L’Allemagne va constituer des réserves stratégiques de charbon et de gaz
Alors que la Russie a lancé son offensive contre l’Ukraine, l’Allemagne a décidé d’adopter des lois visant à garantir des réserves stratégiques d’énergie afin de limiter sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.
Alors que la Russie a lancé son offensive contre l’Ukraine, les Européens revivent des scènes d’un autre temps. L’Allemagne a décidé d’adopter des lois visant à garantir des réserves stratégiques d’énergie afin de limiter sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.
« D’autres mesures sont en préparation pour l’hiver prochain, notamment la constitution d’une réserve de gaz organisée de telle sorte que les propriétaires des installations de stockage soient obligés de les remplir avant le début de l’hiver », a expliqué le vice-chancelier allemand, Robert Habeck.
« La législation en la matière est en cours d’élaboration et sera ensuite présentée rapidement afin que le gaz soit acheté en été », a-t-il confié aux journalistes ce jeudi 24 février.
L’Allemagne arrête le projet Nord Stream 2
L’Allemagne a mis un terme à la certification du gazoduc controversé Nord Stream 2 en…
6 minutes
Toutefois, les inquiétudes de M. Habeck, sur fond de réticence historique de l’Allemagne à dépendre des exportations énergétiques russes, ne se limitent pas au gaz.
« L’Allemagne dépend à 50 % des importations de charbon russe », a-t-il noté, ajoutant que l’Allemagne procéderait de la même manière avec les réserves de charbon qu’avec le gaz.
Néanmoins, pour cet hiver en tous cas, M. Habeck a cherché à apaiser les inquiétudes des citoyens allemands qui craignent une panne de chauffage dans leur appartement.
L’Allemagne dispose de suffisamment de sources d’énergie, a assuré M. Habeck.
« S’il y a une bonne nouvelle en un jour comme celui-ci, c’est que l’approvisionnement énergétique en Allemagne est sécurisé », a-t-il expliqué. Il a ensuite ajouté qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour qu’il en soit ainsi.
Bien que 35 % des importations de pétrole du pays proviennent de Russie, une réserve nationale permettrait de garantir l’approvisionnement pendant 90 jours même si celui-ci venait à être interrompu, a-t-il indiqué. De plus, même si l’Allemagne dépend à 55 % des importations de gaz russe, les niveaux de stockage se sont stabilisés.
« Nous pouvons désormais affirmer que nous passerons cet hiver en toute sécurité. L’approvisionnement en gaz est sécurisé, même si les prix continuent à monter en flèche ou si la Russie réduit ou interrompt complètement l’approvisionnement en gaz », a affirmé M. Habeck.
En ce qui concerne le charbon, environ la moitié des importations de l’Allemagne proviennent de Russie, et le gouvernement mettrait en place une réserve stratégique pour garantir la sécurité de l’approvisionnement.
L’attaque russe contre l’Ukraine a montré que l’Allemagne devait devenir indépendante des importations de combustibles fossiles « aussi rapidement que possible » et accélérer le développement des énergies renouvelables. La crise actuelle pourrait pousser Berlin à faire rapidement le nécessaire, a estimé M. Habeck.
« La paresse avec laquelle certaines choses sont traitées et menées en Allemagne, comme par exemple le développement d’un approvisionnement énergétique qui respecte le climat, est maintenant confrontée à la dure réalité. »
D’ici là, l’Allemagne devra diversifier son approvisionnement. « Cela inclut la construction de terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) supplémentaires en Allemagne afin que nous puissions gérer l’approvisionnement énergétique sur notre propre territoire national et garantir la souveraineté », a annoncé M. Habeck.
L’Allemagne a commencé à évaluer ses options, la sécurité de son approvisionnement en gaz naturel avec des importations russes pouvant être menacée en raison de l’attaque russe en Ukraine. Lorsqu’on lui a demandé si l’Allemagne pouvait faire face à un arrêt complet des importations de gaz en provenance de Russie, M. Habeck a répondu : « Oui, elle le peut ».
« Il existe des options pour que l’Allemagne puisse acquérir suffisamment de gaz et d’autres ressources sans la Russie », a-t-il continué, ajoutant que cela entraînerait probablement une hausse des prix.
Selon le Tagesspiegel Background, un bulletin d’information consacrée à la politique énergétique, le ministère de l’Économie et du Climat du pays (BMWK) va lancer des enchères pour des options dites à long terme, via lesquelles les fournisseurs de gaz sont payés pour garder des réserves de gaz au lieu de les vendre.
Le gouvernement prévoit d’étendre ses « contrats de solidarité » à des pays comme la Pologne, l’Italie ou encore la France, y compris des accords de livraison bilatéraux pour éviter les pénuries. Au total, neuf contrats de solidarité sont prévus, conformément à la réglementation européenne sur la sécurité de l’approvisionnement en gaz.
Ces contrats comprendront des dispositions spéciales pour les « clients protégés », tels que les ménages, les hôpitaux et les systèmes de chauffage urbain. Cependant, les réserves de gaz dans la plupart des pays voisins de l’Allemagne se situent elles aussi à des niveaux très bas, ce qui pourrait rendre difficile une aide immédiate, précise le Tagesspiegel Background.
Un élément clé des nouvelles sources d’importation sera le GNL, dont les livraisons à l’Europe en provenance de pays comme le Qatar ou encore les États-Unis ont déjà augmenté rapidement ces derniers mois.