L'Agence européenne de défense met en garde contre l'augmentation des budgets et pointe le manque de coordination
Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les dépenses de l'UE en matière de nouveaux équipements ont explosé, mais le manque de collaboration continue d'en atténuer l'impact.
Le propos de l’Agence européenne de défense (AED) est sans équivoque : les États membres de l’UE doivent augmenter leurs dépenses de défense de 40 % pour atteindre les nouveaux objectifs de l’OTAN, mais l’augmentation du budget ne suffira pas à remédier à l’approche fragmentée de l’Europe en matière d’acquisition de matériel de défense.
L’AED prévoit que les États de l’UE dépenseront 381 milliards d’euros pour la défense en 2025 (en prix constants de 2024), soit une augmentation de 11 % par rapport à l’année dernière. Cela permettrait à l’Union d’atteindre pour la première fois le seuil de 2 % du PIB fixé par l’OTAN, un objectif annoncé pour la première fois en 2014.
Alors que seuls 23 États de l’UE sont membres de l’OTAN — l’Autriche, Chypre, l’Irlande et Malte n’en font pas partie — l’agence de l’UE s’appuie sur les objectifs de l’OTAN pour évaluer les progrès globaux de l’Union.
Lors de leur sommet de juin à La Haye, les dirigeants de l’OTAN ont relevé l’objectif à 3,5 % du PIB d’ici à 2035. Pour l’Europe, cela représenterait des budgets annuels d’environ 635 milliards d’euros, chiffre l’AED.
Tous les États membres de l’UE, à l’exception de Malte et de l’Irlande, ont augmenté leur budget de défense en 2024, les plus fortes hausses ayant été enregistrées en Allemagne, en Lettonie, aux Pays-Bas, en Pologne, en Roumanie, en Suède et en Tchécoslovaquie. Toutefois, les Pays-Bas n’ont pas encore atteint la barre des 2 %.
Malgré l’augmentation de ces enveloppes, l’Europe reste à la traîne par rapport aux États-Unis, qui ont déboursé plus de 800 milliards d’euros pour la défense en 2024.
L’impulsion donnée aux marchés publics
Les dépenses de l’Europe en matière d’équipements de défense ont augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Les membres de l’UE ont dépensé 88 milliards d’euros pour de nouveaux équipements en 2024, soit une hausse de 39 % par rapport à 2023 et de 72 % par rapport à 2021.
Avec le déboursement de 150 milliards d’euros de prêts de défense pour les achats conjoints dans le cadre du programme SAFE de la Commission et une vague de nouveaux contrats, l’AED s’attend à ce que les achats atteignent 100 milliards d’euros cette année.
En plus de dépenser davantage, les Européens doivent aussi dépenser efficacement et conjointement.
« Il s’agit plus de savoir comment nous dépensons l’argent que de savoir combien nous en dépensons », a déclaré André Denk, directeur général adjoint de l’AED, lors du Forum de la Banque européenne d’investissement en mars.
Le récent livre blanc de la Commission a également mis en évidence des inefficacités telles que la fragmentation des marchés publics, le manque d’interopérabilité et la dépendance à l’égard des achats commerciaux sur étagère.
L’AED s’est fait l’écho de ces préoccupations, avertissant que « la dépendance continue à l’égard des achats commerciaux sur étagère (COTS) et la fragmentation des systèmes d’armes soulignent le besoin pressant d’approches plus coordonnées et normalisées en matière d’acquisition de matériel de défense ».
En revanche, les États-Unis s’appuient sur « un nombre plus limité de plateformes utilisées, ce qui facilite la logistique, la formation et la coordination opérationnelle ».
Selon le rapport, le manque de collaboration entre les États membres est aussi à blâmer.
Nick Witney, le premier directeur général de l’AED, a expliqué que la prolifération des initiatives bilatérales et multilatérales en matière d’approvisionnement en Europe a créé une « scène très désordonnée, confuse et qui se chevauche », où « personne ne sait vraiment qui est en charge de l’effort de réarmement européen ».