L’Allemagne se prépare à faciliter l’abattage des loups

Afin d'apaiser le débat « enflammé » sur la protection des loups, la ministre allemande de l’Environnement, Steffi Lemke, a présenté une proposition visant à faciliter l’abattage de loups menaçant le bétail dans le cadre de la réglementation européenne en vigueur.

EURACTIV.com
Alliance for Transformation meeting in the Chancellery in Berlin
Afin de trouver un compromis dans ce débat « souvent enflammé », la ministre de l’Environnement, Mme Lemke, a proposé de nouvelles mesures ce jeudi (12 octobre). [EPA-EFE/Andreas Gora]

Afin d’apaiser le débat « enflammé » sur la protection des loups, la ministre allemande de l’Environnement, Steffi Lemke, a présenté une proposition visant à faciliter l’abattage de loups menaçant le bétail dans le cadre de la réglementation européenne en vigueur.

Les loups et leur impact sur les élevages ont été au centre des débats à Bruxelles ces derniers mois, en particulier après le lancement par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, d’une consultation informelle sur les populations de loups en Europe au début du mois de septembre, en vue de réévaluer leur statut de protection élevé.

« En parlant du loup », le sujet est également au centre de l’attention en Allemagne, où les défenseurs de l’environnement soutiennent que les grands carnivores devraient être protégés en tant qu’espèce. Les éleveurs, quant à eux, pointent du doigt le danger que cela représente pour les troupeaux de bétail et, par conséquent, pour leurs activités commerciales.

Afin de trouver un compromis dans ce débat « souvent enflammé », la ministre de l’Environnement, Mme Lemke, a proposé de nouvelles mesures ce jeudi (12 octobre).

« Nous devons trouver un équilibre entre la protection des loups et celle des animaux de pâturage », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin.

Concrètement, la ministre écologiste souhaite faciliter et accélérer l’obtention des autorisations d’abattage de loups ayant tué des animaux d’élevage, une concession envers les éleveurs.

La proposition de Mme Lemke s’inscrit dans le cadre de la législation européenne stricte en vigueur en matière de protection des loups.

L’objectif était de trouver « une solution rapide pour les éleveurs, afin d’éviter les allers-retours incessants au niveau européen pour décider quelles règles devraient être modifiées ou non », a déclaré Mme Lemke.

Un seuil plus bas pour le « permis de tuer »

Si la ministre obtient gain de cause, il sera possible d’obtenir l’autorisation d’abattre un loup dès le premier animal mort dans un élevage, et ce sans test ADN.

La condition est que l’incident doit avoir eu lieu dans une région où le taux d’attaques sur le bétail est élevé, de même que ces attaques doivent survenir malgré un niveau « raisonnable » de mesures de protection des troupeaux.

« Les loups peuvent déjà être tués en vertu du cadre juridique existant, mais la procédure qui existe à cet effet dans pratiquement toutes les régions fédérales est compliquée, bureaucratique, contraignante et trop longue », a déclaré Mme Lemke.

Dans la plupart des régions fédérales, les loups ne peuvent actuellement être abattus que s’ils sont identifiés comme étant des « loups à problèmes » après plusieurs attaques sur du bétail et après confirmation au moyen d’un test ADN.

Une fois qu’une attaque de loup a lieu, le temps presse, car les prédateurs tentent souvent leur chance avec le même troupeau peu après une attaque réussie.

Jusqu’à présent, cependant, les plans ne représentent que la vision de Mme Lemke sur les mesures à prendre. Pour que sa vision se concrétise, elle devra convaincre à la fois ses partenaires de coalition et les États fédéraux, qui sont légalement responsables de nombreux aspects du plan de Mme Lemke et qui sont appelés à jouer un rôle clé dans sa mise en œuvre.

Après avoir présenté jeudi matin (12 octobre) ses propositions à ses collègues régionaux, Mme Lemke souhaite à présent inscrire la question à l’ordre du jour de la réunion de novembre des ministres fédéraux et régionaux.

Pas assez ambitieux pour certains

Toutefois, les propositions ont déjà été critiquées au sein de la coalition gouvernementale fédérale.

« Les plans présentés par la ministre fédérale de l’environnement, Mme Lemke, sont attendus de longue date, mais ils sont insuffisants », a déclaré Ulrike Harzer, membre du parti libéral FDP, dans un communiqué, tandis que son collègue Karlheinz Busen a demandé à Mme Lemke d’aller plus loin et de légaliser la « gestion des loups par la chasse ».

Cela signifierait que les populations de loups pourraient être « gérées » en tuant des animaux, qu’ils aient ou non attaqué du bétail, ce que Mme Lemke a catégoriquement exclu comme étant illégal et immoral.

La ministre verte a également exclu la création de zones dites « sans loups » dans les régions où les mesures de protection des troupeaux sont difficiles à mettre en œuvre, comme sur les digues ou les alpages.

Pour le député européen libéral Jan-Christoph Oetjen, il s’agit là aussi d’un problème. « Sans une gestion active des populations avec des zones sans loups sur nos digues, aucune solution à long terme ne peut être trouvée », a-t-il déclaré.

Présentation de données sur les populations

L’association des Agriculteurs allemands (DBV) a également critiqué la proposition de Mme Lemke, la jugeant « totalement insuffisante et inadaptée pour résoudre les problèmes évidents pour le bétail ».

Le secrétaire général de l’association, Bernhard Krüsken, a déclaré : « Avec de telles solutions superficielles, l’élevage d’animaux de pâturage est encore sacrifié au profit d’une politique du loup qui a échoué et qui n’a pas de raison d’être ».

En revanche, l’organisation environnementale WWF a salué l’avancée « en principe ». Sybille Klenzendorf, de l’organisation, a déclaré dans un communiqué que les propositions étaient « une opportunité à saisir pour la protection de la nature ainsi que pour les propriétaires de bétail, les agriculteurs et les chasseurs ».

L’initiative de Mme Lemke intervient peu de temps après la présentation par l’Allemagne à la Commission européenne de ses données les plus récentes sur les populations de loups dans le pays en début de semaine, selon lesquelles les loups sont particulièrement concentrés dans certaines régions de l’est de l’Allemagne.