Le Bundestag approuve le second renflouement de la Grèce
La chancelière allemande, Angela Merkel, a survécu au vote du parlement qui a donné son assentiment à un second renflouement pour la Grèce ce lundi (27 février), mais elle reste confrontée à des réticences croissantes quant à l'idée d'allouer plus d'argent au soutien de la zone euro.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a survécu au vote du parlement qui a donné son assentiment à un second renflouement pour la Grèce ce lundi (27 février), mais elle reste confrontée à des réticences croissantes quant à l'idée d'allouer plus d'argent au soutien de la zone euro.
L'opposition de centre-gauche a contribué à cette victoire confortable, à savoir 496 votes pour, 90 contre et cinq abstentions, mais seuls 304 des 330 législateurs de la coalition de centre-droit de Mme Merkel ont soutenu cette décision.
La chambre basse du Bundestag a voté peu après que Standard & Poor's a dégradé la notation de crédit à long terme de la Grèce au niveau de « défaut de paiement sélectif ». Standard & Poor's est la seconde agence à dégrader Athènes depuis l'annonce de l'échange d'obligations visant à alléger le poids de sa dette.
Dix-sept rebelles au sein de la coalition de la chancelière ont voté contre le renflouement, soit quatre de plus qu'en septembre dernier lors du vote visant à augmenter la capacité du fonds de sauvetage de la zone euro.
Des experts ont expliqué que ce résultat pourrait affaiblir Mme Merkel sur le plan politique et lui rendre la tâche encore plus difficile lorsqu'il s'agira d'approuver le renforcement des pare-feu financiers de l'Europe alors que la pression internationale s'intensifie sur l'Allemagne.
« Mme Merkel est en train de perdre de son pouvoir de persuasion et les membres du Bundestag ne pensent plus que tout se passera comme prévu », a déclaré Gero Neugebauer, professeur de sciences politiques à la Freie Universität de Berlin.
Un fonds de renflouement plus important
Les principales économies du monde au sein du G20 ont intensifié leurs pressions sur Berlin au cours du week-end dernier pour qu'elle cesse de s'opposer au renforcement du fonds de sauvetage européen. Selon elles, l'Europe doit mettre plus d'argent sur la table si elle souhaite recevoir l'aide d'autres pays.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est également exprimé en ce sens lundi, affirmant qu'il attendait une décision sur le renforcement du pare-feu financier de la zone euro dans le courant du mois de mars. Il est cependant peu probable qu'une décision soit prise lors du sommet de jeudi et vendredi.
La chancelière, dont le pays est le plus grand contributeur des fonds de sauvetage, est restée ferme à ce sujet, avec pour objectif de s'assurer un vote convaincant en faveur du programme de renflouement de 130 milliards d'euros pour la Grèce, le second depuis 2010.
Elle a reconnu qu'il n'était pas sûr à 100 % que ce renflouement fonctionnerait, mais elle a rejeté les appels des réfractaires de sa coalition qui souhaiteraient laisser la Grèce entrer en défaut de paiement et quitter la zone euro.
« Personne ne sait quel serait l'impact d'un rejet du second plan de sauvetage grec sur les autres pays renfloués précédemment, à savoir le Portugal et l'Irlande, ou sur l'Espagne et l'Italie, ou encore sur la zone euro et le monde entier », a déclaré Mme Merkel.
« En tant que chancelière, je dois prendre certains risques, mais je ne dois pas pour autant me montrer imprudente, mon serment d'investiture me l'interdit. »
Elle souhaiterait accélérer les versements à destination du fonds de sauvetage permanent de la zone euro d'une capacité de 500 milliards d'euros, afin qu'il puisse atteindre sa capacité totale en deux ans au lieu de cinq. Elle a affirmé que son gouvernement ne voyait pas la nécessité de débattre d'une augmentation de la capacité totale pour l'instant.
« Avec la restructuration volontaire de la dette grecque, nous entrons en territoire inconnu. Si c'est un succès, le risque de contagion pour les autres pays sera encore réduit. Nous devons attendre et voir ce qu'il se passe », a-t-elle affirmé.
Réticence croissante
L'opinion publique et des médias influents se prononcent de plus en plus contre des dépenses supplémentaires à destination des renflouements.
« Des milliards pour la Grèce : Stop ! », a titré en première page le tabloïd le plus vendu en Allemagne, Bild.
« Ne suivez pas plus longtemps cette voie insensée », a ajouté le quotidien, citant d'éminents économistes qui arguent que la Grèce ferait mieux d'entrer en défaut de paiement sur son immense dette souveraine et de quitter temporairement l'union monétaire.
Pour l'opposition, l'ancien ministre des finances qui fait partie du Parti social-démocrate (SPD), Peer Steinbrück, a déclaré que la stratégie de Mme Merkel visant à gagner du temps avait échoué, car la situation n'avait fait qu'empirer.
« Près de deux ans après le premier plan de sauvetage grec de mai 2010, nous sommes de retour à la case départ en ce qui concerne la Grèce, le risque de contagion de la zone euro et l'Allemagne », a affirmé M. Steinbrück.
« Non seulement ça coûte plus d'argent, mais en plus, le ressentiment, les préjugés et les clichés se font de plus en plus tenaces à l’encontre des Grecs. Il en va de même pour les « méchants Allemands ». »
Mme Merkel a subi plusieurs affronts à propos des renflouements accordés aux pays de la zone euro de la part de certains membres de son parti conservateur, l'Union chrétienne-démocrate, de l'Union chrétienne-sociale en Bavière et du Parti libéral-démocrate.
Cette rébellion, qui s'ajoute à l'humiliation causée par la nomination d'un nouveau président fédéral, pourrait susciter des questions quant à la survie de sa coalition jusqu'aux élections de 2013 lors desquelles elle devrait briguer un troisième mandat.
Face à d'immenses pressions dans son pays pour que les pays de la zone euro ne reçoivent de l'aide qu'en retour de sévères réformes budgétaires, ce que la Grèce n'est pas encore parvenue à faire, Berlin envoie des signaux contradictoires et il est difficile de savoir si elle adoucira ou non sa position.
Le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, qui rencontrait ses collègues du G20 à Mexico ce week-end, a semblé ouvert à la fusion des fonds de sauvetage temporaire et permanent de la zone euro dans le but de mettre sur pied un pare-feu de 750 milliards d'euros. Une telle fusion ouvrirait la voie à un soutien supplémentaire du Fonds monétaire international (FMI).
L'approche du « on verra bien » adoptée par Mme Merkel n'exclut pas un changement de position le mois prochain, mais les résultats du vote rendent cette éventualité difficile.
Les Allemands perdent patience
Mme Merkel reste prudente, notamment en raison des inquiétudes exprimées par les électeurs et du malaise qui règne au sein de sa coalition. A Berlin, nombreux sont ceux qui pensent également que les pressions exercées par marchés s'apaisent et qu'il n'est plus nécessaire d'apporter urgemment plus de fonds.
Suite à l'initiative de la Banque centrale européenne d'inonder les banques avec des liquidités bon marché à trois ans qui semble avoir contribué à la stabilisation des marchés obligataires, l'Italie et la Belgique ont vu leurs coûts d'emprunt chuter lors de l'adjudication de titres de dette ce lundi.
Toutefois, les futures sur le Bund allemand ont atteint leur plus haut niveau en cinq semaines, les traders citant les doutes de Mme Merkel quant aux succès du sauvetage de la Grèce et ses déclarations prévoyant des années de dur labeur pour la zone euro.
En amont d'une seconde injection d'argent bon marché à long terme de la BCE mercredi, qui devrait atteindre 500 milliards d'euros, la banque centrale a déclaré qu'elle avait maintenu son programme d'achat d'obligations souveraines d'urgence en suspens pour une seconde semaine consécutive.
Un sondage d'opinion publié dans un journal du dimanche a révélé que 62 % des Allemands étaient contre le second renflouement de la Grèce. Quelque 33 % se sont exprimés en faveur de ce plan de sauvetage. Lors d'un sondage similaire réalisé en septembre dernier, 53 % y était opposés et 43 % y était favorables.
Les Allemands commencent à perdre patience avec ce que M. Schäuble a qualifié de « puits sans fond » en Grèce.
Frank Schäffler, le plus eurosceptique des membres du Parti libéral-démocrate, partenaire minoritaire dans la coalition de Mme Merkel, a déclaré au parlement : « La Grèce n'a aucune chance de devenir compétitive au sein de la zone euro et doit par conséquent partir. Ce départ devrait s'accompagner d'une réelle décote digne de ce nom. »