L’Assemblée nationale appelle l’UE à qualifier le groupe Wagner d’« organisation terroriste »
Les députés français ont adopté mardi une résolution demandant à la France et l’Union européenne d’œuvrer pour inscrire le groupe Wagner, accusé de multiples crimes de guerre en Ukraine et en Afrique, sur la liste des organisations terroristes.
Les députés français ont adopté mardi (9 mai) une résolution demandant à la France et l’Union européenne d’œuvrer pour inscrire le groupe Wagner, accusé de multiples crimes de guerre en Ukraine et en Afrique, sur la liste des organisations terroristes.
La résolution, portée par les groupes Renaissance et Modem, et co-signée par certains élus socialistes, écologistes, Horizons et Les Républicains, a été adoptée mardi à l’unanimité des votants, avec 331 voix en faveur.
« Pour soutenir nos valeurs démocratiques, notre hémicycle sait se rassembler », a déclaré l’auteur de la résolution Benjamin Haddad (Renaissance), avant le vote.
La société militaire privée dite Groupe Wagner, dirigée par l’oligarque russe Evgueni Prigojine, est accusée d’avoir commis, depuis sa création en 2014, des exactions en Ukraine, en Syrie et dans différents pays d’Afrique, rappelle la résolution.
Le texte adopté par les députés français évoque également l’activité du groupe « via des sociétés écrans affiliées » pour mener « des opérations d’influence et de désinformation », visant d’une part à « déstabiliser les autorités africaines » pour « les remplacer par d’autres favorables à sa cause », et, d’autre part, à alimenter le sentiment anti-français.
En Ukraine, le groupe de mercenaires « est accusé de multiples crimes de guerre », poursuit la résolution, citant des bombardements de lieux habités par des populations civiles, mais aussi des tortures, des violences sexuelles et des exécutions, à l’image des massacres de Boutcha. Autant d’accusations confirmées par les renseignements allemands, ajoutent les auteurs.
L’Assemblée nationale française s’inscrit ainsi dans le sillon tracé par le Parlement lituanien, qui a déjà adopté une résolution similaire.
L’UE a ajouté les dirigeants de Wagner à la liste des individus et entités sanctionnés pour « participation active à la guerre d’agression russe contre l’Ukraine ». Mais « seuls 11 membres du groupe Wagner » sont aujourd’hui sanctionnés par l’UE, a indiqué Benjamin Haddad à la tribune de l’Assemblée lors des débats. Or, rappelle le député, le groupe compterait 9 000 membres à travers le monde et déploie près de 50 000 hommes en Ukraine.
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L’ensemble des groupes politiques de l’Assemblée nationale ont soutenu et voté en faveur de la résolution.
Le groupe La France insoumise a néanmoins montré une certaine circonspection face à ce texte. Au nom de ses collègues, la députée Ersilia Soudais a déclaré que « l’imprécision » du qualificatif « terroriste » laisse son groupe « dubitatif ». Si LFI condamne « unanimement tous les crimes de guerre », la députée explique refuser de « cautionner une indignation à géométrie variable », en ce que les sociétés militaires privées occidentales sont exclues de la formulation, jugeant que « la France doit balayer devant sa porte ».
Pour le groupe du MoDem, le député Frédéric Petit (représentant des Français vivant en Europe centrale et orientale, dont l’Ukraine), considère que la résolution est importante bien que non juridiquement contraignante, car « ce n’est que du droit, effectivement, mais c’est du droit, et c’est notre arme ». « Le groupe Wagner est une menace pour notre modèle », a-t-il ajouté.
« S’abstenir, voter contre, ce serait choisir le camp d’un dictateur », a lancé la députée de droite souverainiste Emmanuelle Ménard (non inscrite).
Le président de la commission des Affaires étrangères, Jean-Louis Bourlanges (MoDem), a expliqué que les agissements de Wagner révèlent une « double dérive » : d’une part, ils montrent que « la violence est un instrument de communication », ce qui en fait du terrorisme, et d’autre part, le développement « le comportement mafieux dans la vie internationale », au détriment des États, ce qu’il qualifie de « dérive mortelle pour la communauté internationale », a-t-il averti.
Lorsque les députés ont adopté, fin mars, une résolution reconnaissant la famine de l’Holodomor comme étant un génocide, la Russie avait dénoncé le « zèle anti-russe » de l’Assemblée nationale française. Prochainement, une résolution est attendue à l’Assemblée pour condamner la déportation d’enfants ukrainiens par la Russie, après que le Sénat a récemment adopté un texte allant dans le même sens.
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