Le Belge détenu en Iran enfin libéré

Olivier Vandecasteele, le travailleur humanitaire belge détenu depuis 455 jours en Iran dans des conditions indignes, a enfin été libéré, a annoncé le Premier ministre belge Alexander De Croo ce vendredi (26 mai).

Euractiv France
Rally in support of Belgian aid worker detained in Iran
Depuis plusieurs mois, la question de la détention d’Olivier Vandecasteele était au centre des préoccupations de la diplomatie belge. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Olivier Vandecasteele, le travailleur humanitaire belge détenu depuis 455 jours en Iran dans des conditions indignes, a enfin été libéré, a annoncé le Premier ministre belge Alexander De Croo ce vendredi (26 mai).

Le Belge de 42 ans a été libéré la nuit dernière, au terme d’une bataille diplomatique avec le régime iranien, qui l’utilisait comme monnaie d’échange pour faire libérer un Iranien emprisonné en Belgique.

« Au moment où je m’adresse à vous, le Belge Olivier Vandecasteele est en chemin pour la Belgique. Si tout se déroule comme prévu, il sera parmi nous ce soir. Enfin libre », a annoncé le Premier ministre dans une déclaration officielle, qualifiant le retour de l’humanitaire de « soulagement ».

L’ex-détenu a été pris en charge par des militaires et diplomates belges dans le Sultanat d’Oman et a passé des examens médicaux dans la matinée pour évaluer son état de santé.

Le Premier ministre a personnellement annoncé la libération à la famille Vandecasteele, dont il a salué le courage. « Nous n’abandonnons, en Belgique, personne. Encore moins un innocent », a conclu M. De Croo.

La ministre belge des Affaires étrangères a qualifié la détention de M. Vandecasteele « d’arbitraire » et a souligné les « 15 mois de diplomatie intense et discrète ».

Retour sur l’affaire

Olivier Vandecasteele a été arrêté et emprisonné par le régime iranien le 24 avril 2022, jour où, à l’autre bout du monde, la Russie lançait son invasion de l’Ukraine.

En mars 2022, la Belgique avait négocié un accord d’échange de prisonniers avec l’Iran. Ce dernier prévoyait un moyen légal de transférer une personne condamnée en Iran vers la Belgique. La signature de cet accord devait permettre l’échange de M. Vandecasteele contre Assadolah Assadi, un diplomate iranien condamné en 2021 par les autorités belges pour un projet d’attentat à la bombe qui devait avoir lieu en 2018 en France lors d’un rassemblement du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), une faction de l’opposition iranienne à l’étranger.

Toutefois, la Cour constitutionnelle belge avait suspendu l’accord en décembre, car M. Assadi aurait pu être libéré une fois de retour en Iran. Le recours en annulation avait été demandé par le CNRI et dix opposants au régime.

Les conditions de détention de M. Vandecasteele, qui étaient déjà mauvaises, se sont encore détériorées en janvier après sa condamnation à 74 coups de fouet et à 40 ans de prison pour espionnage et atteinte à la sécurité nationale. Il avait ensuite été transféré à la prison d’Evin à Téhéran.

Ce jugement avait été fermement condamné par les autorités belges et par le Parlement européen dans une résolution sur la réponse de l’UE aux manifestations et aux exécutions en Iran, qui faisait état de « “faits d’espionnage” fabriqués de toutes pièces » et du « recours cynique de la République islamique à la diplomatie des otages pour obtenir la libération du terroriste condamné Assadollah Assadi ».

Finalement, début mars, la Cour constitutionnelle belge a rejeté le recours en annulation du traité de transfèrement de prisonniers avec Téhéran, une décision qui a donné l’espoir d’une libération prochaine de l’humanitaire.

Ce traité permet maintenant aux Belges détenus en Iran de purger leur peine dans leur pays d’origine et aux Iraniens détenus en Belgique de faire de même.

La Belgique a présenté le 18 avril une demande officielle aux autorités iraniennes pour le transfert d’Olivier Vandecasteele vers la Belgique. L’Iran avait alors effectué la même demande pour Assadolah Assadi.

Ce vendredi, l’Iran a enfin procédé à l’échange de M. Vandecasteele contre M. Assadi, qui s’est déroulé à Mascate, dans le Sultanat d’Oman.

Sur Twitter, le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, s’est réjoui du retour de M. Assadi en Iran et a remercié le Sultanat pour ses efforts en ce sens.

La libération de Assadolah Assadi pose question

Dans un communiqué publié peu après l’annonce, le parti flamand d’extrême droite Vlaams Belang (Identité et démocratie) s’est réjoui de la libération mais a exprimé son inquiétude quant à la libération de l’Iranien Assadolah Assadi.

« J’ai demandé au Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et à ses collègues ministres de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld) et des Affaires étrangères Hadja Lahbib (MR) des éclaircissements sur les circonstances exactes dans lesquelles cela s’est produit », a déclaré la députée Vlaams Belang Ellen Samyn.

« S’il s’avère que le gouvernement [belge] a été assez imprévoyant pour permettre à un terroriste d’être libéré pour cette raison, il a ouvert la porte à de nombreux nouveaux cauchemars », a-t-elle poursuivi.

Selon le parti, la libération de M. Vandecasteele par « l’État voyou » qu’est l’Iran ne devait pas être assortie de conditions.

L’opposition iranienne s’est également indignée de cette libération, le CNRI la qualifiant de « rançon honteuse au terrorisme et à la prise d’otages ».

En outre, la Cour avait assorti les échanges de prisonniers de conditions, précisant que le gouvernement belge doit, lorsqu’il prend une décision de transfèrement, « en informer les victimes des agissements du condamné concerné de manière à ce qu’elles puissent effectivement en faire contrôler la légalité par le tribunal de première instance ». Or, pour le CNRI, cela n’a pas été le cas avec la libération de M. Assadi, confirme l’agence de presse Belga, qui a contacté l’organisation.

Darya Safai, députée de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (NV-A, Conservateurs et Réformistes européens) et Irano-Belge ayant fui le régime de Téhéran, a critiqué le fait que le gouvernement n’ait pas informé les victimes de M. Assadi de sa libération.

Deux Français récemment libérés

Le 12 mai dernier, deux Français détenus en Iran — Benjamin Brière et Bernard Phelan — ont également été libérés, alors que la Belgique négociait toujours la libération de son seul otage en Iran.

M. Brière avait été arrêté en mai 2020 suite à une accusation d’espionnage. M. Phelan avait pour sa part été arrêté le 3 octobre 2022 pour atteinte à la sécurité nationale.

Les deux Français avaient été libérés dans le cadre d’« une action humanitaire », selon un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères évoquant des « sollicitations de la partie française à différents niveaux et après des négociations ».

Actuellement, quatre Français et Françaises sont encore détenus dans des geôles iraniennes.

Mardi (23 mai), la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna a annoncé sur France 2 qu’il n’y avait pas eu de « contrepartie » à ces libérations.