Le Danube en eaux troubles

Également dans l'édition de mardi : la lettre de Brunner, le nouveau visage de l'euro, les coupes de cheveux militaires, les bases britanniques à Chypre

EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce mardi 7 avril. Ici Eddy Wax, de retour au clavier après une semaine de congé – une semaine de détente, si l’on fait abstraction des 40 minutes que j’ai passées coincé dans un ascenseur à Bilbao. Nicoletta, qui m’avait remplacé la semaine dernière, prend quelques jours de repos bien mérités ; n’hésitez donc pas à me faire parvenir vos informations.

À savoir :

🟢 JD Vance à Budapest pour rallier des soutiens en faveur de Viktor Orbán

🟢 La Commission appelle à prendre des mesures de sécurité face à la guerre en Iran

🟢 À quoi ressembleront les nouveaux billets en euros ?


L’Europe, vue de Bruxelles


À l’instar des trois Américains qui effectuent actuellement un tour de la Lune, Donald Trump s’est donné pour mission d’aller plus loin que jamais… cette fois-ci pour soutenir Viktor Orbán.

Trump a lancé le vice-président américain JD Vance dans la campagne électorale hongroise, l’envoyant pour une visite de deux jours à Budapest afin de renforcer les chances d’Orbán de poursuivre son mandat ininterrompu de Premier ministre, qui dure depuis 16 ans. Des sondages indépendants suggèrent que le vainqueur final sera son adversaire, Péter Magyar.

Vance, qui a annoncé qu’il prononcerait un discours sur le « riche partenariat » entre les États-Unis et la Hongrie, met tout en œuvre pour Orbán, déjà pleinement soutenu par Trump. Aux yeux de Washington, le Fidesz d’Orbán, avec sa position anti-Ukraine et anti-Bruxelles, représente un modèle de parti « patriotique » européen.

Mais cela implique de fermer les yeux sur d’autres aspects. Sous le régime du Fidesz, l’économie hongroise est en proie à une croissance maigre, Budapest n’a pas voté en faveur de l’accord commercial entre les États-Unis et l’UE, et le gouvernement entretient des liens amicaux avec la Chine, rivale acharnée des États-Unis. La Hongrie, pays enclavé, n’est guère un partenaire naval stratégique, mais n’a néanmoins montré aucun intérêt à soutenir les efforts américains en Iran, malgré les provocations de Trump à l’encontre des alliés de l’OTAN.

Vance ne s’attardera probablement pas sur tout cela. Figure de proue de l’isolationnisme au sein du camp MAGA, il a peut-être perdu la bataille sur les interventions américaines au Venezuela et en Iran, mais conserve une forte popularité auprès des électeurs républicains. Un récent sondage CPAC suggère qu’il est le grand favori – loin devant le secrétaire d’État Marco Rubio – pour succéder à Trump en tant que candidat républicain (en supposant que Trump ne fasse que plaisanter au sujet d’une nouvelle candidature).

Un voyage similaire mais plus court de Rubio à Budapest en février – lorsque les deux pays ont signé un accord sur l’énergie nucléaire – n’a pas été d’une grande aide, si l’on en croit les instituts de sondage indépendants. Orbán espère que le fait de côtoyer Vance – et peut-être leur mépris commun pour Volodymyr Zelenskyy et l’UE – fera basculer la dynamique dans les derniers jours avant le scrutin de dimanche.

Vance n’est pas le seul atout dans la manche d’Orbán. Pendant le week-end de Pâques, Orbán s’est précipité à la frontière serbe après des informations faisant état d’une tentative présumée de faire sauter un gazoduc russe alimentant la Hongrie. Le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó a rapidement accusé l’Ukraine. Le Kremlin a également pointé l’Ukraine du doigt – sans surprise. Kiev a rejeté cette accusation.

Magyar a qualifié cela de « farce de bas étage ». Alors que Magyar, les critiques et les journalistes indépendants dénoncent une opération sous faux drapeau – et que même de hauts responsables serbes doutent de toute implication ukrainienne –, il reste à voir quel avantage politique, s’il y en a un, Orbán tirera de cette affaire.

La guerre en Iran suscite des « inquiétudes » en matière de sécurité au sein de l’UE

La guerre en Iran soulève des « inquiétudes » concernant l’entrée de terroristes sur le territoire de l’Union, la vulnérabilité des infrastructures critiques et la sécurité des lieux de culte juifs, a déclaré Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures, à l’ensemble des 27 ministres nationaux de l’Intérieur.

« Alors que nous espérons tous une résolution rapide du conflit au Moyen-Orient, nous devons nous préparer à tous les scénarios possibles », a-t-il écrit dans une lettre datée du 25 mars, consultée par Rapporteur.

Les gouvernements nationaux devraient donner la priorité à la protection des « cibles vulnérables » telles que les infrastructures énergétiques et financières, a ajouté Brunner, exhortant les pays qui n’ont pas encore mis en œuvre la législation européenne sur la protection des secteurs critiques à se dépêcher. Il a également averti que le nouveau système d’entrée/sortie (EES) de l’UE, destiné à enregistrer les données biométriques des voyageurs et qui doit être pleinement opérationnel d’ici vendredi, ne doit pas laisser de « failles de sécurité » si les pays ne parviennent pas à le mettre en service à temps.

La Commission mettra 5 millions d’euros à disposition pour aider les pays à défendre les sites juifs susceptibles d’être la cible d’attaques terroristes, et « envisage d’augmenter » ce fonds, a indiqué Brunner.

Bien qu’il n’y ait pas eu « d’augmentation des flux migratoires vers l’UE » liée à la guerre en Iran, il a exhorté les pays à intensifier leurs préparatifs en vue du nouveau pacte migratoire de l’Union avant la date butoir de juin, soulignant que « le niveau de préparation varie d’un pays à l’autre au sein de l’UE ».

Le nouveau visage de l’euro

Un groupe d’experts de l’UE se réunit pour réfléchir à ce à quoi devrait ressembler la prochaine génération de billets en euros, alors que le processus de refonte mené depuis cinq ans par la Banque centrale européenne touche à sa fin. Essayez de ne pas pleurer, mais les ponts fictifs qui ornent actuellement votre argent vont disparaître progressivement.

Ce mois-ci, le comité monétaire doit choisir le nouveau thème, en optant soit pour un mélange de rivières et d’oiseaux – un choix plus sûr car moins sensible politiquement – soit pour l’option plus risquée consistant à apposer les portraits de personnalités européennes, telles que Beethoven et Marie Curie, sur les billets en euros. Une décision finale est attendue d’ici la fin de l’année. Martina Monti vous raconte toute l’histoire ici.

Chypre envisage un accord de type Chagos concernant ses bases britanniques

Chypre a obtenu le soutien de l’UE pour des négociations visant à mettre fin au contrôle britannique sur les bases militaires de l’île, rapporte Sarantis Michalopoulos.

Nicosie explore un accord en vertu duquel la Grande-Bretagne céderait le contrôle des bases souveraines, sur le modèle de l’accord controversé signé par Keir Starmer pour restituer les îles Chagos à Maurice, où se trouve la base militaire anglo-américaine de Diego Garcia.

Mais ce qui complique encore davantage la situation pour Chypre et ses soutiens au sein de l’UE, c’est que Donald Trump a violemment critiqué cet accord, s’en servant comme d’un levier majeur pour attaquer le gouvernement de gauche de Starmer. Lire l’article complet ici.


Rond-point Schuman


Coupes pour les troupes : Un document consulté par Euractiv révèle les coiffures jugées acceptables par les armées de 18 pays. La Turquie a interdit à ses soldats de arborer des permanentes, tandis que les dreadlocks sont proscrits dans les forces armées israéliennes et tchèques. Les recrues italiennes ont pour consigne de ne pas utiliser de gel coiffant. Charles Cohen nous livre tous les détails.


Les capitales


PARIS 🇫🇷

Les pêcheurs de Méditerranée du sud de la France ont suspendu une grève à durée indéterminée prévue pour protester contre la hausse des prix du carburant, invoquant « l’intérêt général » et des préoccupations liées à la souveraineté alimentaire. Ils ont adressé une demande au Premier ministre Sébastien Lecornu et à la ministre de la Pêche Catherine Chabaud. Paris a récemment annoncé une aide de 70 millions d’euros, comprenant notamment des subventions pour le carburant, mais les pêcheurs mettent en garde contre la possibilité d’une nouvelle mobilisation.

– Charles Szumski

 

ROME 🇮🇹

Le ministre de la Défense Guido Crosetto doit s’exprimer aujourd’hui devant le Parlement au sujet de l’utilisation de la base aéronavale de Sigonella, après le refus de Rome d’accéder à la demande américaine d’utiliser cette base comme escale pour des bombardiers dans le contexte des tensions avec l’Iran. Le gouvernement a invoqué des règles exigeant une autorisation explicite pour les opérations offensives, tandis que les partis d’opposition réclament un contrôle parlementaire plus strict et des limites plus claires concernant les opérations américaines.

– Alessia Peretti

 

MADRID 🇪🇸

Pedro Sánchez a déclaré que le nombre d’affiliés à la sécurité sociale avait atteint un record de 22 millions en mars, grâce en grande partie à la création d’emplois dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Le ministre de l’Économie, Carlos Cuerpo, a indiqué que la croissance avait dépassé les niveaux de février malgré des conditions difficiles. Le Parti populaire, dans l’opposition, a qualifié ces chiffres de « propagande », Alberto Nadal avertissant que la faible productivité, l’inflation et la hausse des impôts érodent le pouvoir d’achat.

– Inés Fernández-Pontes

 

ATHÈNES 🇬🇷

Kyriakos Mitsotakis a exhorté le Parquet européen à agir « rapidement » pour déterminer lesquels des 11 députés de la Nouvelle Démocratie au pouvoir, accusés de clientélisme dans le cadre des subventions agricoles de l’UE, feront l’objet de poursuites, après que les procureurs ont demandé la levée de leur immunité. Le scandale risque de nuire au gouvernement, tandis que les partis d’opposition ont appelé à des élections anticipées, une option que Mitsotakis a écartée.

– Sarantis Michalopoulos

 

BELGRADE 🇷🇸

Les autorités serbes ont déclaré avoir trouvé des engins explosifs équipés de détonateurs près du gazoduc Balkan Stream, à proximité de la frontière hongroise, quelques jours avant les élections en Hongrie. Aucun suspect ni motif n’a été confirmé. Les responsables ont indiqué que les engins contenaient des composants d’origine américaine et ont évoqué un suspect potentiel issu de l’immigration, bien que cette information n’ait pas été vérifiée de manière indépendante. Ils ont ajouté qu’il n’y avait aucune indication d’une implication ukrainienne.

– Bronwyn Jones

 

SARAJEVO 🇧🇦

Les médias locaux rapportent que Donald Trump Jr. est attendu à Banja Luka mardi, bien que l’objet de cette visite reste flou. Il n’occupe aucune fonction officielle au sein du gouvernement américain, et on ignore si ce voyage bénéficie d’un soutien officiel. Washington n’a ni annoncé ni confirmé cette visite, et on ne sait toujours pas s’il se rendra à Budapest avant les élections de ce week-end.

– Bronwyn Jones


Également sur Euractiv


L’UE réajuste son projet de « gigafactories » d’IA

Le projet d’Ursula von der Leyen visant à construire des « gigafactories » d’IA pour consolider la capacité européenne en matière d’entraînement de modèles continue d’être retardé, alors même que ses rivaux américains et chinois accélèrent leurs investissements dans des centres de données bien plus vastes.

Alors que seule Mistral AI est encore en lice dans la course européenne aux modèles de pointe – et développe sa propre infrastructure –, le projet suscite de plus en plus de questions quant à savoir si ces pôles coûteux de l’UE seront compétitifs, voire nécessaires, d’ici à ce qu’ils soient construits.


Editeurs.trices : Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeur.trice : Bruno Waterfield, Nicoletta Ionta

Traductrice : Clara Vassent