L’Allemagne assouplit sa position sur le nucléaire

Berlin semble infléchir sa position longtemps intransigeante à l’égard du nucléaire. La nouvelle ministre allemande de l’Énergie s’est déclarée favorable à l’attribution de fonds européens pour le développement des petits réacteurs modulaires (SMR).

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Meeting of EU ministers on internal market and industry
En marge du sommet du Conseil sur la compétitivité, jeudi 22 mai, Katherina Reiche a clairement indiqué que le gouvernement de coalition dirigé par Friedrich Merz était prêt à revoir sa doctrine en matière de politique énergétique. [Getty Images/Katharina Redanz_dpa]

Berlin semble infléchir sa position longtemps intransigeante à l’égard du nucléaire. La nouvelle ministre allemande de l’Énergie, Katherina Reiche, s’est déclarée favorable à l’attribution de fonds européens pour le développement des petits réacteurs modulaires (small modular reactors, SMR), une technologie encore émergente.

Cette prise de position marque un tournant notable pour l’Allemagne, traditionnellement sceptique à l’égard de l’énergie nucléaire. En marge du sommet du Conseil sur la compétitivité, jeudi 22 mai, Katherina Reiche a clairement indiqué que le gouvernement de coalition dirigé par Friedrich Merz était prêt à revoir sa doctrine en matière de politique énergétique.

« Chaque tonne de CO2 que nous pouvons économiser est une bonne chose », a-t-elle expliqué aux ministres réunis à Bruxelles.

Interrogée spécifiquement pour savoir si des fonds européens devaient être alloués à l’énergie nucléaire, elle a répondu : « L’objectif est de promouvoir les nouvelles technologies […] les petits réacteurs modulaires, par exemple ».

Au lendemain de l’éntrée en fonction du chancelier allemand Friedrich Merz, au début du mois, ce dernier avait convenu avec le président français Emmanuel Macron de « réaligner » les politiques énergétiques allemande et française et d’approuver le principe de neutralité technologique.

Lors d’une conférence de presse conjointe à Paris à l’occasion de leur rencontre, Emmanuel Macron avait appelé à « mettre fin à toutes les discriminations au niveau européen à l’égard des énergies bas carbone, nucléaires comme renouvelables ».

L’Allemagne s’est longtemps opposée à toute tentative de présenter l’énergie nucléaire comme verte dans les législations de l’UE, mais elle s’est retrouvée de plus en plus isolée à Bruxelles sur cette question.

Des responsables français auraient affirmé cette semaine que l’Allemagne avait signalé qu’elle ne s’opposerait plus à ce que le nucléaire soit traité comme les énergies renouvelables dans les législations européennes.

Si Katherina Reiche a laissé entendre que l’Allemagne était ouverte à l’idée d’affecter des fonds européens à la recherche, au moins dans le domaine de la technologie SMR, elle n’a toutefois pas approuvé l’énergie nucléaire de manière plus générale. Elle s’est contentée de dire que l’Allemagne suivait « une voie différente de celle de la France », qui dépend de cette énergie pour plus des deux tiers de sa production d’électricité.

Les dernières centrales nucléaires allemandes ont été mises hors service en 2023. Pendant la campagne électorale qui a précédé les élections anticipées de février, les chrétiens-démocrates ont déclaré qu’ils envisageraient de suspendre le démantèlement des réacteurs, voire de les remettre en service, une idée qu’ils ont depuis abandonnée, reconnaissant qu’elle n’était pas viable économiquement.

L’accord de coalition CDU-CSU-SPD ne mentionne pas les petits réacteurs modulaires, une technologie nucléaire qui n’est pas encore déployée en Europe. Il exprime cependant explicitement la volonté du nouveau gouvernement d’intensifier la recherche sur la fusion nucléaire dans l’espoir que « le premier réacteur à fusion opérationnel au monde sera situé en Allemagne ».

La fusion nucléaire séduit par son potentiel à fournir une électricité quasi illimitée, décarbonée et sans les déchets à longue durée de vie associés à la fission.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]