L’Allemagne modifie sa politique de financement dans l’espoir de combler le fossé en matière de connectivité

L’Allemagne va modifier sa politique de financement pour développer l’infrastructure numérique et s’assurer que les communautés les moins bien desservies disposent de la fibre optique, selon un plan présenté par le ministère allemand du Numérique et des Transports.

EURACTIV Allemagne
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Toutefois, dans le cadre du nouveau plan de financement du ministère, les réseaux resteront entre les mains des municipalités, ce qui, selon M. Grützner, constituerait un inconvénient pour l’ensemble du déploiement. [SHUTTERSTOCK/asharkyu]

L’Allemagne va modifier sa politique de financement pour développer l’infrastructure numérique et s’assurer que les communautés les moins bien desservies disposent de la fibre optique, selon le plan « Financement du gigabit 2.0 » présenté par le ministère allemand du Numérique et des Transports.

Les modalités de promotion de l’expansion des réseaux à large bande en Allemagne se concentreront désormais sur les communautés mal desservies, sans interférer avec les progrès de la connectivité numérique dans le secteur privé. C’est ce que révèle le nouveau plan présenté par le ministère du Numérique ce lundi (3 avril).

« Notre nouveau financement gigabit oriente spécifiquement les fonds vers les régions où les besoins sont les plus importants. La dynamique du marché est bonne ; la volonté d’investir de l’industrie est élevée. Et nous complétons précisément là où il n’y a pas d’expansion du secteur privé », a expliqué le ministre du Numérique et des Transports, Volker Wissing.

Cependant, le monde des affaires a accueilli froidement le plan, craignant que le bail à long terme envisagé par le ministère pour le « Financement du gigabit 2.0 » ne limite l’incitation à participer au déploiement des réseaux à fibre optique.

Si le déploiement s’essouffle, cela pourrait compromettre l’objectif de la stratégie visant à ce que chaque foyer, dans les villes ou les zones rurales, soit couvert par la fibre optique et équipé des dernières technologies de communication mobile d’ici à 2030, conformément aux objectifs de la décennie numérique de l’Europe.

« La ligne directrice prévue pour le financement ne crée donc pas la sécurité de planification nécessaire et urgente pour l’expansion rapide et autonome des réseaux à fibre optique d’ici 2030 », a déclaré Jürgen Grützner, directeur général de VATM, une association allemande de télécommunications.

Le réseau, une compétence des municipalités

Le nouveau concept de financement vise également à respecter la loi sur les télécommunications (TKG), un niveau minimal de couverture Internet ainsi que le droit légal à l’accès à celui-ci.

Dans le passé, les municipalités participaient à l’expansion dans les endroits où il était difficile pour les entreprises municipales de le faire. Les municipalités coopéraient avec les entreprises qui prenaient en charge l’exploitation et donnaient donc aux entreprises la possibilité de racheter les réseaux et de les intégrer ainsi dans le secteur privé, après des années de location.

Toutefois, dans le cadre du nouveau plan de financement du ministère, les réseaux resteront entre les mains des municipalités, ce qui, selon M. Grützner, constituerait un inconvénient pour le déploiement dans son ensemble.

Comme les entreprises n’auront plus la possibilité de racheter les réseaux, on peut craindre qu’elles ne soient plus disposées à investir dans l’expansion.

« Il ne sera pas possible de trouver des investisseurs en Allemagne qui seraient prêts à organiser l’exploitation de ces réseaux restreints très régionaux non seulement dans un avenir prévisible, mais aussi de manière permanente, et à payer des loyers élevés », a déclaré M. Grützner.

« [Cette approche] va à l’encontre de l’objectif d’une interconnexion sensée des réseaux », a-t-il précisé.

Des « voies prioritaires » pour les zones mal desservies

Le nouveau concept de financement comprend également une « voie rapide », qui donne la priorité aux zones mal desservies afin qu’elles soient dotées de la fibre optique le plus rapidement et le plus efficacement possible.

Mais qu’en est-il des zones qui ne répondent pas au critère de la « voie rapide », mais qui ont tout de même besoin d’aide ?

« Il aurait été au moins tout aussi important de pouvoir connecter immédiatement et en une seule fois les quelques maisons qui ont besoin d’un soutien dans les endroits où la majeure partie de l’expansion est autofinancée », a expliqué M. Grützner.

L’Allemagne à la traîne

En ce qui concerne l’expansion du réseau à fibre optique, l’Allemagne est à la traîne par rapport à d’autres pays.

Selon les statistiques de l’OCDE de juin 2022, le pays se classe au 35e rang sur 38 pays en ce qui concerne le nombre de connexions en fibre optique par rapport aux lignes fixes à haut débit installées.

Avec 8,11 % de couverture en fibre optique, seules l’Autriche, la Belgique et la Grèce font moins bien. En revanche, la Corée du Sud, le Japon et l’Espagne disposent déjà de dix fois plus de connexions en fibre optique.

Les responsables politiques espèrent que les nouvelles mesures prises par le ministère aideront l’Allemagne à combler le fossé qui la sépare des autres pays de l’UE.

« La promotion de méthodes d’installation alternatives et plus rapides accélérera encore l’expansion. Grâce à ces nombreuses mesures, l’Allemagne rattrapera son retard », a expliqué à EURACTIV Johannes Schätzl, porte-parole pour la politique numérique du principal parti au pouvoir en Allemagne, le SPD.

Toutefois, la communauté des affaires estime que les subventions d’environ 3 milliards d’euros sont trop élevées et soulignent le risque que l’expansion soit ralentie.

« Si un financement public trop important entre en concurrence avec le financement privé, les capacités de construction et de planification déjà limitées seront immobilisées dans des projets subventionnés et ne seront donc plus disponibles pour une expansion autofinancée plus rapide », a déclaré Nick Kriegeskotte de l’association numérique Bitkom.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]