L’avenir de la défense européenne en question à l’approche des élections législatives françaises
Les ministres allemand et polonais de la Défense, qui se sont entretenus avec leur homologue français lundi (24 juin), ont mis en garde contre les risques d’une coalition du gouvernement français avec l’extrême droite.
Les ministres allemand et polonais de la Défense, qui se sont entretenus avec leur homologue français lundi (24 juin), ont mis en garde contre les risques d’une coalition du gouvernement français avec l’extrême droite soulignant que le soutien à l’Ukraine n’était « pas ouvert au débat ».
Les trois ministres de la Défense se sont réunis dans le cadre du Triangle de Weimar pour la première fois depuis neuf ans, dans le but de préparer un sommet crucial de l’OTAN qui se tiendra à la mi-juillet.
La France est confrontée à des élections législatives anticipées les 30 juin et 7 juillet, qui pourraient permettre au parti d’extrême droite, le Rassemblement national (RN) d’entrer au gouvernement et de gagner beaucoup de terrain au Parlement européen.
Quant à ses craintes que l’extrême droite française compromette les efforts de l’Union européenne pour soutenir l’Ukraine, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a répondu que « le nationalisme n’a jamais été une solution aux problèmes, mais plutôt l’un des problèmes ».
« Il reste beaucoup à faire en matière de politique de défense et la sécurité franco-allemande n’a jamais été aussi importante », a poursuivi M. Pistorius.
Son homologue polonais, Władysław Kosiniak-Kamysz, a également prévenu que le choix des Français était crucial pour « assurer la sécurité de l’UE », ajoutant que « le soutien au front oriental [de l’UE] est nécessaire, il n’y a pas lieu d’en débattre ».
La perspective de l’entrée de l’extrême droite dans le nouveau gouvernement français a suscité des inquiétudes qui pourraient sérieusement entraver le soutien européen à l’Ukraine — avec la possibilité que le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, soit remplacé par un membre du RN.
Jordan Bardella, leader de l’extrême droite française et président du parti du RN, a déclaré qu’il serait prêt à devenir Premier ministre si son parti obtenait la majorité absolue au Parlement, c’est-à-dire au moins 289 sièges sur 577.
M. Lecornu a annoncé lundi que donner « des missiles [longue portée] et des Mirage 2000-5 [avions de chasse] est le moins que la République française puisse faire pour l’Ukraine », arguant que les questions de défense devraient être au centre des préoccupations des électeurs qui se rendront aux urnes dimanche prochain et le suivant pour le second tour.
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Les hésitations du RN sur l’Ukraine
La position du RN sur l’Ukraine et l’OTAN a considérablement évolué au fil des ans.
Activement opposé à l’adhésion de Kiev à l’OTAN dans le passé et réticent à l’égard du soutien militaire et financier à l’Ukraine au cours des premiers mois de la guerre, en raison des risques d’escalade, le RN a depuis lors assoupli ses positions.
La France ne devrait pas quitter l’OTAN alors qu’une guerre fait rage sur le continent, a confirmé M. Bardella lors de la campagne pour les élections européennes. Il est également favorable à l’envoi d’équipements militaires à Kiev, à condition qu’ils soient uniquement destinés à des fins défensives et qu’ils ne comprennent pas de missiles à longue portée — une position très différente de celle de l’actuel ministre de la Défense.
Dans un manifeste publié lundi (24 juin), le RN a déclaré qu’il « favoriserait une préférence européenne pour les achats d’équipements militaires par les États membres de l’UE » et « consacrerait le projet de loi de finances militaire [2024-2030] », ainsi que son plan historique de dépenses élevées à hauteur de 400 milliards d’euros.
Le parti d’extrême droite s’oppose toutefois catégoriquement à l’envoi d’instructeurs militaires de l’UE à l’Est pour former les soldats ukrainiens sur leur propre sol.
M. Lecornu a reproché à la nouvelle coalition de gauche, le Nouveau Front populaire, d’avoir abandonné les questions de défense, car les partis qui la composent ne sont pas d’accord sur ces questions.
Voter pour eux serait « un signal de recul tant sur le plan militaire que sur le plan industriel », a estimé M. Lecornu. La France insoumise (LFI), le plus grand parti du Front populaire, a été équivoque sur l’Ukraine et a voté en avril contre un accord de sécurité entre Paris et Kiev.
Les sondages suggèrent que le RN d’extrême droite et le Front populaire de gauche devraient obtenir plus de voix que la coalition Renaissance du président Emmanuel Macron.