L’assistant d’un député européen d’extrême droite soupçonné d’être à la solde de la Chine
Déjà accusé d’avoir reçu de l’argent via un réseau de propagande russe, Maximilian Krah, candidat tête de liste du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) se trouve lié à un autre scandale, l’un de ses assistants ayant été arrêté pour espionnage pour le compte de la Chine.
Déjà accusé d’avoir reçu de l’argent via un réseau de propagande russe, Maximilian Krah, candidat tête de liste du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) pour les Européennes de juin, se trouve mêlé à un autre scandale, l’un de ses assistants ayant été arrêté pour espionnage pour le compte de la Chine.
Selon la chaîne publique allemande ARD, un membre de l’équipe de Maximilian Krah suspecté d’avoir travaillé pour les services de renseignement chinois a été arrêté dans la nuit de lundi à mardi (23 avril).
Le parquet fédéral allemand précise dans un communiqué que la personne interpellée a espionné des dissidents chinois en Allemagne pour le compte de la Chine. Cette personne aurait infiltré plusieurs organisations de l’opposition au gouvernement chinois en Allemagne et aurait, en sa qualité de secrétaire général de l’une de ces organisations, eu accès à des informations sensibles.
L’homme concerné, identifié par les médias comme étant Jian Guo, un ressortissant allemand d’origine chinoise, fait partie de la liste des assistants accrédités de Maximilian Krah. Cette position lui aurait permis de partager des informations sur les négociations et les décisions prises au Parlement européen avec les services de renseignement chinois.
M. Krah est membre de la commission du Commerce international (INTA) de l’institution. Durant le mandat actuel, il a notamment été rapporteur fictif sur divers avis concernant les accords entre l’UE et la Chine.
Par le passé, l’eurodéputé avait déjà été épinglé pour ses relations inhabituellement étroites avec la Chine pour un responsable politique d’extrême droite.
La plateforme d’information t-online a notamment révélé que M. Krah entretenait des relations étroites avec des personnes chargées d’étendre l’influence de la Chine en Europe. Il aurait également effectué des voyages payés par la Chine. En outre, un réseau de lobbying germano-chinois aurait été mis en place par l’intermédiaire d’un de ses proches confidents, le bureau de M. Krah à Bruxelles en étant le quartier général.
En octobre dernier, le chef du service de renseignement intérieur allemand, Thomas Haldenwang, a souligné que « la Chine est très intéressée à cultiver un climat favorable à la Chine [en Allemagne] pour garder [sa collecte de renseignements politiques] sous les radars ».
En outre, l’assistant de M. Krah aurait approché les autorités allemandes il y a dix ans dans le but de travailler comme informateur pour elles. L’ARD rapporte que son offre a été refusée car il était soupçonné d’être un agent double.
En 2019, lorsque M. Krah est entré au Parlement européen, il a embauché Jian Guo, qu’il connaissait déjà, souligne le quotidien Die Zeit. Peu après, l’eurodéputé s’est rendu en Chine avec son nouvel assistant, un voyage au cours duquel il aurait commencé à travailler pour les autorités chinoises, selon le journal.
Réactions
Suite aux premières informations sur cette affaire, les Verts au Parlement européen ont demandé à la présidente de l’hémicycle, Roberta Metsola, de renforcer l’enquête du Parlement sur l’ingérence étrangère sur les législateurs de l’UE.
Le groupe des Verts/ALE au Parlement européen a réclamé mardi une enquête rapide sur les ingérences étrangères au sein de l’institution.
« Avec un Chinagate qui s’ajoute à un Russiagate, le Parlement européen doit accélérer son enquête », a indiqué le groupe, cité par l’AFP.
Terry Reintke, tête de liste des Verts européens pour les Européennes de juin a réclamé « des résultats préliminaires [de l’enquête] avant les élections » qui se tiendront du 6 au 9 juin.
L’eurodéputé Raphaël Glucksmann, tête de liste des socialistes français pour les élections européennes, a commenté les récents évènements sur X, déclarant que « la propension des extrêmes droites européennes à trahir les nations qu’elles prétendent défendre et à se mettre au service de tyrannies étrangères est l’une des rares constantes de l’Histoire ».
Un porte-parole du Parlement européen a également annoncé la « suspension » avec effet immédiat de l’assistant, « compte tenu de la gravité des révélations », rapporte l’AFP.
En Allemagne, la ministre de l’Intérieur, Nancy Faser (SPD/S&D), a affirmé mardi matin que « s’il est confirmé que l’assistant parlementaire a espionné pour le compte des services de renseignement chinois, il s’agit d’une attaque au sein même de la démocratie européenne ».
Le parti d’extrême droite allemand concerné, l’AfD, qui appartient au groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen, a réagi en qualifiant de « très préoccupante » l’affaire d’espionnage chinois.
Les députés de la coalition de centre-gauche du chancelier Olaf Scholz ont annoncé la tenue d’un débat jeudi (25 avril) au Bundestag sur le thème de la « menace contre notre démocratie — la Russie, la Chine et le rôle de l’AfD ».
Dans un communiqué de presse consulté par Euractiv, M. Krah a pour sa part déclaré que « l’espionnage pour le compte d’un État étranger est une accusation grave ».
« Si ces allégations s’avéraient vraies, cela entraînerait la cessation immédiate de la relation de travail » avec l’accusé, a-t-il poursuivi.
Le député européen avait déjà été cité dans une autre affaire de corruption récente liée à la diffusion de propagande pro-russe. Il s’est défendu début du moins en affirmant ne pas avoir reçu d’argent de la part de la Russie.
Autres arrestations
Cette arrestation intervient alors que la veille, trois autres personnes ont été interpellées par les autorités allemandes dans l’ouest du pays pour avoir été « fortement soupçonnées d’avoir travaillé pour un service secret chinois » avant juin 2022, selon le parquet fédéral.
L’un d’entre eux aurait « récupéré des informations en Allemagne sur des technologies innovantes pouvant servir à des fins militaires ».
De son côté, Pékin a « fermement » rejeté les accusations allemandes, a rapporté mardi l’agence de presse publique Xinhua.
« Nous demandons à la partie allemande de cesser d’utiliser les accusations d’espionnage pour manipuler politiquement l’image de la Chine et diffamer la Chine », a déclaré l’ambassade de Chine à Berlin dans un communiqué relayé par Xinhua.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet & Anna Martino]