L'Azerbaïdjan et l'Arménie, en voie de négocier la paix, retournent symboliquement à Almaty, la capitale kazakhe

Les ministres des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie prévoient de se rencontrer à Almaty, suscitant de nouveaux espoirs pour un traité de paix entre les deux adversaires et le retour à de meilleures relations avec l'Union européenne.

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This article is part of our special report "Les relations UE-Kazakhstan : une évolution stratégique et économique vers un rôle régional et mondial"
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La plupart des combats étaient centrés sur le Haut-Karabakh, une région disputée par les deux pays en pleine transition vers l'indépendance après l'effondrement de l'Union soviétique. Sur le plan international, il est reconnu comme faisant partie de l'Azerbaïdjan.  [Shutterstock / Mato Z]

Les ministres des Affaires étrangères de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie prévoient de se rencontrer à Almaty, suscitant de nouveaux espoirs pour un traité de paix entre les deux adversaires et le retour à de meilleures relations avec l’Union européenne (UE). 

L’ancienne capitale kazakhe est un lieu de rencontre symbolique. C’est là que le protocole historique d’Alma-Ata a été signé en décembre 1991. Le document déclarait la dissolution de l’Union soviétique et jetait les bases du développement de la Communauté des États indépendants (CEI). 

Bien que la date de cette rencontre n’ait pas encore été communiquée, des responsables des deux parties auraient confirmé leur participation. 

Se félicitant de l’accord visant à faire avancer les discussions en faveur d’un traité de paix à Almaty, le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev a fait valoir qu’un tel accord contribuerait à instaurer une paix durable dans le Caucase du Sud. 

Le président s’est rendu à Erevan en visite officielle en avril, au cours de laquelle il s’est déclaré prêt à faciliter les négociations de paix sur le sol kazakh. Avec le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, ils ont signé 10 documents visant à renforcer les relations bilatérales. 

Respect de l’intégrité territoriale 

Saluant également cette annonce, le Haut Représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell, a exprimé l’engagement de l’Union à soutenir un avenir stable et pacifique pour le Caucase du Sud. 

Josep Borrell a déclaré que l’UE avait participé pour faciliter la normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et il a appelé Bakou à s’engager dans des pourparlers de paix durables et à respecter l’intégrité territoriale de l’Arménie si elle ne souhaite pas mettre en danger les relations avec l’Union.

Le Haut Représentant de l’UE a rappelé à l’Arménie l’aide de 270 millions d’euros sous forme de subvention offerte dans le cadre du Plan de croissance pour 2024-2027, afin de soutenir la résilience du pays pendant que les parties travaillent ensemble sur un nouveau programme de partenariat, en vue de renforcer la coopération dans tous les domaines.

L’ambassadeur de l’UE en Azerbaïdjan, Peter Michalko, a lui aussi rappelé le soutien de l’Union à un accord de paix. « Il incombe aux deux parties de rechercher des solutions et des voies de progrès », a-t-il déclaré aux journalistes dans la capitale azerbaïdjanaise. 

Démarcation de la frontière 

La réunion ministérielle fait suite à un accord conclu le 19 avril, lors de la huitième réunion des commissions d’État sur la délimitation des frontières de l’État, par lequel l’Arménie a accepté de restituer à l’Azerbaïdjan quatre villages abandonnés qu’elle contrôlait depuis le début des années 1990. 

Bien que désertes, ces localités revêtent une importance stratégique car elles sont proches de la route principale de l’Arménie au nord en direction de la frontière avec la Géorgie, où se concentre une grande partie du commerce, et du pipeline par lequel elle reçoit le gaz de la Russie. 

L’Azerbaïdjan exigeait le retour de ces villages comme prélude à un accord de paix, alors que le conflit dure depuis plus de trois décennies, au prix de dizaines de milliers de vies. 

La plupart des combats étaient centrés sur le Haut-Karabakh, une région disputée par les deux pays en pleine transition vers l’indépendance après l’effondrement de l’Union soviétique. Sur le plan international, il est reconnu comme faisant partie de l’Azerbaïdjan. 

La majeure partie du territoire a été libérée au cours d’une guerre de 44 jours à l’automne 2020 et un accord de paix négocié par la Russie a ouvert la voie à la normalisation ainsi qu’à la démarcation des frontières. 

Les forces azerbaïdjanaises ont établi leur pleine souveraineté au Karabakh après une offensive éclair l’année dernière, où les forces séparatistes se sont rendues. Mais elle a également provoqué la fuite de toute la population vers l’Arménie, soit 100 000 personnes, en quelques jours. 

Les deux parties occupent des villages qui appartenaient autrefois à l’autre. Les villages associés sont Baghanis (Arménie) et Baganis Ayrum (Azerbaïdjan), Voskepar (Arménie) et Asagi Askipara (Azerbaïdjan), Kirants (Arménie) et Xeyrimli (Azerbaïdjan), et Berkaber (Arménie) et Qizilhacili (Azerbaïdjan). 

La première étape du processus de délimitation verra le passage de certains segments de la frontière directement entre ces localités, pour les aligner sur la frontière interrépublicaine légalement établie qui existait dans le cadre de l’Union soviétique au moment de son effondrement. 

Préoccupations autour de la démarcation de la frontière 

Plus tôt en avril, le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan est allé à la rencontre des habitants des villages frontaliers afin de discuter des prochaines « dispositions vitales » « pour assurer la souveraineté et l’indépendance de l’Arménie ». 

Les habitants des villages frontaliers craignent que la démarcation de la frontière selon la configuration de l’ère soviétique ne les prive d’accès aux terres agricoles, compliquant leur communication avec le reste du pays, car certains des tronçons de la seule route dont ils disposent tomberaient sous le contrôle de l’Azerbaïdjan. 

Le Premier ministre a garanti que des efforts seraient déployés pour répondre à ces préoccupations, notamment par la construction de nouveaux tronçons de la route s’étendant le long de la frontière. Nikol Pashinyan a déclaré qu’il n’avait pas peur de mettre sa carrière politique en jeu pour que « l’Arménie puisse devenir un État véritablement indépendant ».