L’accord politique entre les Vingt-Sept sur les « top jobs » de l’UE reporté
Les dirigeants des États membres ne sont finalement pas parvenus lundi (17 juin) à conclure un accord politique global sur les top jobs — les postes à responsabilité de l’UE — pour la législature 2024-2029, malgré les espoirs initiaux d’un accord rapide. Euractiv fait le point sur la situation.
Les dirigeants des États membres ne sont finalement pas parvenus lundi (17 juin) à conclure un accord politique global sur les trois top jobs de l’UE — président de la Commission, président du Conseil européen et Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité — pour la législature 2024-2029, malgré les espoirs initiaux d’un accord rapide.
Le dîner informel de lundi devait déboucher sur un « accord politique » global visant à reconduire la présidente sortante de la Commission européenne, l’Allemande Ursula von der Leyen (Parti populaire européen, PPE), pour un second mandat à la tête de l’exécutif de l’UE, à nommer le Portugais António Costa (Socialistes et Démocrates européens, S&D) au poste de président du Conseil européen et à désigner l’Estonienne Kaja Kallas en tant que cheffe de la diplomatie européenne.
Cependant, les discussions n’ont finalement pas abouti et les dirigeants ont demandé plus de temps pour négocier.
« C’était une bonne conversation. Cela va dans la bonne direction, je pense, mais il n’y a pas d’accord à ce stade », a indiqué Charles Michel, actuel président du Conseil européen, aux journalistes après le dîner et les discussions entre les dirigeants de l’UE.
« Nous devons nous mettre d’accord sur une équipe, et nous devons nous mettre d’accord sur un programme », a-t-il poursuivi. « Les partis politiques […] ont fait des propositions, et nous aurons l’occasion dans les jours à venir de travailler plus avant et de préparer les décisions que nous devons prendre. »
Le président du Conseil n’a pas donné de détails sur les propositions qui ont circulé jusqu’à présent, mais des sources au fait des discussions ont indiqué que même s’il n’y a eu aucun blocage de nominations ou de noms spécifiques, plusieurs dirigeants ont demandé aux candidats de fournir un programme plus détaillé reprenant leurs actions s’ils étaient désignés.
« Il est de notre responsabilité collective de prendre une décision d’ici à la fin juin », a insisté l’homme politique belge, les dirigeants devant se réunir pour un sommet à Bruxelles les 27 et 28 juin, dans l’espoir de parvenir à un accord avant le vote du Parlement européen sur le candidat à la présidence de la Commission à la mi-juillet.
Le président français Emmanuel Macron a partagé l’avis de Charles Michel sur les négociations, exprimant la possibilité d’un accord la semaine prochaine. « Il faut que ça mijote, je pense qu’on n’est pas si loin que ça », a-t-il affirmé.
« J’ai de bonnes raisons de croire que la semaine prochaine, [lors du] sommet officiel de l’UE [les dirigeants seront] en mesure de prendre des décisions sur les noms qui ont été proposés pour ces postes clés », a pour sa part déclaré le Premier ministre finlandais Petteri Orpo.
Son homologue néerlandais Mark Rutte a commenté : « Nous n’aurons pas une réédition de 2019, lorsqu’il s’agissait d’une grande tombola et que tout était à prendre pendant trois jours ».
« Ce n’est pas le cas ici — cela semble être beaucoup plus clair [cette fois-ci]. »
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Comment les discussions de lundi se sont gâtées
Selon plusieurs diplomates européens, le problème n’était pas la reconduction d’Ursula von der Leyen ou des autres candidats pour les top jobs, les négociateurs des trois plus grands groupes politiques de l’UE — le Parti populaire européen, les Socialistes et Démocrates européens et les libéraux de Renew — s’étant mis d’accord sur ce point avant d’entrer dans le cœur des discussions lundi.
En effet, les dirigeants croate, finlandais et néerlandais ont indiqué que les négociations concernant le trio (président de la Commission, président du Conseil européen et Haut représentant de l’UE) était pratiquement clôturées.
« La question était plutôt de savoir quel était le contenu de l’accord global. Comment instaurer la confiance pour que le Parlement accepte également la solution ? », a expliqué M. Orpo aux journalistes.
Autour de la table lundi, 13 des 27 dirigeants de l’UE appartenaient au PPE — premier groupe au Parlement européen qui s’est encore renforcé au terme du scrutin européen début juin. Ces derniers n’étaient pas satisfaits du fait que seul le poste de président de la Commission revienne à Mme von der Leyen, membre de la CDU allemande affiliée au PPE. Ils souhaitaient également que leurs bons résultats électoraux leur permettent d’obtenir davantage de pouvoir et de postes.
« Nous pensions que l’affaire était réglée, mais le PPE en a décidé autrement », a commenté un diplomate de l’UE.
« Avec une position renforcée, le PPE essaie de faire monter les enchères », a analysé un diplomate cité par l’AFP.
Concrètement, le PPE envisage de désigner un responsable politique issu du PPE pour la seconde moitié du mandat de cinq ans du poste de Conseil européen.
Selon les traités de l’UE, le président du Conseil européen est élu pour un mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois. Jusqu’à présent, il y a toujours eu un accord informel entre les partis et les dirigeants pour renouveler le mandat du titulaire sans grand débat, comme cela avait été le cas pour Charles Michel.
Deux diplomates de l’UE ont confié à Euractiv que le PPE veut s’assurer qu’il n’aura pas à réélire le candidat choisi par les socialistes pour le second mandat. Les socialistes, quant à eux, ont affirmé qu’il n’y avait aucune raison de ne pas suivre la tradition et la procédure.
« C’est désormais plus une question d’équilibre des forces entre le PPE et le S&D qui a empêché l’annonce d’un accord ce soir », a précisé un second diplomate de l’UE lundi dans la soirée.
De plus, certains dirigeants de l’UE, majoritairement issus du PPE, ont exprimé leurs inquiétudes concernant une enquête de corruption en cours sur d’anciens responsables du gouvernement d’António Costa, en lice pour le Conseil européen. Si la procédure l’avait poussé à démissionner en novembre dernier, personne n’a été formellement inculpé d’un crime dans le cadre de cette affaire.
Après le sommet, des sources du PPE ont déclaré que M. Costa avait encore des efforts à faire pour se montrer convaincant.
D’après les personnes au fait des tractations, les dirigeants ont également tenté de discuter d’autres postes importants, tels que celui de chef de la Banque centrale européenne (BCE) pour l’après-2027, ou encore celui de président du Parlement européen. Pour ce dernier poste, la Maltaise Roberta Metsola (PPE), qui occupe actuellement cette fonction, devrait être reconduite pour deux ans et demi.
Le poste de secrétaire général de l’OTAN a également été évoqué. Il devrait revenir selon certaines sources au Premier ministre libéral néerlandais sortant Mark Rutte.
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L’extrême droite hors jeu ?
Malgré les gains de l’extrême droite et de la droite conservatrice aux élections européennes qui ont eu lieu du 6 au 9 juin, ces groupes politiques ne sont pas officiellement pris en compte dans les discussions sur les top jobs.
« La volonté du peuple européen a été ignorée aujourd’hui à Bruxelles — le résultat des élections européennes est clair : les partis de droite se sont renforcés, la gauche et les libéraux ont perdu de la vitesse », a déploré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán à l’issue du dîner.
Bien que la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) auquel appartient son parti, Fratelli d’Italia, au Parlement européen aient été considérés comme des interlocuteurs potentiels de Mme von der Leyen avant les élections, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
« Il est clair que le soutien du Parlement européen au prochain président de la Commission ne peut pas être basé sur les partis de droite et les partis populistes de droite », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz aux journalistes avant les discussions.
L’avertissement de M. Scholz a été repris par un troisième diplomate de l’UE s’adressant à Euractiv, qui a insisté sur le fait que les partis d’extrême droite ou populistes ne font pas partie des négociations.
Les diplomates européens ont souligné que l’objectif pourrait être atteint en comptant sur la « majorité centriste » du PPE, des socialistes et des libéraux et sans les partis de droite plus à droite que le PPE.
Toutefois, les conservateurs tels que Mme Meloni contestent ce point de vue, d’après les informations d’Euractiv.
Pour rappel, pour être reconduite, Ursula von der Leyen a besoin de recueillir une majorité qualifiée d’eurodéputés, ce qui signifie le soutien d’au moins 15 pays, représentant 65 % de la population européenne.
En 2019, l’Allemande avait été élue de justesse avec 9 voix d’avance.
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[Édité par Anne-Sophie Gayet]