L'Allemagne et la France de retour en Syrie pour pousser pour « une transition pacifique »

Pour la première fois depuis la prise de Damas par le groupe islamique HTS, les ministres des Affaires étrangères des deux principaux pays de l'Union européenne (UE) ont rencontré le nouveau chef de la Syrie, Ahmed al-Charaa.

/ EURACTIV.com
Les ministres allemands et français durant une visite de la prison de Sednaya, le 3 janvier 2024 EPA-EFE/MOHAMMED AL RIFAI

Pour la première fois depuis la prise de Damas par le groupe islamique HTS, les ministres des Affaires étrangères des deux principaux pays de l’Union européenne (UE) ont rencontré le nouveau chef de la Syrie, Ahmed al-Charaa, soulignant la nécessité de stabiliser la situation sécuritaire sur le terrain et de protéger toutes les minorités du pays.

Un mois après la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, les grandes manœuvres diplomatiques ont commencé. Le 17 décembre, les forces de sécurité françaises ont réinvesti l’ambassade de Damas, fermée en 2012, et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est arrivé en Syrie pour une visite surprise vendredi 3 janvier au matin.

« Nous voulons favoriser une transition pacifique et exigeante au service des Syriens et pour la stabilité régionale », a-t-il souligné, avant d’être rejoint par son homologue allemande Annalena Baerbock, qui avait expliqué dans un communiqué « voyager à Damas avec la main tendue, mais avec des exigences claires à l’égard des nouveaux dirigeants [syriens] ».

Le chef du groupe islamique Hayat Tahrir al-Cham (HTS), Ahmed al-Charaa, Abou Mohammad al-Jolani de son nom de guerre, n’a pas daigné serrer la main d’Annalena Baerbock – au contraire de celle de Jean-Noël Barrot – mais semble pour l’heure décidé à multiplier les contacts diplomatiques pour lever les sanctions qui pèsent sur son pays.

Stabilité et contrôle des flux migratoires

Les capitales européennes espèrent de leur côté une amélioration rapide de la situation sécuritaire sur le terrain, afin d’éviter une nouvelle vague migratoire en direction de l’UE. Malgré son « scepticisme » à l’égard du groupe HTS, Annalena Baerbock a ainsi souligné que Berlin souhaitait aider la Syrie à se transformer en « un État fonctionnel qui contrôle pleinement son territoire ».

En décembre, le gouvernement allemand avait publié un plan pour la Syrie en huit points, prévoyant notamment une aide humanitaire et une assistance en matière de poursuites pénales contre les cadres de l’ancien régime. L’Allemagne expliquait aussi vouloir pousser pour le retour « volontaire, sûr et digne » des réfugiés syriens dans leur pays d’origine.

« La nouvelle société syrienne [doit laisser] de la place aux femmes et aux hommes, quel que soit le groupe ethnique ou religieux auquel ils appartiennent », a encore souligné Annalena Baerbock, appelant les autorités syriennes à organiser au plus vite des élections.

Pour Sascha Ruppert-Karakas, chercheur associé à l’université Ludwig Maximilian de Munich, il est cependant nécessaire que les Européens ne se fassent pas trop d’illusions sur la façon dont leurs exigences seront satisfaites à Damas, même si les négociations avec le nouveau pouvoir « seront un exercice d’équilibriste » et qu’Ahmed al-Charaa sait qu’il aura besoin d’une aide considérable de l’UE pour reconstruire le pays.

« Notre message aux nouveaux dirigeants syriens : il est de la plus haute importance de respecter les principes convenus avec les acteurs régionaux et d’assurer la protection de tous les civils et des minorités », a de son côté affirmé le 3 janvier 2025 Kaja Kallas, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Des propos confirmés par Jean-Noël Barrot, qui a souligné lors d’une rencontre vendredi matin avec les représentants religieux de la communauté chrétienne en Syrie que la France « était attachée à une Syrie plurielle dans laquelle les droits de chacun sont préservés, dans le cadre d’une citoyenneté commune », note une source diplomatique pour l’AFP.

La France a l’offensive au Proche-Orient

Pour Paris, la visite de Jean-Noël Barrot est aussi une façon de reprendre pied au Proche-Orient, alors que le président Emmanuel Macron est en froid avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou, après avoir appelé le 11 octobre 2024 à un embargo international sur les armes en direction d’Israël.

Paris mise aussi sur une réaffirmation de son influence diplomatique au Liban, alors que le 24 octobre dernier se tenait dans la capitale française une conférence internationale qui a permis de lever plus de 900 millions d’euros en soutien aux militaires et aux civils libanais.

Le 14 décembre dernier, en marge d’une réunion sur la question syrienne à Aqaba, en Jordanie, Jean-Noël Barrot a également annoncé l’organisation d’une nouvelle rencontre en janvier à Paris, avec les représentants de l’UE, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Turquie, « pour coordonner notre appui collectif et conditionnel à une transition en Syrie ».