformée, voire de modifier ses traités. Il a toutefois plaidé contre une Europe à deux vitesses.

« Au cours des futures discussions sur le renforcement de l'intégration européenne, notamment via d'éventuelles modifications des traités de l'Union européenne, la Commission assurera indéfectiblement son rôle de garant des intérêts communs de l'Europe, et bien entendu de ceux de tous nos Etats membres. Nous défendrons l'intégrité du marché unique et l'intégrité de la monnaie unique. »

« L'UE dans son ensemble et la zone euro sont liées et ne devraient pas être séparées », a affirmé M. Barroso.