Lampedusa : Human Rights Watch dénonce l'incapacité de l'Europe face à la question migratoire
Le « manque d’idées nouvelles » proposées par l’UE et les gouvernements nationaux pour gérer au mieux la question migratoire marque une « véritable crise », a déclaré Human Rights Watch mardi, suite au récent pic d’arrivées sur l’île italienne de Lampedusa.
Le « manque d’idées nouvelles » proposées par l’UE et les gouvernements nationaux pour gérer au mieux la question migratoire marque une « véritable crise », a déclaré Human Rights Watch mardi (19 septembre), suite au récent pic d’arrivées sur l’île italienne de Lampedusa.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue à Lampedusa dimanche (17 septembre), après une semaine au cours de laquelle plus de 8 500 personnes sont arrivées en l’espace de quelques jours. Lors de son passage, elle a présenté un plan en 10 points dédié à la question de l’immigration clandestine.
Lundi (18 septembre), le gouvernement de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a fait de la bataille contre l’immigration irrégulière une de ses priorités, a prolongé la durée de détention des migrants jusqu’à la durée maximale de 18 mois prévue par l’Union européenne. Le gouvernement prévoit également d’augmenter le nombre de centres de détention et a évoqué la possibilité d’un blocus naval le long des côtes nord-africaines pour empêcher les bateaux de prendre la mer à destination de l’Europe.
Le plan de Mme Von der Leyen prévoit de renforcer la présence des agences européennes sur le terrain, d’intensifier la lutte contre les passeurs, d’accélérer les retours, d’empêcher les départs par le biais d’accords avec des pays tiers et d’accélérer la mise en œuvre du protocole d’accord avec la Tunisie.
Cependant, Judith Sunderland, directrice associée de Human Rights Watch (HRW), a critiqué la réponse de l’exécutif européen.
« Le plan de la Commission comprend les éléments essentiels de l’approche ratée de l’UE : injection d’argent dans des pays comme la Tunisie et la Libye pour empêcher les départs, répression des réseaux de passeurs, surveillance accrue, procédures d’asile accélérées pour refuser rapidement la protection, et campagnes de désinformation pour décourager les gens d’embarquer sur des bateaux dangereux », a déclaré Judith Sunderland.
Lampedusa, une petite île proche de la Sicile, est l’un des points d’entrée dans l’UE les plus proches de la ville tunisienne de Sfax, d’où sont parties, ces derniers mois, la plupart des personnes tentant de traverser la Méditerranée. Bien qu’il n’y ait qu’une distance d’environ 180 km entre Sfax et Lampedusa, le trajet reste extrêmement dangereux en raison des hauts-fonds et des embarcations de fortune souvent utilisées pour les traversées.
« Aucune de ces approches n’a empêché les gens de tenter ce voyage dangereux ni ne s’est attaquée aux causes profondes des déplacements et des migrations. Certaines ont au contraire accru le danger », a déclaré Mme Sunderland.
Quant à l’idée d’un blocus naval au niveau européen, Mme Sunderland l’a trouvée « alarmant ».
En outre, les annonces européennes d’accélérer le soutien financier aux garde-côtes tunisiens et libyens « révèlent une fois de plus l’accent mis par l’UE sur la sécurité des frontières plutôt que sur le sauvetage de vies, et son insistance à soutenir les forces libyennes malgré des abus bien documentés équivalant à des crimes contre l’humanité », a-t-elle ajouté.
Financement des pays tiers
Ces dernières années, la Commission a investi beaucoup d’énergie et de ressources financières dans des projets visant à financer des pays tiers, tels que la Libye et la Tunisie, pour renforcer les contrôles aux frontières et empêcher les départs.
Toutefois, cela n’a pas empêché une augmentation constante des arrivées. En juillet, la Commission a signé un protocole d’accord avec la Tunisie, promettant des projets financés et de l’argent en échange d’une diminution des départs.
Mais une poignée d’Etats membres sont mécontents d’un tel accord et accusent la Commission de ne pas avoir suivi les procédures adéquates pour le signer, a rapporté lundi le média italien La Stampa.
Des accords similaires sont prévus avec d’autres pays d’Afrique du Nord, comme l’Égypte, a confirmé la Commission lors d’une conférence de presse lundi (18 septembre).