L’Autriche tente de faire passer un label obligatoire sur l’origine

La question d’un label obligatoire sur l’origine  n’a pas été évoquée lors de la réunion ministérielle informelle qui a eu lieu cette semaine à Strasbourg.

EURACTIV.com
Julien Denormandie / PFUE
(De gauche à droite) Julien Denromandie, Elisabeth Köstinger et Cem Özdemir lors de la réunion informelle des ministres de l’Agriculture de l’UE à Strasbourg les 6, 7 et 8 février 2022. [BMLRT]

Alors que la ministre autrichienne de l’Agriculture Elisabeth Köstinger tenait à mettre la question d’un label obligatoire sur l’origine sur la table lors de la réunion ministérielle informelle qui a eu lieu cette semaine à Strasbourg, les participants ont déclaré qu’elle n’avait pas été pas retenue.

Un label obligatoire indiquant l’origine des produits d’origine animale « est indispensable », a déclaré Mme Köstinger en marge de la réunion, organisée lundi et mardi (7-8 février) par  Julien Denormandie, le ministre  français de l’Agriculture et de l’Alimentation.

La ministre autrichienne a souligné que ce label devrait être obligatoire pour les aliments transformés contenant du lait, de la viande ou des œufs. « Cela est également conforme à la stratégie “de la ferme à la table”, qui est censée être la base de la politique de l’UE au cours des prochaines années », a-t-elle expliqué.

L’un des objectifs fixés par cette stratégie, qui est la politique phare de l’UE dans le secteur alimentaire, est de fournir aux consommateurs des informations claires sur les produits alimentaires et d’assurer un niveau élevé de protection des consommateurs.

Dans ce contexte, la Commission européenne présentera d’ici la fin de l’année une proposition législative sur l’étiquetage obligatoire des denrées alimentaires sur le devant de l’emballage dans toute l’Union européenne. Outre ces informations, l’exécutif européen envisage également d’inclure une extension de l’étiquetage obligatoire sur le pays d’origine des produits.

Mme Köstinger a abordé le sujet de l’étiquetage du pays d’origine lors de réunions bilatérales avec les ministres allemand et français pendant leurs séjours à Strasbourg. En amont d’une table ronde réunissant les 27 ministres de l’Agriculture mardi, elle a confirmé qu’elle s’assurerait que le sujet soit sur la table.

Toutefois, lorsqu’EURACTIV lui a demandé après la réunion si l’étiquetage sur les origines avait été discuté, le ministre français Julien Denormandie a été surpris. « Nous n’en avons pas parlé et, en tout cas, ce n’était pas non plus le sujet de la discussion de ce matin », a-t-il répondu.

M. Denormandie avait fait du stockage du carbone dans les sols agricoles le point central de l’ordre du jour de cette réunion de deux jours destinée à préparer une position commune des 27 États membres sur la question.

L’Autriche introduira l’étiquetage obligatoire au niveau national cette année, a déclaré Mme Köstinger, estimant que cette mesure améliorerait la transparence pour les consommateurs et contribuerait à garantir que les agriculteurs reçoivent leur juste part dans la chaîne de valeur.

« La Commission européenne doit agir sur ce point et présenter une proposition législative au niveau européen », a-t-elle souligné.

M. Denormandie a également indiqué que la France mettrait en œuvre au niveau national, à partir du mois de mars, une étiquette d’origine obligatoire pour les produits à base de viande, applicable aux aliments servis dans les restaurants et les cantines.

Pour ce qui est d’un label à l’échelle de l’Union européenne, il a indiqué que la proposition était en cours d’élaboration par la Commission.

Le ministre allemand des Verts, Cem Özdemir, s’est également prononcé en faveur d’un label d’origine européen, mais a déclaré que l’Allemagne attendrait que la Commission publie sa proposition pour ensuite « tirer ses propres conclusions ».

« Sur le fond, nous sommes d’accord à 100 % avec notre collègue autrichienne », a-t-il déclaré, même si « nous voulons d’abord donner à la Commission une chance de faire avancer la question ». Avec l’étiquetage relatif au bien-être animal, la mesure pourrait « renforcer les consommateurs et aider les producteurs à commercialiser leurs produits », a-t-il déclaré.

Le gouvernement allemand a récemment annoncé qu’il introduirait l’étiquetage obligatoire relatif au bien-être animal au niveau national d’ici à la fin de l’année, mais qu’il chercherait une solution à l’échelle de l’UE pour l’étiquetage sur l’origine afin de rester en conformité avec les règles du marché intérieur de l’UE.

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait jugé en 2020 que les États membres devaient disposer d’une justification spécifique, telle que la protection de la santé publique ou la prévention de la fraude, pour introduire l’étiquetage obligatoire sur l’origine.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, qui a mis sous tension les chaînes d’approvisionnement transfrontalières, la Commission européenne a mis en garde contre un virage protectionniste dans le secteur agroalimentaire. Elle s’est également engagée à veiller à ce que toute extension de l’étiquetage sur l’origine tienne « pleinement compte des incidences sur le marché unique ».