L’Allemagne veut jouer un rôle clé dans la nouvelle politique africaine de l’UE

Le gouvernement allemand espère que le sommet UE-Afrique marquera un nouveau départ dans la politique africaine du bloc, notamment avec le développement et la politique énergétique au premier plan.

EURACTIV Allemagne
This article is part of our special report "Les dirigeants européens et africains se réunissent pour définir les contours de leur futur « partenariat »"
European Union-African Union summit in Brussels
Le chancelier allemand Olaf Scholz arrive pour le sommet UE-UA au Conseil européen à Bruxelles, le 17 février 2022. Les dirigeants de l’UE rencontrent leurs homologues africains dans le cadre d’un sommet de deux jours via lequel l’UE souhaite renouer le dialogue avec les États africains et contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent. [ GEERT VANDEN WIJNGAERT/EPA]

Le gouvernement allemand espère que le sommet UE-Afrique de deux jours qui se termine vendredi (18 février) marquera un nouveau départ dans la politique africaine du bloc, notamment avec le développement et la politique énergétique au premier plan.

À l’approche du sommet, le chancelier allemand Olaf Scholz a souligné son importance.

« Le continent africain a besoin de notre soutien pour son propre développement économique », a déclaré M. Scholz jeudi, avant la première réunion avec les chefs de gouvernement africains et européens.

L’Allemagne est l’un des principaux donateurs et investisseurs en Afrique, et son passé colonial dans la région est relativement limité par rapport à la France ainsi qu’à plusieurs autres États membres de l’UE.

« À cet égard, l’engagement allemand n’a jamais été tenté d’être aussi unilatéralement territorial qu’au Royaume-Uni ou en France, le long de frontières linguistiques ou d’anciennes zones coloniales », a expliqué l’eurodéputé allemand Udo Bullmann, porte-parole de la politique de développement pour le groupe socialiste S&D au Parlement européen, en s’adressant à EURACTIV.

Environ 8,5 milliards d’euros d’investissements directs étrangers en provenance d’Allemagne ont afflué vers différents États africains entre 2016 et 2018, indique un rapport du cabinet de consultance EY.

Cela fait de l’Allemagne l’un des principaux investisseurs sur le continent, même si elle a investi deux fois moins que la France, qui reste le plus grand investisseur de l’UE en Afrique.

Selon les données de l’OCDE, l’Allemagne est également le deuxième donateur mondial dans le domaine de la coopération au développement, juste derrière les États-Unis.

Le gouvernement allemand a accueilli favorablement le nouveau projet vedette de l’UE, la stratégie Global Gateway, qui se veut une alternative à l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative) et qui prévoit d’investir environ 150 milliards d’euros sur le marché africain.

La lutte contre la pandémie

Lors du sommet UE-Afrique, l’accent a été mis sur la lutte contre la pandémie de Covid-19 et la distribution équitable des vaccins.

Le taux de vaccination en Afrique atteint seulement 10 % aujourd’hui, ce qui est loin de l’objectif de 40 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui avait été fixé pour 2021.

Selon des sources gouvernementales allemandes, l’UE devrait annoncer la distribution de 29 millions de doses de vaccin Covid-19 lors du sommet, dont 21 millions provenant d’Allemagne. Toutefois, ce chiffre est encore loin des 900 millions de doses nécessaires pour atteindre l’objectif fixé par l’OMS pour 2021.

Dans le même temps, l’Union européenne et l’Allemagne s’efforcent d’amortir les effets indirects de la pandémie, dont la portée est considérable.

« Nous risquons de perdre une génération entière en Afrique à cause de la pandémie si nous ne faisons pas attention à l’éducation. C’est pourquoi les infrastructures publiques, l’éducation et la formation sont au cœur de ce que nous devons aborder de façon stratégique », a souligné M. Bullmann.

Les chaînes de valeur régionales

Toutefois, le gouvernement allemand espère également un changement de cap général dans la politique africaine, dans le but d’ancrer plus fortement le continent dans l’économie mondiale et de renforcer les chaînes de valeur régionales.

Jusqu’à présent, l’Afrique a été intégrée dans l’économie mondiale presque exclusivement en tant que producteur de matières premières, c’est pourquoi les « chaînes de valeur régionales doivent être développées et approfondies », a déclaré M. Bullmann.

Dans ce contexte, l’accent est mis sur le développement des sources d’énergie renouvelable, un domaine dans lequel un certain nombre d’États africains progressent rapidement, notamment pour ce qui est de l’énergie solaire.

Si, jusqu’à présent, le bouquet énergétique de l’Afrique repose principalement sur le charbon, le pétrole et la biomasse, cette situation est appelée à changer selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI). D’ici à 2100, environ 60 % de la production énergétique de l’Afrique pourrait provenir de l’énergie solaire, indique le FMI.

Cela ouvre des perspectives pour une coopération accrue pour le gouvernement allemand, puisque l’énergie solaire excédentaire pourrait être utilisée pour la production d’hydrogène vert, un produit très recherché, en particulier en Allemagne.

Selon les prévisions du gouvernement allemand, 40 à 60 % de l’hydrogène utilisé dans le pays devra être importé à l’avenir.

Cette situation offre une « grande opportunité de partenariat », a souligné un haut fonctionnaire du gouvernement allemand à l’approche du sommet UE-Afrique. Le gouvernement compte sur un transfert de technologie vers l’Afrique, principalement dans le domaine de la production d’hydrogène.

L’industrie allemande a un « intérêt personnel sain » à investir sur le continent africain à l’avenir, et ce sur toute la chaîne de valeur, a ajouté le fonctionnaire.

Rivaliser avec la Chine

L’intérêt que l’UE et l’Allemagne portent à l’Afrique est aussi clairement façonné par la « concurrence des systèmes » avec la Chine. Avec son offensive d’investissement que constituent les Nouvelles Routes de la Soie, la Chine est déjà devenue l’un des plus grands investisseurs en Afrique.

Du côté allemand, un projet d’infrastructure en Égypte est considéré comme un modèle pour les futurs investissements dans la région. Siemens y construit actuellement plusieurs lignes ferroviaires à grande vitesse pour le transport de passagers et de marchandises.

« Cela montre simplement que nous ne comptons pas laisser l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie faire cavalier seul dans les pays africains », a confié un haut fonctionnaire allemand aux journalistes, ajoutant que l’Allemagne était « définitivement compétitive là-bas ».

Dans ce contexte, les Européens et les Allemands souhaitent investir plus durablement dans la stratégie d’investissement en Afrique.

M. Bullmann a souligné que « nos projets doivent s’inscrire dans une politique de développement logique, qui comprend plus que des investissements industriels, mais également des investissements dans l’éducation, les infrastructures sociales et les biens collectifs — des hôpitaux aux écoles ».

L’eurodéputé socialiste a terminé en affirmant que nos projets ne devaient pas être semblables à ceux de la Chine, qu’on accuse de réaliser « des projets d’infrastructure à grande échelle qui offrent peu de valeur ajoutée pour le grand public ».