Le Brexit, invité indésirable du sommet franco-britannique

Les chefs d'Etat du Royaume-Uni et de la France doivent discuter Europe autour d'un déjeuner dans un pub britannique. Un sujet sur lequel tout les sépare.

EURACTIV.fr
Cameron and Hollande. Both leaders oppose Juncker.
Cameron and Hollande. Both leaders oppose Juncker.

Les chefs d'Etat du Royaume-Uni et de la France doivent discuter Europe autour d'un déjeuner dans un pub britannique. Un sujet sur lequel tout les sépare.

Démonstration militaire, puis déjeuner au pub dans le fief électoral de David Cameron près d'Oxford : le sommet franco-britannique du vendredi 31 janvier a été réduit à sa plus simple expression. Et tout a été fait pour repousser au plus tard les sujets qui fâchent.

Les questions de coopération en matière militaire, énergétique et spatiale représentaint le seul ordre du jour consensuel entre les deux pays, alors que le Premier ministre britannique ne cesse de donner des gages à l'aile droite de son parti en critiquant sévèrement la construction européenne. David Cameron s'est aussi engagé à organiser en 2017, s'il est réélu en 2015, un referendum sur l'appartenance de son île à l'Union européenne.

A l'inverse, François Hollande et ses ministres bataillent sans cesse, à Bruxelles ou en France, pour préserver l'Europe à 28 tout en accélérant l'approfondissement de l'euro-zone. Des stratégies divergentes qui se traduisent par des crispations diplomatiques. Ce que le Financial Times résume en ayant recours aux deux langues : An entente that is not very cordiale.

La presse britannique avait fait état des interrogations de la France sur la tenue du sommet en raison du French-bashing permanent de l'exécutif britannique. Des hésitations hypothétiques selon l'Élysée, qui dément. Et affirme que l'intérêt général demande d'avoir un discours constructif pour que le Royaume-Uni reste en Europe.

Des accords militaires et économiques

Les deux hommes ont signé sur la base militaire de Brize-Norton, une série d'accords visant à mettre en oeuvre les programmes d'équipement militaire lancés par le traité de Lancaster House, conclu fin 2010 par Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique.

La nouvelle génération des avions de combat sans pilote, les missiles antinavires légers ou encore un nouveau programme contre les mines marines sont autant de domaines où les deux pays espèrent obtenir des avancées concrètes. Paris et Londres veulent aussi poursuivre la coopération énergétique induite par la construction par EDF d'une centrale nucléaire à Hinkley, dans l'est du Royaume-Uni, un investissement de près de 19 milliards d'euros.

Des programmes de recherche et de formation communs pourraient être annoncés dans le sillage de la construction des premiers réacteurs EPR britanniques, ainsi qu'un rapprochement entre les agences spatiales des deux pays.

L'Europe, un obstacle sémantique

Pour François Hollande, il est hors de question de changer les traités pour satisfaire les exigences britanniques. Or, la position de Cameron consiste à tenter de rapatrier des compétences supplémentaires au niveau national, ce qui nécessiterait un changement des traités.

La remise en cause régulière par Londres de la libre-circulation des personnes, qui est un des fondements de la construction européenne, est aussi critiquée à l'Élysée. « C'est un sujet qui n'est pas négociable, comme la libre-circulation des marchandises » assure-t-on dans l'entourage de Hollande.

Outre les petites phrases assassines sur les débarquements de roumains et de bulgares ou le besoin de « simplification » des règles européennes, le Royaume-Uni mène plus discrètement un travail de sape des législations européennes existantes.

C'est en tout cas la position de Paris, qui cite les propositions de « simplification » faites par le Royaume-Uni lors du Conseil européen d'octobre dernier.

« Il ne s'agissait pas de simplifier les règles européennes, mais de supprimer toute législation environnementale, sociale, ou de sécurité alimentaire. Si l'on fait cela, l'Europe perd son sens ! » assure-t-on dans l'entourage du président français.

Reste que la discussion avec le Royaume-Uni demeure cruciale. Et la présidence français souligne que les hésitations du Royaume-Uni à l'égard du Continent relèvent surtout du débat intérieur britannique.

«Il y a un obstacle sémantique et politique dans le mot Europe, mais le gouvernement britannique connaît son intérêt stratégique » veut croire Paris.