Le débat sur l’addiction au numérique chez les enfants gagne du terrain en France
Le débat sur l’addiction des enfants au numérique et sur les moyens d’y remédier gagne du terrain en France, tandis qu’au niveau de l’Union européenne, des voix s’élèvent en faveur d’une réglementation des designs addictifs.
Le débat sur l’addiction des enfants au numérique et sur les moyens d’y remédier gagne du terrain en France, tandis qu’au niveau de l’Union européenne, des voix s’élèvent en faveur d’une réglementation des designs addictifs.
La ministre déléguée à la Jeunesse, Sarah El Haïry, et la secrétaire d’État chargée du numérique, Marina Ferrari, ont lancé jeudi (28 mars) une nouvelle initiative intitulée « P@rents, parlons numérique ».
Annoncée par Mme El Haïry dans le journal Le Parisien, cette initiative prévoit la mise en place d’ateliers gratuits dans tout le pays pour les parents, afin de discuter des sujets liés à l’utilisation du numérique par les enfants.
Cette initiative découle d’une promesse faite par le président français Emmanuel Macron. « Nous déterminerons le bon usage des écrans pour nos enfants, dans les familles, à la maison comme en classe, parce qu’il en va de l’avenir de nos sociétés et de nos démocraties », avait-il déclaré lors de sa deuxième conférence de presse après son élection, le 16 janvier dernier.
Le 10 janvier, M. Macron a lancé une « Commission écrans » chargée de formuler des recommandations d’experts sur les règles à mettre en place. Les dix membres de la commission devaient remettre leur rapport à la fin du mois de mars, mais celui-ci n’a pas encore été publié.
La « Commission écrans » est présidée par Amine Benyamina, psychiatre spécialisée en addictologie, et Servane Mouton, neurologue spécialisée en psychopathologies des apprentissages.
La protection des utilisateurs et des enfants contre les effets néfastes du numérique gagne également du terrain au niveau européen.
En décembre 2023, le Parlement européen a adopté un rapport d’initiative qui souligne « l’impact significatif du design addictif sur tous les individus, mais surtout sur les enfants et les adolescents ».
Kim van Sparrentak, eurodéputée néerlandaise du groupe des Verts et rapporteure du texte, a annoncé lors d’un événement Mozilla Mornings à la mi-mars qu’elle se pencherait sur la réglementation des designs addictifs ou dangereux pour les citoyens de l’UE au cours du prochain mandat du Parlement (2024-2029).
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Législation sur la dépendance aux écrans
Une proposition de loi avait été déposée à l’Assemblée nationale en janvier 2023 par les députées Caroline Janvier et Aurore Bergé (Renaissance, Renew), afin de prévenir l’exposition excessive des enfants aux écrans. Cependant, la proposition de loi n’a pas bénéficié de soutien suffisant et est restée lettre morte.
Cette proposition ciblait l’addiction aux écrans chez les enfants de moins de six ans et visait à former les professionnels de santé à la prise en charge de cette addiction. Elle contenait également de nombreuses mesures de prévention et d’éducation, notamment une plateforme numérique d’information pour les parents.
Bien que le projet de loi n’ait jamais vu le jour, la plateforme d’information numérique a été lancée par la ministre du Numérique jeudi. Mme Ferrari a profité du lancement pour prendre position dans le débat.
Elle a notamment répété sur la chaîne de télévision française FranceInfo, le même jour, qu’elle ne soutenait pas la suggestion de l’ancienne ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem, de rationner l’accès à internet afin de contrer les effets néfastes du numérique.
Dans une tribune publiée dans Le Figaro le 18 mars, Mme Vallaud-Belkacem avait en effet suggéré d’allouer quotidiennement un nombre limité de gigas.
Écrivant que « la rareté oblige à une certaine sagesse », elle expliquait que les gens passeraient moins de temps à publier des discours haineux, à regarder de contenus pornographiques ou à créer des infox si leur accès à internet était limité.
« Aucun message ministériel ne pourra empêcher un adolescent de se faire pourrir l’existence sur internet », a ajouté Mme Vallaud-Belkacem.
Pirates et mineurs
Les problèmes de cybersécurité ne font que compliquer les choses.
Depuis le 21 mars, des rapports quasi quotidiens font état de piratages des établissements scolaires français.
Le 25 mars, le ministère de l’Éducation a indiqué que 130 écoles avaient été la cible de cyberattaques. Les pirates ont envoyé des menaces d’attaques terroristes aux élèves par courriel, y joignant une vidéo de décapitation.
Les environnements numériques de travail des élèves ont été imités afin de recueillir des mots de passe et infiltrer les environnements numériques de travail officiels du ministère de l’Éducation.
À titre préventif, la fonction de messagerie des environnements numériques a été fermée sur ordre de la ministre de l’Éducation, Nicole Belloubet, le 28 mars, jusqu’à ce que le risque de piratage et la faille de sécurités soient résolus.