L’agriculture durable est la clé de l’indépendance vis-à-vis de la Russie, selon le ministre allemand de l’Agriculture
Le ministre allemand de l’Agriculture a qualifié l’agriculture de question de sécurité et a affirmé que rendre l’agriculture plus durable et plus résiliente est une étape importante vers une plus grande indépendance vis-à-vis de la Russie.
Le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a rejoint la Commission européenne en qualifiant l’agriculture de question de sécurité. Rendre l’agriculture plus durable et plus résiliente est une étape importante vers une plus grande indépendance vis-à-vis de la Russie, a-t-il déclaré dans un discours devant les législateurs allemands.
M. Özdemir a présenté le budget agricole et alimentaire au Bundestag jeudi 24 mars, après que le gouvernement a approuvé le budget fédéral 2022 à la fin de la semaine dernière.
En plus du budget ordinaire, 180 millions d’euros iront directement « aux fermes » pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine sur les marchés agricoles. On ne sait toujours pas comment ni à quelles fins ces fonds seront utilisés.
Un tiers proviendra des fonds de l’UE, notamment de la réserve de crise, avec lesquels la Commission européenne entend soutenir l’agriculture. Le reste sera financé par le budget supplémentaire annoncé par le gouvernement allemand en réponse à la crise ukrainienne.
L’objectif à plus long terme est de rendre l’agriculture plus apte à résister aux crises, a souligné M. Özdemir dans son discours.
Une alimentation durable pour garantir l’indépendance
« Nous en faisons actuellement la douloureuse expérience : la politique alimentaire et agricole est aussi une politique de sécurité », a déclaré le ministre allemand de l’Agriculture. « Si nous voulons devenir indépendants vis-à-vis de Poutine, nous devons prendre des mesures cohérentes en faveur d’une agriculture durable, plus résistante aux crises », a-t-il poursuivi.
Lors de la présentation des plans de la Commission visant à garantir la sécurité alimentaire face à la guerre en Ukraine au début de la semaine dernière, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a également souligné la position de plus en plus stratégique de la politique alimentaire pour l’UE.
Au début du mois, le ministère allemand de l’Agriculture a lancé le premier train de mesures destinées à soutenir l’agriculture, comprenant notamment l’utilisation temporaire de zones écologiques prioritaires pour le fourrage. Toutefois, cette mesure doit au préalable être approuvée par les États fédéraux, qui doivent se réunir cette semaine à l’occasion de la conférence des ministres de l’Agriculture.
Le ministère a critiqué une proposition avancée par la Commission européenne autorisant l’utilisation de pesticides sur les terres, la qualifiant de contre-productive au regard de la réalisation des objectifs environnementaux.
La proposition de budget que M. Özdemir a présentée aux députés prévoit également une augmentation du financement de la stratégie nationale sur les protéagineux afin d’accroître l’offre de fourrage produit dans la région.
Le ministère souhaite également investir dans les technologies numériques de précision qui permettront aux agriculteurs d’appliquer les engrais de manière plus ciblée et de réaliser ainsi des économies.
« Dans ce budget, nous procéderons à des ajustements qui nous permettront de nous orienter vers une agriculture moins sensible aux crises », a déclaré M. Özdemir.
Lors d’un point de presse le 25 mars, Joachim Rukwied, président de l’Association des agriculteurs allemands (DBV), a également exprimé son inquiétude quant à la situation de l’approvisionnement en engrais.
« Je suis très inquiet en ce qui concerne la prochaine campagne agricole et les éventuels déficits importants de production », a indiqué M. Rukwied. « La disponibilité des réserves de gaz nécessaires à la production d’engrais est également cruciale ici », a-t-il ajouté.
La thésaurisation n’est pas nécessaire
En raison de l’augmentation des prix des engrais et de l’énergie, la DBV s’attend à une augmentation significative des coûts de production dans l’agriculture. Ainsi, on s’attend par exemple à une augmentation de plus d’un tiers pour le blé et le maïs. Pour alléger la charge, l’association demande donc, entre autres, une suspension temporaire de la taxe énergétique sur les carburants.
« Pour notre pays, pour la République fédérale d’Allemagne, l’approvisionnement est sécurisé », a affirmé M. Özdemir dans son discours. Il a appelé la population à ne pas thésauriser les achats, également pour ne pas faire grimper encore plus les prix des denrées alimentaires.
M. Rukwied a lui aussi partagé cet avis. « De mon point de vue, la thésaurisation n’est pas seulement inutile, elle est également dénuée de sens », a-t-il déclaré en évoquant la situation d’approvisionnement stable en Allemagne.
Selon M. Rukwied, l’approvisionnement alimentaire du pays est assuré jusqu’au premier trimestre 2023.
À l’échelle mondiale, cependant, la situation est beaucoup plus critique, selon M. Özdemir et M. Ruckwied. « Nous supposons qu’il y aura des goulets d’étranglement au niveau de l’approvisionnement, notamment en Afrique du Nord, dans la région arabe, mais aussi en Asie », a expliqué M. Rukwied.
Cem Özdemir a donc annoncé son intention de soutenir davantage le Programme alimentaire mondial des Nations unies et de promouvoir la production alimentaire durable dans les pays locaux par le biais de partenariats en matière de politique de développement.
« Le monde peut compter sur l’Allemagne », a-t-il assuré.
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