L’Allemagne prête à renforcer ses relations avec l’Italie, même dirigée par l'extrême droite

L’Allemagne devrait continuer à renforcer ses relations avec l’Italie, tout comme elle l’a fait sous le gouvernement précédent, et ce même si un gouvernement dirigé par Georgia Meloni venait à être formé à l’issue des élections italiennes qui auront lieu dimanche (25 septembre).

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Giorgia Meloni, dirigeante du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, en tête dans les sondages électoraux. [EPA-EFE/LUCA ZENNARO]

L’Allemagne devrait continuer à renforcer ses relations avec l’Italie, tout comme elle l’a fait sous le gouvernement précédent, et ce même si un gouvernement dirigé par la candidate d’extrême droite Georgia Meloni venait à être formé à l’issue des élections italiennes qui auront lieu dimanche (25 septembre).

À la mi-décembre, le chancelier allemand Olaf Scholz et le Premier ministre italien de l’époque, Mario Draghi, se sont engagés à travailler sur un plan d’action visant à approfondir les relations entre les deux pays, notamment en ce qui concerne la coordination au niveau de l’UE.

Bien que la porte-parole du gouvernement allemand, Christiane Hoffmann, ait déclaré qu’elle ne voulait pas « commenter ici la manière dont cela va se poursuivre maintenant », certains députés allemands en charge des dossiers italiens au Bundestag ont déjà appelé au maintien du plan d’action, même sous un gouvernement de la candidate d’extrême droite du parti Fratelli d’Italie (Frères d’Italie), Giorgia Meloni.

Axel Schäfer, qui préside le groupe d’amitié parlementaire germano-italien a confié à EURACTIV qu’un chef de gouvernement d’extrême droite à Rome serait « un désastre pour l’Union européenne », décrivant l’allié électoral de Mme Meloni, Silvio Berlusconi, comme un « étrier pour une post-fasciste ».

Pourtant, l’homme politique social-démocrate a souligné que « ce serait une erreur fatale d’interrompre le dialogue et la coopération avec la société italienne en réaction aux élections ».

« Au contraire, il est plus que jamais nécessaire, le plan d’action ne doit pas être retardé. Le ressentiment xénophobe est le plus fort là où les points de contact manquent », a-t-il ajouté.

L’opposition conservatrice semble d’accord sur ce point. « Il n’y a pas d’alternative au maintien du dialogue entre l’Allemagne et l’Italie », a expliqué à EURACTIV Hans-Jürgen Thies, législateur au Bundestag pour l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (Christlich Demokratische Union Deutschlands, CDU) et membre du groupe parlementaire germano-italien.

La menace d’une orbanisation

Cependant, tous deux craignent le pire pour l’Italie et l’UE si le centre-droit remporte les prochaines élections générales italiennes.

« Avec un [Giorgia] Méloni comme Premier ministre potentiel, il y a une menace d’orbanisation de l’Italie », a déclaré M. Thies, faisant écho aux préoccupations exprimées précédemment par l’eurodéputé social-démocrate Udo Bullmann.

Mme Meloni a décidé de soutenir le Premier ministre hongrois Viktor Orbán la semaine dernière après que l’adoption par le Parlement européen d’une résolution qualifiant la Hongrie de « régime hybride d’autocratie électorale » a suscité de nombreuses inquiétudes quant à un rapprochement entre Budapest et la future Première ministre italienne.

La Hongrie étant largement isolée au sein de l’UE depuis le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine, Mme Meloni pourrait s’avérer être une alliée précieuse pour le dirigeant hongrois Viktor Orban.

Les réponses des extrémistes de droite aux défis actuels sont la division, l’hostilité et les approches nationales de type « chacun pour soi », a souligné M. Schäfer, qui siège également à la commission des affaires européennes du Bundestag.

En outre, alors que M. Draghi a ouvertement plaidé en faveur d’une réforme des traités européens et d’une fédération européenne, Mme Meloni mise quant à elle sur le transfert des pouvoirs aux États membres, ce qui rendrait encore plus improbable la réforme de l’UE envisagée par la Commission européenne, l’Allemagne et la France.

Les conservateurs sous le feu des critiques

Toutefois, si les conservateurs de la CDU/CSU ont mis en garde contre les conséquences d’un éventuel gouvernement italien dirigé par Mme Meloni, ils sont eux-mêmes pris entre deux feux pour leur soutien à Silvio Berlusconi, qui fait partie de l’alliance électorale de Mme Meloni.

Le président du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen et membre de l’Union chrétienne-sociale (Christlich-Soziale Union, CSU), Manfred Weber, a ouvertement soutenu M. Berlusconi, dont le parti Forza Italia (Allez l’Italie) fait partie du PPE. Pendant la campagne électorale, M. Weber est venu à Rome pour soutenir la campagne de Forza Italia — ce qui a surpris de nombreux observateurs qui estiment que le centre-droit européen donne trop de fil à retordre aux partis d’extrême droite tels que la Lega (la Ligue) et les Fratelli d’Italia.

Les deux chefs des partis conservateurs allemands — Friedrich Merz (CDU) et Markus Söder (CSU) — ont décidé de ne pas se prononcer sur la question et ont décidé de ne pas critiquer ni soutenir M. Berlusconi et son alliance avec l’extrême droite.

M. Schäfer s’est dit « particulièrement consterné par le fait que des hommes politiques de la CDU/CSU soutiennent honteusement [Silvio] Berlusconi ».

« Le silence de Friedrich Merz, Markus Söder et Manfred Weber à ce sujet est inacceptable et choquant », a-t-il poursuivi.