L’ancien groupe du RN au Parlement européen accusé d’avoir « indûment dépensé » plus de 4,3 millions d’euros

Des auditeurs du Parlement européen signalent des dépenses douteuses au sein du groupe désormais dissous Identité et Démocratie (ID), notamment liées au Rassemblement national.

AFP / EURACTIV.com
Marine Le Pen
« Il peut y avoir des désaccords administratifs avec le Parlement européen » et « on va essayer, encore une fois, de les résoudre », a assuré Marine Le Pen jeudi 3 juillet. [Getty Images/Thierry NECTOUX_Gamma-Rapho]

Identité et Démocratie (ID), un groupe d’extrême droite désormais dissous, aurait détourné plus de 4,3 millions d’euros de fonds européens entre 2019 et 2024, selon un rapport de la direction des affaires financières du Parlement européen consulté par Le Monde, Die Zeit et Kontraste.

Le projet d’audit ferait état d’irrégularités dans la manière dont des partis membres affiliés à ID, dont le Rassemblement national (RN), ont dépensé les fonds européens destinés aux besoins opérationnels des groupes politiques.

Il s’agit notamment de contrats de services fictifs, de procédures d’appel d’offres irrégulières et de dons à des associations sans lien avec les activités parlementaires et liées à des personnalités d’extrême droite.

Avec ses partenaires de l’ex-groupe ID, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella aurait « indûment dépensé » plus de 4,3 millions d’euros durant la 9e législature (2019-2024).

Philip Claeys, ancien secrétaire général du groupe ID, a nié toute malversation et défendu les contrats mis en cause. « Tous les paiements effectués dans les cinq dernières années ont été dûment facturés, justifiés et contrôlés », a-t-il expliqué au Monde.

Ces révélations surviennent quelques mois après la condamnation de Marine Le Pen par le tribunal de Paris dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen — une décision actuellement contestée en appel.

Elles risquent d’aggraver la crise d’image du Rassemblement national, tout en ravivant les accusations de harcèlement judiciaire à visée politique portées par ses dirigeants

« Je ne sais pas ce qu’il en est, je n’ai pas regardé ce dossier », a déclaré Marine Le Pen jeudi 3 juillet sur RTL. « Il peut y avoir des désaccords administratifs avec le Parlement européen » et « on va essayer, encore une fois, de les résoudre », a-t-elle ajouté.

Selon elle, le Parlement européen « mène à l’égard de son opposition une guerre de tranchées » et lui « cherche des noises ».

Contrats de militants du RN

Si la formation française n’a exercé, durant cette période, ni la présidence ni le secrétariat général du groupe (à l’époque dominée par la Lega italienne), 3 millions d’euros auraient bénéficié à deux sociétés, e-Politic et Unanime, liées à des proches de Marine Le Pen : son ancien conseiller Frédéric Chatillon et l’épouse de celui-ci, Sighild Blanc.

« L’agence de communication e-Politic a ainsi perçu 1,7 million d’euros après un appel d’offres “purement formel” et entaché de “graves problèmes de conformité” » selon les auditeurs bruxellois, qui estiment par conséquent que « toutes ces dépenses […] sont irrégulières ».

Même chose pour Unanime, qui a empoché plus de 1,4 million d’euros pour des travaux d’impression, de surcroît sous-traités à moindre coût, avec une marge évaluée à 260 000 euros.

La société liée à frédéric Chatillon aurait également obtenu un contrat sans avoir soumis d’offre formelle. De son côté, Philip Claeys a défendu le choix d’Unanime comme partenaire et assuré le caractère équitable des procédures d’appel d’offres.

Sympathies et subventions

Des méthodes qui rappellent l’affaire dite « des kits de campagne », dans laquelle Frédéric Chatillon, Sighild Blanc et des membres de l’ex-Front national (FN) avaient été condamnés pour escroquerie et abus de biens sociaux, pour des faits remontant aux législatives de 2012.

Installé depuis à Rome et officiellement plus en « relation commerciale » avec le parti à la flamme, Frédéric Chatillon n’a donc pas coupé tous les ponts avec la formation de Marine Le Pen, son amie depuis les bancs de l’université.

L’ancien patron du Groupe Union Défense (GUD), syndicat d’extrême droite dissous en 2024, a pourtant été publiquement désavoué par la triple candidate à la présidentielle, en raison de son soutien affiché à une manifestation d’un groupuscule d’ultradroite à Paris.

Des sympathies qui transparaissent aussi dans un autre volet du rapport du Parlement européen, consacré aux multiples dons du RN et ses alliés à des associations n’ayant « aucun lien » avec leurs activités politiques à Bruxelles.

Entre refuges pour animaux et amicale de sapeurs-pompiers, ces subventions ont également profité à une organisation catholique identitaire pour la restauration d’une paroisse ou à des activités anti-avortement en Allemagne.

Au total, plus de 700 000 euros ont ainsi été distribués en cinq ans à des structures souvent liées à des proches d’eurodéputés d’extrême droite, ou situées dans leur région d’élection.

La suite

Le groupe ID a cessé d’exister en juillet 2024, à la fin de la législature 2019-2024, et le processus de clôture des comptes suite à sa dissolution est toujours en cours. Il est donc « prématuré de faire des commentaires à ce stade », a estimé un porte-parole du Parlement.

La commission du Contrôle budgétaire (BUDG) du Parlement pourrait renvoyer l’affaire devant l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) et éventuellement devant le Parquet européen (EPPO), chargé de poursuivre les infractions financières graves portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union européenne.

Le groupe qui a succédé à ID, les Patriotes pour l’Europe, n’a pas répondu à notre demande de commentaires avant la publication de cet article. Il en va de même pour le Parquet européen et l’OLAF.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]