L’Alternative pour l’Allemagne intensifie ses efforts diplomatiques et rencontre Viktor Orbán à Budapest

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a offert à Alice Weidel une tribune pour sa campagne internationale. Mais la représentante du parti allemand Alternative für Deutschland (AfD) est encore loin d'avoir une place au premier rang parmi les grands de l'extrême droite européenne.

/ EURACTIV.com
Hungarian PM Orban meets with AfD party leader Weidel in Budapest
Viktor Orban et Alice Weidel se sont rencontrés à Budapest. [EPA-EFE/Hungarian PM's Press]

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a offert à Alice Weidel une tribune pour sa campagne internationale. Mais la représentante du parti allemand Alternative für Deutschland (AfD) est encore loin d’avoir une place au premier rang parmi les grands de l’extrême droite européenne.

La tête de liste de l’AfD et son parti d’extrême droite arrivent en deuxième position dans les sondages, dix jours avant les élections allemandes. Ses connections à l’international reste toutefois moindres que celles de ses concurrents.

Le chancelier sortant Olaf Scholz (Parti social-démocrate/SPD) a profité de son agenda de rencontres internationales pour dialoguer avec ses homologues étrangers. De son côté, Friedrich Merz, tête de liste des chrétiens-démocrates (CDU/CSU) et favori des sondages, s’est rendu en Ukraine et en Pologne et rencontrera le vice-président américain J.D. Vance cette semaine.

Avec son statut de paria, Alice Weidel a moins d’options. Dans le cadre de la campagne électorale, l’AfD tente de se présenter comme un interlocuteur privilégié des acteurs puissants de droite. Ces derniers, comme Donald Trump, restent cependant assez éloignés de l’échiquier politique allemand actuel.

Le milliardaire Elon Musk, un proche du président américain, avait par exemple fait la Une des journaux du monde entier en soutenant l’AfD. Il avait aussi participé à une émission en direct sur son réseau social X avec Alice Weidel.

Mercredi, c’est avec un chef de gouvernement que cette dernière s’entretenait. Il est toutefois à noter que Viktor Orbán fait également figure de paria, en raison de son penchant autoritaire et de ses liens étroits avec la Russie.

« Nous, en tant qu’AfD, avons remarqué que nos relations avec nos voisins directs se sont détériorées en premier lieu, c’est-à-dire la Hongrie, mais aussi avec nos anciens partenaires, les grandes puissances, les États-Unis et la Chine », a confié Alice Weidel lors d’une conférence de presse à Budapest.

« Mon objectif principal est de réparer et d’améliorer ces relations », a-t-elle déclaré, se réjouissant de leurs points de vue communs sur les questions de l’immigration et la politique de l’Union européenne (UE).

Le mauvais côté de la droite

Malgré les démonstrations publiques d’affection, l’AfD n’est pas en position de force pour rétablir des relations avec les personnalités les plus controversées d’Europe. En effet, alors que l’extrême droite du continent est divisée, l’AfD se trouve du mauvais côté.

L’année dernière, lors de la campagne électorale européenne, le parti d’extrême droite allemand a été exclu du principal groupe parlementaire d’extrême droite, Identité et Démocratie.

Les Allemands avaient fait la Une des journaux lorsque leur tête de liste, Maximilian Krah, avait été accusé d’entretenir des liens avec des espions étrangers, puis avait défendu certains membres des SS, un sous-groupe paramilitaire du parti national-socialiste d’Adolf Hitler.

Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement national (RN) français, avait notamment fait pression pour qu’AfD quitte le groupe européen, craignant qu’une telle alliance ne ternisse l’image de son parti.

Après les élections, elle s’est associée au parti de Viktor Orbán, le Fidesz, et à ce qui restait du groupe Identité et Démocratie pour former la famille des Patriotes pour l’Europe. Elle est qualifiée aujourd’hui d’organisation d’extrême droite la plus puissante d’Europe. L’AfD, laissée seule, a formé le groupe marginal Europe des nations souveraines.

Une réunification de l’extrême droite semble donc difficile, surtout avec les Français.

Le chef du Rassemblement national, Jordan Bardella, a récemment alimenté les spéculations sur un accord de paix en déclarant que « rien n’est gravé dans le marbre », invitant l’AfD à une coopération plus étroite au Parlement européen.

Une source proche de l’AfD et du RN a toutefois minimisé l’importance de cette déclaration, déclarant à Euractiv que la décision de Jordan Bardella « n’a pas d’autre signification ». La source estime que l’invitation du RN était fondée sur la crainte qu’Elon Musk ignore le parti et se concentre sur ses concurrents d’extrême droite en France après l’interview avec Alice Weidel.

L’ambition du RN de remporter la présidence française en 2027 rend difficile un rapprochement dans un avenir proche.

De son côté, le Premier ministre hongrois a fait preuve de prudence et cherche à garder de bonnes relations avec les autres dirigeants européens, comme il l’a déclaré hier. Le soutien de l’AfD justifiait au moins une rencontre, a-t-il ajouté.

Cependant, lorsqu’on leur a demandé si les deux parties envisageraient une forme de coopération, Viktor Orbán et Alice Weidel n’ont fait part d’aucun engagement.

Theo Bourgery-Gonse a contribué à la rédaction de cet article.

(AB)