Le commissaire au Commerce aux États-Unis, alors que pèse sur Bruxelles la menace de droits de douane de 50 %

Le commissaire européen Maroš Šefčovič entame mardi 1er juillet une mission à Washington pour tenter de désamorcer les tensions avec les États-Unis, à quelques jours de l’entrée en vigueur des droits de douane de 50 % sur les produits européens.

EURACTIV.com
Maros Sefcovic In Kyiv
Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič. [Getty Images/Sergii Kharchenko_NurPhoto]

Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, entame ce mardi 1er juillet une mission à Washington pour tenter de désamorcer les tensions avec les États-Unis, à quelques jours de l’entrée en vigueur, le 9 juillet, des droits de douane de 50 % sur les produits européens.

Maroš Šefčovič a indiqué lundi 30 juin à la presse qu’il comptait rencontrer le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, mercredi et jeudi (2-3 juillet) à Washington.

Fin de la semaine dernière, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait affirmé que Bruxelles étudiait actuellement une proposition américaine récemment transmise dans le cadre des négociations en cours.

« Nous avons reçu les premières propositions préliminaires pour l’accord de principe sur lequel nous travaillons », a précisé Maroš Šefčovič lundi.

« Je peux dire que notre équipe technique est en route vers Washington, et [mardi] je prendrai également l’avion pour Washington », a-t-il ajouté.

Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier, Donald Trump a multiplié les mesures protectionnistes. Il a imposé des droits de douane de 50 % sur les importations d’acier et d’aluminium, ainsi qu’une taxe de 25 % sur les véhicules. À partir du 9 juillet, il menace d’appliquer un tarif généralisé de 50 % sur la majorité des exportations européennes — une hausse brutale par rapport droits de douane « universels » de 10 % actuellement en vigueur.

« Bien sûr, nous ferons tout notre possible avec mes partenaires américains pour faire avancer ces négociations autant que possible » avant la date limite du 9 juillet, a déclaré le commissaire au Commerce, ajoutant qu’il avait récemment eu des « discussions très intensives et parfois très vives » avec Jamieson Greer et Howard Lutnick.

Le scénario idéal

Selon des diplomates européens au fait des discussions, la Commission, qui supervise la politique commerciale de l’Union, aurait déclaré aux envoyés de l’UE que le scénario « idéal » serait un « accord-cadre » similaire à celui conclu en mai entre les États-Unis et le Royaume-Uni.

Cet accord, qui serait beaucoup moins fourni et plus vague qu’un accord de libre-échange traditionnel, comprendrait probablement une déclaration générale de principes et d’engagements visant à clarifier les différends commerciaux en cours, ainsi que des promesses de supprimer certains droits de douane sur les exportations de l’UE, ont indiqué les diplomates.

Si aucun accord n’est conclu — ou si aucune prolongation du délai du 9 juillet n’est accordée par Washington — l’UE imposerait probablement des droits de douane en réponse. Ceux-ci, précédemment annoncés, viseraient 21 milliards d’euros de produits américains dès le 14 juillet, ont confié les diplomates. Le bloc prépare également une liste distincte de produits ciblés, qui pourrait couvrir 95 milliards d’euros d’exportations américaines .

Les résultats de la mission de Maroš Šefčovič seront scrutés de près par les ambassadeurs des Vingt-Sept le vendredi 4 juillet, voire dès la veille par le Comité de la politique commerciale du Conseil de l’UE.

Signaux contradictoires

L’Union envoie toutefois des signaux confus quant à sa marge de manœuvre. Des débats internes divisent les responsables européens, notamment sur l’opportunité d’assouplir certaines règlementations — en particulier dans le domaine numérique — afin de faciliter un compromis avec Washington.

La semaine dernière, Ursula von der Leyen a fait savoir que des discussions étaient en cours avec les États-Unis sur des « barrières non tarifaires telles que les normes et les standards ». Cette déclaration a été interprétée par certains comme un signe que Bruxelles pourrait céder à la pression américaine pour réviser sa législation numérique, notamment les lois sur les services et les marchés numériques, Digital Services Act (DSA) et Digital Markets Act (DMA) — des textes très critiqués par Donald Trump et les géants du numérique américains.

Toutefois, le lendemain, Matthias Jørgensen, un haut fonctionnaire européen impliqué dans les négociations, a déclaré aux membres de la commission du Commerce du Parlement européen que « toute modification de la législation européenne existante » constituait une « ligne rouge » pour Bruxelles.

Lundi, les porte-parole de la Commission Thomas Reigner et Paula Pinho ont insisté sur le fait que l’exécutif ne modifierait ni sa législation numérique ni l’application de cette-ci.

Le même jour, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, qui avait dit qu’il était « très probable » que la date limite du 9 juillet soit reportée, a laissé entendre que les États-Unis se préparaient à réimposer les droits « réciproques » introduits le 2 avril. Ces derniers avaient bouleversé le commerce mondial et les marchés financiers avant d’être suspendus pour 90 jours le 9 avril.

« Certains pays négocient de bonne foi, mais ils doivent savoir que si nous ne parvenons pas à trouver un accord en raison de leur obstination, nous pourrions revenir aux niveaux du 2 avril », a-t-il confié à Bloomberg TV. « J’espère que cela ne sera pas nécessaire. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]