L'aide à l'Ukraine au coeur de la visite d'Olaf Scholz à Washington

Le soutien à l'Ukraine sera au centre des entretiens vendredi entre le président Joe Biden et le chancelier Olaf Scholz, qui arrivera à Washington auréolé du récent déblocage d'aides européennes vitales pour Kiev tandis que le paquet américain reste en suspens.

German Chancellor Olaf Scholz at the White House in Washington
Alors que l'offensive meurtrière lancée par la Russie va entrer dans sa troisième année, les deux hommes vont réaffirmer leur soutien sans faille envers Kiev, indiquent les deux exécutifs. [Oliver Contreras/EPA-EFE]

Le soutien à l’Ukraine sera au centre des entretiens vendredi (9 février) entre le président Joe Biden et le chancelier Olaf Scholz, qui arrivera à Washington auréolé du récent déblocage d’aides européennes vitales pour Kiev tandis que le paquet américain reste en suspens.

Les tensions au Proche-Orient, avec les signes d’embrasement dans la région liés à la guerre entre Israël et le Hamas, seront également au menu de cette visite bilatérale, la troisième du chancelier allemand aux Etats-Unis depuis son entrée en fonction à la tête de la première économie européenne en décembre 2021.

Alors que l’offensive meurtrière lancée par la Russie va entrer dans sa troisième année, les deux hommes vont réaffirmer leur soutien sans faille envers Kiev, indiquent les deux exécutifs.

« Nous sommes impatients de discuter de tous les moyens de poursuivre cet effort », a souligné un responsable américain sous couvert d’anonymat.

La rencontre intervient alors que Joe Biden, en campagne pour un deuxième mandat, et l’opposition républicaine négocient à couteaux tirés un nouveau texte visant à financer de l’aide militaire pour un montant de quelque 60 milliards de dollars à Kiev et, parallèlement, durcir la politique migratoire des Etats-Unis.

Le chancelier prévoit à cet égard « de discuter aussi avec des membres du congrès », selon son porte-parole Steffen Hebestreit.

Besoin « urgent »

Si une issue semble incertaine dans l’immédiat outre-atlantique, les 27 pays de l’Union européenne viennent eux de s’accorder sur un soutien de 50 milliards d’euros jusqu’en 2027, le Premier ministre hongrois Viktor Orban ayant fini par lever son blocage.

« J’espère que (cela) aidera à faciliter les choses » pour Joe Biden, a déclaré Olaf Scholz dans la foulée, jugeant le besoin de la contribution américaine « urgent » à un moment où les troupes ukrainiennes sont à la peine et manquent de munitions face au rouleau compresseur russe.

« Il est évident qu’il (Vladimir Poutine, ndlr) espère qu’à un moment donné, nous ne voudrons plus continuer » à aider l’Ukraine, a insisté le chancelier lundi (5 février).

Washington, premier contributeur d’aides financière et militaire à l’Ukraine, et l’Allemagne, qui revendique la deuxième position, ont jusqu’ici toujours avancé en tandem sur ce conflit.

M. Scholz subit aussi des pressions chez lui, y compris au sein de sa coalition avec les Verts et les libéraux, pour équiper l’armée ukrainienne de missiles longue portée Taurus, mais hésite de crainte que le conflit s’étende au territoire russe, entraînant potentiellement une escalade.

« Le chancelier s’est laissé encourager par Biden à s’engager plus dans le passé, notamment en ce qui concerne (les livraisons) de chars de combat » Leopard 2, rappelle le politologue de l’Université Libre de Berlin Ingo Peters.

« Si Washington venait à bouger sur le dossier missiles, cela serait sans doute plus facile pour Scholz d’approuver une livraison de Taurus », indique à l’AFP cet expert des relations transatlantiques.

« Une sorte de leader« 

En attendant, Olaf Scholz a pratiquement doublé le budget d’aides militaires pour l’Ukraine, à plus de 7 milliards d’euros cette année, et ne cesse d’exhorter ses partenaires européens à faire davantage, estimant que son pays ne peut pas tout porter sur ses épaules.

A fortiori si l’apport américain en armes venait à disparaître, au cas où Donald Trump revenait au pouvoir à l’issue des élections présidentielles du 5 novembre.

« Olaf Scholz est devenu une sorte de ‘leader’ sur l’aide à l’Ukraine. Pas par choix, mais parce que l’urgence géopolitique l’exige », a récemment estimé le quotidien Münchner Merkur.

Une remise en cause profonde pour un pays viscéralement pacifiste depuis les horreurs du nazisme et qui a aussi entamé son réarmement après s’être reposé pendant des décennies sur les Etats-Unis, via l’Alliance atlantique. Cette année, il respectera pour la première fois l’objectif de consacrer 2 % de son PIB à son budget défense.

À cet égard, les deux dirigeants devraient aussi s’entretenir de la préparation d’une réunion de l’Otan à Washington en juillet.

Au sommet de Vilnius cet été, Joe Biden avait déçu les attentes de Kiev – et de nombreux pays d’Europe orientale – en jugeant que l’Ukraine n’était pas prête à rejoindre l’alliance, position sur laquelle l’Allemagne s’était alignée, contrairement à la France.