L’agriculture de précision est la clé du « double enjeu » agricole, selon la Commission

Selon une fonctionnaire de la Commission européenne, les technologies numériques peuvent aider l’agriculture à répondre au « double impératif » de rendre le secteur plus écologique tout en assurant la sécurité alimentaire.

Euractiv.com
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L’agriculture de précision, dans laquelle les technologies numériques sont mises à profit pour rendre les pratiques agricoles plus précises, permet d’optimiser l’utilisation des intrants agricoles tels que les pesticides, les engrais ou l’eau. [[SHUTTERSTOCK]]

Selon une fonctionnaire de la Commission européenne, les technologies numériques peuvent aider l’agriculture à répondre au « double impératif » de rendre le secteur plus écologique tout en assurant la sécurité alimentaire. Mais les coûts d’investissement élevés et la faible connectivité dans les zones rurales pourraient constituer un obstacle.

L’agriculture de précision, dans laquelle les technologies numériques sont mises à profit pour rendre les pratiques agricoles plus précises, a suscité une attention croissante ces dernières années comme moyen d’optimiser l’utilisation des intrants agricoles tels que les pesticides, les engrais ou l’eau.

Selon Gaëlle Marion, chef de l’unité pour la durabilité environnementale au sein du service de l’agriculture de la Commission (DG AGRI), ces techniques pourraient être essentielles pour rendre l’agriculture plus respectueuse du climat et de l’environnement tout en maintenant la production aux niveaux actuels.

« Le secteur agricole est confronté à un double enjeu », a-t-elle souligné récemment, lors d’un événement EURACTIV.

Pour Mme Marion, il s’agit d’une part de la « nécessité d’une transition écologique assurant la protection des ressources naturelles et la lutte contre le changement climatique », et d’autre part de la nécessité de poursuivre la production alimentaire.

« L’agriculture de précision vient justement au centre de ce double enjeu », a-t-elle souligné.

Selon la Commission européenne, l’agriculture de précision peut contribuer à augmenter les rendements des cultures et les performances des animaux, à réduire les coûts et à optimiser l’utilisation des intrants.

Par exemple, les technologies numériques peuvent prédire les maladies et ainsi donner un pronostic sur le moment précis où il est nécessaire d’utiliser certains pesticides, a expliqué lors de l’événement l’eurodéputé conservateur Franc Bogovič, qui est également pomiculteur.

De cette façon, moins de pesticides sont nécessaires dans l’ensemble, a-t-il ajouté, expliquant ensuite que des systèmes similaires peuvent être utilisés en matière d’irrigation, réduisant ainsi la quantité d’eau nécessaire et rendant l’irrigation plus efficace.

Des obstacles demeurent

Mais malgré ces avantages, un déploiement plus massif des pratiques d’agriculture de précision se heurte encore à des obstacles importants. Notamment, l’utilisation des technologies intelligentes nécessite d’abord une connexion Internet de bonne qualité.

Selon un rapport publié en 2022 par l’association de l’industrie de la fibre FTTH Council Europe, seuls 30 % des habitants des zones rurales avaient accès à une connectivité en fibre optique intégrale en septembre 2021, contre près de la moitié pour l’ensemble des ménages.

Même si cette fracture numérique se réduit, la connectivité reste « un problème fondamental », a souligné Mme Marion, ajoutant que la Commission espère s’attaquer à ce problème grâce au Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, un programme de financement de l’UE visant, entre autres, à créer une infrastructure numérique et de télécommunications à l’échelle de l’Union.

Outre l’amélioration de la connexion Internet, les coûts d’investissement élevés nécessaires pour acquérir de nombreuses machines d’agriculture de précision peuvent constituer un problème pour les petites exploitations, a souligné M. Bogovič. « Je pense qu’il est très important que nous prenions soin de [ces dernières] », a-t-il déclaré, ajoutant que les coopératives pourraient offrir des solutions en permettant l’achat et l’utilisation partagés des technologies numériques.

Mme Marion a également reconnu qu’un soutien est nécessaire pour que les petites exploitations agricoles aient accès à l’agriculture de précision, mais a déclaré que l’UE fait déjà beaucoup dans ce sens.

« La politique agricole commune (PAC) soutient et continuera de soutenir non seulement les investissements, mais aussi les changements de pratiques », notamment en soutenant les projets de coopération entre chercheurs, conseillers et agriculteurs, mais aussi les services de formation et de conseil en général, a-t-elle ajouté.

Possibilités de partage des données

Parallèlement, Gaëlle Marion a également souligné que la numérisation de l’agriculture « peut être bien plus qu’une étape individuelle au niveau de l’exploitation — il s’agit également d’une coopération le long de la chaîne alimentaire ».

Les applications numériques peuvent potentiellement permettre aux agriculteurs de partager des données entre eux et avec des partenaires le long de la chaîne de valeur, ou de transmettre automatiquement et directement des données administratives aux autorités compétentes, ce qui contribuerait à minimiser les formalités administratives, a souligné M. Bogovič.

Pour rendre possible ce partage de données au niveau de l’exploitation dans toute l’Europe, la Commission s’est engagée à créer un espace commun de données agricoles dans le cadre de la stratégie européenne pour les données qu’elle a présentée au début de 2020.

Mais des recherches ont montré que de nombreux agriculteurs émettent des réserves quant à la divulgation des données.

Dans une étude menée auprès d’agriculteurs allemands par l’association de l’industrie numérique Bitkom, seulement 1 % des personnes interrogées se sont déclarées prêtes à partager des données sans condition préalable, 13 % ont déclaré qu’elles ne voulaient pas partager du tout, et le reste affirme que cela dépend des avantages que cela leur apporterait.

Selon Aline Blankertz, coprésidente de la Fondation SINE, une ONG qui promeut la collaboration en matière de données, beaucoup craignent que la divulgation des données agricoles entraîne des effets négatifs, notamment que les données recueillies aident les autorités à introduire des règles supplémentaires ou plus strictes.

« Si vous parlez aux agriculteurs, ils demandent : qu’est-ce que j’en retire ? », avait-elle déclaré à EURACTIV il y a quelques mois.

Cet article fait suite au débat politique organisé par EURACTIV «Agriculture de précision — Que veulent les agriculteurs de l’UE ? », soutenu par GIGAEurope.