Le commissaire au Commerce affirme que l’accord commercial UE-États-Unis concerne également l’Ukraine

« Je ne peux pas entrer dans les détails de ce qui a été discuté hier, mais je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas uniquement de commerce », a déclaré Maroš Šefčovič lundi 28 juillet.

EURACTIV.com
European Foreign Affairs Council
Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce. [Getty Images/Jonathan Raa_NurPhoto]

L’accord commercial conclu ce week-end entre l’Union européenne et les États-Unis ne se limite pas aux questions économiques : il vise également à préserver le soutien américain à l’Ukraine. C’est ce qu’a affirmé lundi le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, confirmant ainsi que des considérations géopolitiques ont pesé dans la balance au moment de la signature d’un texte déjà très critiqué.

Le commissaire européen a déclaré que l’accord, qui imposera un droit de douane « plancher » de 15 % sur la plupart des exportations de l’UE, « ne concernait pas uniquement le commerce », mais était lié à des préoccupations géopolitiques plus larges.

« Il s’agit de sécurité, il s’agit de l’Ukraine, il s’agit de l’instabilité géopolitique actuelle », a expliqué Maroš Šefčovič aux journalistes. « Je ne peux pas entrer dans les détails de ce qui a été discuté hier, mais je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas uniquement de commerce. »

Ces précisions interviennent alors que les doutes s’accumulent en Europe sur la pérennité du soutien américain à l’Ukraine, toujours sous les bombardements plus de trois ans après l’invasion à grande échelle du pays lancée par Moscou.

Donald Trump, qui a eu une altercation publique avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky au début de l’année, a critiqué à plusieurs reprises le soutien apporté par les États-Unis à l’Ukraine avant sa présidence et a cherché à faire pression sur Kiev et Moscou pour qu’ils mettent un terme à la guerre.

Cependant, le président américain se montre de plus en plus agacé par le refus de Vladimir Poutine d’accepter un cessez-le-feu et a menacé d’imposer des « droits de douane secondaires » pouvant aller jusqu’à 100 % aux pays qui achètent du pétrole russe. Il a par ailleurs donné ce lundi 10 à 12 jours à Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre.

Par ailleurs, le locataire de la Maison-Blanche a récemment promis de livrer des systèmes de défense antimissile Patriot à Kiev, tout en soulignant qu’ils seraient achetés par les États membres de l’UE.

Le commissaire Šefčovič a laissé entendre que cet accord était un « prix supplémentaire » à payer pour que Washington « s’aligne » sur Bruxelles « sur les questions géopolitiques actuelles ».

« Cet accord a une valeur supplémentaire, car je pense qu’à partir de maintenant, nous ne pouvons que nous améliorer », a-t-il conclu.

Un accord qui divise

L’accord conclu dimanche, qui prévoit également l’achat par l’UE de 750 milliards de dollars de pétrole, de gaz et d’énergie nucléaire américains au cours des trois prochaines années, a été vivement critiqué au sein de l’UE — mais également à Moscou.

« Cet accord vise clairement la Russie, car il interdit l’achat de pétrole et de gaz russes », a fustigé Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité du Kremlin.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a jugé qu’il était « clair » que les ressources énergétiques américaines seraient « nettement plus chères que les ressources russes ». Selon lui, cet accord aura donc des conséquences négatives sur « les prix de l’énergie » ainsi que sur l’agriculture et l’industrie européennes.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, l’un des rares alliés de Donald Trump au sein de l’UE et proche de Vladimir Poutine, a dénoncé l’accord, estimant que le président américain a « mangé Ursula von der Leyen » — qu’il qualifie de « poids plume » face à Donald Trump.

La France, qui soutient de plus en plus fermement l’Ukraine depuis quelques années, a également condamné l’accord et exhorté Bruxelles à activer son « bazooka commercial » — l’instrument anti-coercition — afin de cibler les exportations de services américains vers l’UE.

Plusieurs autres États membres, dont l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Slovaquie et la République tchèque, ont apporté un soutien prudent à l’accord, tout en soulignant que des détails importants devaient encore être clarifiés.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]