Le débat sur les euro-obligations éclipse le sommet franco-allemand

Les dirigeants de l'Allemagne et de la France seront face à un choix difficile aujourd'hui (16 août). Ils devront décider entre renforcer l'union monétaire et risquer de voir l'Union partir à la dérive.

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Les dirigeants de l’Allemagne et de la France seront face à un choix difficile aujourd’hui (16 août). Ils devront décider entre renforcer l’union monétaire et risquer de voir l’Union partir à la dérive.

Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, se rencontrent à Paris pour discuter des futures mesures à prendre afin de limiter les retombées de la crise de la dette, qui se propage à présent au cœur du continent.

L’Italie a été obligée de renforcer ses mesures d’austérité et la France a subi les effets de l’instabilité des marchés la semaine dernière. Les actions des banques françaises ont en effet été victimes de rumeurs sur une éventuelle dégradation de la note du pays, qui perdrait alors sa note AAA.

De nombreux experts affirment que la seule manière d’assurer un financement des pays les plus endettés de l’Union serait l’introduction d’euro-obligations dans la zone euro, même si les représentants de Paris et de Berlin ont déclaré mardi que ce sujet ne serait pas abordé lors de leurs discussions.

Bien que le gouvernement allemand soit opposé à cette idée depuis longtemps, la situation commence à évoluer. L’association d’exportateurs du pays a d’ailleurs déclaré lundi que les euro-obligations pourraient être la seule solution permettant d’éviter que les marchés ne s’attaquent à nouveau aux membres de la zone euro.

« Dans le cas contraire, les marchés attaqueraient l’Italie, puis la France, nous perdrions notre note AAA et ensuite ce serait notre tour. Ce serait une spirale négative qui mènerait à une dépression mondiale », a affirmé Anton Boerner, le président de l’association allemande d’exportateurs BGA. « Nous avons besoin d’euro-obligations soumises à des conditions strictes. Et nous en avons besoin rapidement ».

Le ministre italien de l’économie, Giulio Tremonti, a déclaré samedi que les euro-obligations seraient la meilleure solution pour la crise de la dette européenne et certains économistes arguent que la zone euro devra finir par accepter cette idée.

« Effondrement de la zone euro »

L’économiste français Jacques Delpla, qui a co-rédigé une proposition sur le fonctionnement des euro-obligations, a déclaré que la zone euro s’effondrerait, à moins que les dirigeants n’aillent plus loin que l’accord qu’ils ont conclu lors du sommet extraordinaire du 21 juillet.

« Si nous nous contentons de l’accord du 21 juillet, la zone euro disparaîtra avant la fin de l’année, sauf si la BCE achète tout ce qui se révèle problématique ».

Euro-obligations mises à part, M. Sarkozy et Mme Merkel se concentreront sur des propositions vouées à améliorer la gouvernance économique de la zone. Ils ont promis à leurs homologues lors du sommet du mois dernier qu’ils les présenteraient fin août.

Ils discuteront sans doute également de la tenue de sommets réguliers au sein de la zone euro, comme le souhaite la France depuis longtemps, ou de la manière d’améliorer la surveillance par les pairs des politiques budgétaires. Le rôle du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, pourrait également être élargi, faisant de lui le porte-parole de la zone euro.

Lors du sommet de juillet, les leaders de la zone se sont mis d’accord sur un second renflouement de la Grèce et sur l’attribution de compétences plus importantes au Fonds européen de stabilité financière. Ces décisions n’ont toutefois accordé que peu de répit aux économies européennes.

L’économiste Frederic Bonnevay de l’Institut Montaigne, un groupe de réflexion français, a affirmé que des mesures plus radicales étaient nécessaires, même si elles ne comprenaient pas d’euro-obligations pour le moment.

« La capacité et les pouvoirs du FESF doivent être significativement accrus, ce n’est un secret pour personne », a-t-il dit, laissant entendre que sa capacité devrait atteindre mille milliards d’euros, contre 440 milliards aujourd’hui.

M. Sarkozy, qui a interrompu ses vacances d’été la semaine dernière pour gérer un effondrement du marché des actions françaises, déjeunera avec son premier ministre, François Fillon, afin de préciser la position de la France avant de rencontrer Mme Merkel à 14 h.

EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l’anglais par Amandine Gillet