L’alignement de Bruxelles sur Washington au sujet de la Chine est une « surprise », affirme l’ambassadeur américain auprès de l’UE
L’envoyé de Washington auprès de l’UE, Andrew Puzder, affirme que les responsables européens n’ont eu besoin que de très peu d’« arguments » pour adopter une ligne plus dure à l’égard de la Chine, citant les contrôles à l’exportation des terres rares et les liens entre Pékin et Moscou comme principaux moteurs de ce revirement.
« L’une des choses qui m’a vraiment surpris lorsque je suis arrivé en Europe, c’est à quel point l’UE s’est alignée sur les États-Unis sur la question de la Chine », a expliqué l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Andrew Puzder à Euractiv lors d’un entretien. Ce Républicain, un fervent soutien de Donald Trump, a officiellement pris ses fonctions en août.
Il a déclaré qu’il s’attendait à devoir « faire davantage d’efforts de persuasion » avant que les responsables européens ne considèrent Pékin comme « un adversaire stratégique, politique et économique ».
Les contrôles à l’exportation imposés par Pékin sur les terres rares, essentielles à la fabrication des smartphones, des semi-conducteurs et des technologies de défense, ont alarmé les décideurs politiques de l’UE et contraint de nombreuses industries européennes déjà en difficulté à suspendre leur production.
Ces mesures, introduites peu après l’annonce par Donald Trump de « droits de douane réciproques » sur ses partenaires commerciaux en avril, ont exacerbé les tensions entre Bruxelles et Pékin, déjà vives depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
« La Chine a essentiellement soutenu la Russie », a continué Andrew Puzder, accusant Pékin de « financer la guerre » en augmentant ses achats de pétrole russe.
Acier et accord commercial
L’entretien a été réalisé au lendemain de la proposition de la Commission européenne de doubler les droits de douane sur les importations d’acier de l’UE pour les porter à 50 % — une mesure largement considérée comme visant la Chine, premier producteur mondial.
Andrew Puzder a déclaré que cette mesure pourrait « faciliter » la négociation d’ajustements à la taxe forfaitaire de 50 % imposée par Washington sur l’acier et l’aluminium européen. « Si ce que je lis est correct, cela nous donne plus de certitude que les marchandises exportées ne contiennent pas d’acier chinois », a-t-il déclaré. « Car nous serons désormais plus sûrs qu’elles ne contiennent pas l’acier chinois sur lequel nous avons imposé un droit de douane de 50 %. Je pense donc que c’est une bonne chose pour les deux pays. »
L’ambassadeur a également défendu l’accord commercial entre les États-Unis et l’UE conclu en juillet, que de nombreux dirigeants européens considèrent comme asymétrique. L’accord soumet la plupart des 532 milliards d’euros d’exportations annuelles de l’UE à un droit de douane plancher de 15 %, tout en obligeant Bruxelles à acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine et à investir 600 milliards de dollars dans des secteurs américains « stratégiques ».
Andrew Puzder a fait valoir que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait conclu un « très bon accord », soulignant que d’autres alliés proches comme le Canada sont désormais soumis à des droits de douane plus élevés. « Les États-Unis ne sont plus un pays à droits de douane faibles ou nuls », a-t-il déclaré. « C’est la nouvelle réalité. »
L’engagement de l’UE à augmenter ses achats d’énergie américaine est également nécessaire pour inverser le déclin industriel de l’Europe et répondre aux besoins des centres de données gourmands en énergie nécessaires pour soutenir l’économie moderne axée sur l’intelligence artificielle, a-t-il déclaré.
Le manque de fiabilité de la Russie en tant que fournisseur d’énergie renforce encore l’argument en faveur de l’achat d’une plus grande quantité d’énergie américaine, a-t-il suggéré, ajoutant que le président américain avait été « ridiculisé » lorsqu’il avait mis en garde les dirigeants de l’UE contre la dépendance du bloc vis-à-vis de Moscou lors de son premier mandat à la Maison-Blanche.
« La guerre en Ukraine a été un signal d’alarme », a-t-il poursuivi.
Cependant, Andrew Puzder a également fait écho aux remarques de Donald Trump concernant la possibilité pour les États-Unis — mais pas nécessairement pour l’UE — de normaliser leurs relations avec Moscou une fois la guerre en Ukraine terminée.
« Je ne pense pas que l’Europe se permettra de devenir dépendante de la Russie sur le plan énergétique dans un avenir prévisible », a-t-il déclaré. « Mais cela ne signifie pas que la Russie ne pourrait pas jouer un rôle, selon l’issue de la guerre. Plus celle-ci durera, plus il sera difficile de réintégrer la Russie dans l’économie mondiale. »
« Donnez une chance à Trump »
La politique économique, commerciale et étrangère de Donald Trump a également considérablement refroidi l’attitude de nombreux Européens envers les États-Unis au cours de l’année écoulée.
Le scepticisme à l’égard des États-Unis a été particulièrement prononcé au Danemark, où les menaces du président d’annexer le Groenland, une île arctique danoise riche en minerais, ont fait chuter l’opinion publique envers Washington.
Une enquête YouGov publiée au début de l’année a révélé que seuls 20 % des citoyens danois ont désormais une opinion favorable des États-Unis, contre 48 % en août 2024.
Andrew Puzder a toutefois déclaré qu’il espérait que les Européens « donneraient une chance au président Trump », ajoutant que peu de présidents américains sont admirés pendant leur mandat.
« Même Ronald Reagan, qui était un président incroyable, a été sévèrement critiqué pendant son mandat, mais ces critiques se sont dissipées par la suite », a-t-il déclaré.
« Les gens examineront [le] bilan [de Donald Trump] et verront les choses extraordinaires qu’il a accomplies. Et cela sera vrai en Europe comme aux États-Unis », a conclu l’ambassadeur.
Retrouvez l’entretien en entier (en anglais) ci-dessous.
(asg)