Le commissaire à l’Agriculture de l’UE rejette l’idée de conditionner les fonds agricoles aux réformes
Lors d’un entretien avec Euractiv, le commissaire sortant à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a qualifié d’« inacceptable » le fait de disposer d’un budget européen basé sur des conditions politiques et des échéances, comme c’est le cas pour le fonds de relance post-pandémique de l’UE.
Lors d’un entretien avec Euractiv, le commissaire sortant à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a qualifié d’« inacceptable » le fait de disposer d’un budget européen basé sur des conditions politiques et des échéances, comme c’est le cas pour le fonds de relance post-pandémique de l’UE.
Janusz Wojciechowski planche actuellement sur un rapport d’activité de fin de mandat. Dans une ébauche consultée par Euractiv, ce dernier se félicite personnellement ainsi que l’UE de la résilience du secteur agroalimentaire face aux difficultés rencontrées ces dernières années : la pandémie, les évènements météorologiques extrêmes et les conséquences économiques de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Le responsable politique polonais de 69 ans, sur le point de quitter Bruxelles, en profite également pour donner son avis sur l’avenir de la politique agricole de l’UE.
Janusz Wojciechowski rejette notamment l’idée d’un budget européen qui octroierait des fonds sous conditions. Il dénonce le fait d’exiger la mise en œuvre de certaines réformes, comme les « jalons » qui conditionnent actuellement le versement des fonds destinés aux plans de relance nationaux.
Cette idée est reprise par de nombreuses personnalités au sein de l’UE, y compris l’actuel commissaire européen au Budget, Johannes Hahn.
Janusz Wojciechowski a affirmé qu’il ne pouvait pas imaginer une Politique agricole commune (PAC) assortie de conditions telles que le respect de l’État de droit ou des repères économiques.
« Les agriculteurs polonais [pourraient] ne pas recevoir d’argent à cause d’un problème avec le […] système judiciaire ? Absolument pas », a-t-il fustigé, ajoutant que la même chose pourrait arriver à leurs homologues italiens en raison des inquiétudes suscitées par la dette publique du pays.
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Contre les coupes dans la politique de promotion
Janusz Wojciechowski a regretté la récente proposition de la Commission qui vise à réduire le financement de l’UE pour la promotion des produits agricoles. Selon lui, il était « très important » de maintenir un excédent commercial pour le secteur.
Dans la révision du cadre financier pluriannuel (CFP) du bloc, l’exécutif européen a proposé de réduire de 440 millions d’euros le budget de la PAC pour 2025-2027. Ces coupes affecteraient principalement le soutien à la promotion des produits agroalimentaires de l’UE et les missions et évènements sur les marchés à l’étranger.
« Cela m’inquiète », a déclaré Janusz Wojciechowski, qui considère que le « secret » de la réussite de l’UE en matière de commerce agroalimentaire réside sur la qualité de ses produits et leurs valorisations.
L’Europe a besoin d’une diplomatie alimentaire, estime Janusz Wojciechowski, qui a rappelé ses missions au Vietnam, à Singapour, en Inde, en Chine, au Kazakhstan et au Japon pour resserer les liens en matière d’agriculture avec ces pays, leurs représentants et le secteur. Des initiatives vues « très positivement » par les représentants de l’industrie agroalimentaire de l’UE, souligne-t-il.
L’actuel commissaire s’est présenté comme le défenseur de la politique de promotion, notamment en citant sa proposition de nouvelle législation de promotion de produits agroalimentaires, qui faisait partie du plan d’action « de la ferme à la table » (Farm to Fork), mais qui n’a jamais été présentée.
Cela était dû à « la controverse sur le soutien à la promotion de la viande rouge et du vin » au sein de la Commission, a rappelé Janusz Wojciechowski. Il a également cité le règlement sur les pesticides et la directive sur les émissions industrielles comme d’autres initiatives de l’UE pour lesquelles sa position différait de celle du collège des commissaires.
« J’ai présenté mon vote distinct », a indiqué le commissaire, « et finalement […] mes objections ont été prises en compte » dans le processus législatif, qui s’est achevé par le retrait du règlement sur les pesticides et l’exclusion de l’élevage bovin du champ d’application de la directive.
Des clauses miroirs, oui, mais avec prudence
Interrogé sur les appels à garantir des conditions de concurrence équitables entre les producteurs de l’UE et leurs concurrents internationaux en appliquant les mêmes normes de production — les « clauses miroirs » —, Janusz Wojciechowski s’est montré prudent.
« Nous devrions être prudents à ce sujet, car l’ouverture du commerce est avant tout bénéfique pour nous », a-t-il affirmé. Et d’ajouter que l’UE a des intérêts « plus offensifs que défensifs » dans le commerce des produits agroalimentaires.
Il a ajouté que les négociateurs de l’UE devraient essayer d’aligner les normes de production entre l’Union et les partenaires commerciaux « autant que possible » lorsqu’ils négocient des accords de libre-échange.
« Mais nous devons nous rappeler que l’Union européenne est membre de l’Organisation mondiale du commerce […] Nous ne pouvons pas créer des exigences qui peuvent être [perçues] comme des barrières commerciales » par nos partenaires, a-t-il conclu.
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[Édité par Sarah N’tsia & Anne-Sophie Gayet]