L’Allemagne peut-elle contribuer davantage à la sécurité de l’Europe en cas d’un retour de Donald Trump ?
Une deuxième présidence de Donald Trump contraindrait probablement l’Europe à augmenter ses dépenses sécuritaires. Cette situation inciterait également le gouvernement allemand à assumer davantage de responsabilités au sein de l’UE à ce niveau.
Une deuxième présidence de Donald Trump contraindrait probablement l’Europe à augmenter ses dépenses sécuritaires. Cette situation inciterait également le gouvernement allemand à assumer davantage de responsabilités au sein de l’UE à ce niveau.
La possibilité d’une victoire de Donald Trump lors de la présidentielle américaine de novembre a relancé ces dernières semaines un débat sur la capacité de défense de l’Europe. La première économie mondiale serait-elle capable de compenser un retrait de l’Amérique de la scène internationale ? La question reste pour l’instant sans réponse.
En cas de second mandat, Donald Trump pourrait réitérer ses appels à l’UE pour qu’elle dépense davantage en matière de défense, voire procéder au retrait total des États-Unis de l’OTAN. L’aide américaine accordée à l’Ukraine pourrait également être menacée.
Les responsables allemands et le chancelier Olaf Scholz en particulier, ont souligné à plusieurs reprises que Berlin était prête à peser davantage dans la politique étrangère et de sécurité de l’UE en cas d’un retour de Donald Trump et d’un chaos politique en France.
Mais ils ne se sont pas exprimés sur l’un des principaux défis pour l’Europe si Donald Trump accédait de nouveau à la Maison-Blanche : l’augmentation collective des dépenses en matière de sécurité.
Publiquement, les porte-parole du gouvernement ont simplement refusé de « spéculer sur les résultats des élections ». Une source proche du Parti social-démocrate (SPD) d’Olaf Scholz a confié à Euractiv qu’il était « trop tôt pour discuter de l’augmentation des dépenses de sécurité de l’Allemagne en cas de second mandat de Donald Trump ».
Cependant, les évolutions autour du budget de l’année prochaine suggèrent que la coalition au pouvoir en Allemagne est pratiquement dans l’impasse en ce qui concerne la question de l’augmentation du financement de la sécurité.
Dans l’ensemble, le pays est mieux préparé à une deuxième présidence Trump, a affirmé Jacob Ross, expert en politique étrangère pour le think tank Conseil allemand des relations extérieures (DGAP). Il a souligné le changement que l’Allemagne, plutôt pacifiste, a connu depuis que la Russie a envahi l’Ukraine en 2022, surnommé le « Zeitenwende » (tournant).
L’Allemagne atteint désormais l’objectif de l’OTAN de 2 % de dépenses militaires et déploie des troupes en Lituanie. Elle est également le deuxième plus important contributeur à la défense de l’Ukraine, avec une contribution quatre fois supérieure à celle de la France, selon l’Institut Kiel.
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L’impasse de la défense
« Les États-Unis attendront des Européens qu’ils investissent encore plus dans leur défense », a fait remarquer Nils Schmid, chef de file du SPD pour les Affaires étrangères.
Pour cela, le gouvernement de coalition en Allemagne, composé du SPD, du Parti libéral-démocrate (FDP) et des Verts, a conscience de la nécessité d’une puissance financière allemande importante.
« L’Allemagne joue un rôle central dans le dispositif de sécurité de l’Europe [car] l’Italie, l’Espagne et la France ne sont plus aussi puissantes qu’avant, surtout en ce qui concerne leurs budgets. Mais l’Allemagne reste financièrement forte […] », a expliqué Ulrich Lechte, l’homologue de Nils Schmid au FDP, à Euractiv.
Comme le gouvernement allemand se prépare à un second mandat de Donald Trump depuis environ un an selon Ulrich Lechte, il est probable que l’augmentation des dépenses soit au moins en cours de discussion. Les autres membres de la coalition ont également signalé leur volonté d’augmenter les dépenses dans ce domaine.
Lors d’un voyage aux États-Unis mercredi 31 juillet, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a plaidé pour que l’OTAN « aille au-delà de l’objectif de 2 % ».
« C’est un appel clair, qui s’adresse également à mon propre gouvernement », a-t-il ajouté.
Cependant, la coalition semble dans l’impasse en ce qui concerne la manière de dépasser les niveaux de dépenses actuels, qui ont pratiquement mené les emprunts du pays jusqu’à la limite inscrite dans la constitution, le fameux « frein à l’endettement ».
Des représentants des Verts, comme la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock, ont suggéré de suspendre ce frein à l’endettement, mais le FDP insiste pour s’y tenir, prônant plutôt des coupes budgétaires pour lever des fonds. Il est peu probable que cette proposition soit soutenue par le SPD et les Verts.
Le mois dernier, le projet de budget du gouvernement pour l’année prochaine indiquait un compromis sans coupes claires avec une augmentation des dépenses de défense ne correspondant pas à l’ajustement à l’inflation.
Par conséquent, une augmentation significative des dépenses de sécurité en cas de réélection de Donald Trump est peu probable, a affirmé une autre source proche du FDP à Euractiv, soulignant toutefois que le frein à l’endettement permettait des exceptions en cas d’urgence.
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Moins, c’est plus ?
Les effets de la rigueur allemande se font déjà sentir au niveau européen. Lors du sommet européen de juin dernier, le chancelier allemand a freiné la proposition de la Pologne de financer conjointement une clôture frontalière européenne. Il s’est aussi opposé à un investissement commun de l’UE en matière de sécurité par le biais d’une dette commune.
En réalité, les solutions évoquées publiquement en cas de réélection de Donald Trump sont moins coûteuses et se limitent à assurer la stabilité et renforcer l’ancien rôle de leadership diplomatique de l’Allemagne en Europe. Un rôle de « leader du monde libre » que la chancelière de l’époque, Angela Merkel, a assumé pendant le premier mandat de Donald Trump.
Ainsi, Nils Schmid a estimé que « l’expérience et les compétences » du chancelier allemand en matière de formation de majorités au sein de l’Union européenne étaient essentielles pour présenter un front européen uni sur la scène internationale. L’Allemagne devrait également signer un traité de sécurité avec le Royaume-Uni et travaille à l’établissement de relations avec des membres du Congrès et des gouverneurs républicains, a-t-il précisé.
Ulrich Lechte a signalé l’amélioration de la coordination avec la Pologne et le Triangle de Weimar, tandis que la députée Deborah Duering, chef de file des Verts pour les Affaires étrangères, a mis l’accent sur le renforcement de la prévention des crises et des organisations multilatérales, que « Trump va [probablement] affaiblir massivement ».
Il n’est toutefois pas certain que cela suffise à remédier à une perte potentielle de la puissance financière et matérielle des États-Unis.
Même l’image d’Angela Merkel « en tant que “leader du monde libre” à l’époque [du premier mandat] de Donald Trump était davantage basée sur l’apparence que sur la réalité », a souligné Jacob Ross du think tank DGAP, ajoutant que l’Europe était toujours dépendante de l’infrastructure militaire et de la dissuasion des États-Unis.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet et Sarah N’tsia]