La zone euro accepte un plan franco-allemand d’aide à la Grèce

Les 16 États membres ont adopté un mécanisme associant des prêts bilatéraux des pays de la zone euro et une contribution du FMI.

/ EURACTIV.fr
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Les 16 États membres ont adopté un mécanisme associant des prêts bilatéraux des pays de la zone euro et une contribution du FMI.

Réunis de manière extraordinaire en marge du Conseil européen, jeudi 25 mars, les chefs d’État et de gouvernement des 16 pays qui disposent de la monnaie unique se sont mis d’accord pour aider la Grèce en cas de besoin.

Mis en place par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors d’une réunion en début d’après midi, le mécanisme repose sur une possibilité de prêts bilatéraux accordés par les États membres de la zone euro. Ils seront cependant utilisés en dernier recours.

« Lors de l’Eurogroupe, tous les membres se sont déclarés prêts à participer au mécanisme», s’est réjoui le président stable du Conseil européen, Herman Van Rompuy. «La zone euro ne laissera pas tomber la Grèce. C’est un message extrêmement clair. », a-t-il poursuivi. Un message clair adressé à l’intention des marchés. 

Ce système « complété » par des prêts du FMI, sera mis en place « si le financement de marché est insuffisant », indique le texte. En d’autres termes, « si les emprunts de la Grèce ne sont pas souscrits totalement ou si les taux pratiqués sont tellement élevés que cela reviendrait au même », a précisé le président français. La zone euro espère que ce système sera dissuasif et suffira à normaliser la situation des marchés à l’égard de la Grèce.

Reste que les prêts du FMI dont les taux d’intérêts tournent autour de 3% sont plus avantageux que ceux de la zone euro. La France emprunte aujourd’hui approximativement à 3,48% sur dix ans. Or en cas de prêts bilatéraux, elle devrait appliquer une surprime qui prenne en considération le risque grec. « Les taux d’intérêts seront non-concessionnels, c’est-à-dire ne contiendront aucun élément de subvention », précise le texte.

Selon Nicolas Sarkozy, les États membres de la zone euro seraient d’accord pour que leur aide soit majoritaire par rapport à celle du FMI. La France et l’Allemagne auraient évoqué une implication de la zone euro pour 2/3 et du FMI pour 1/3, selon le président de la République français. « C’est ce qu’on a évoqué entre nous, dans l’accord franco-allemand », a précisé le chef de l’État. De son côté, Angela Merkel a évoqué une « participation substantielle du FMI».  

Mais si l’Allemagne plaide depuis quelques jours pour un appel au FMI, la France, et la Banque centrale européenne, notamment y étaient jusqu’à  présent franchement hostiles. Après avoir déclaré, début février, que le recours au FMI serait une humiliation, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a indiqué dans la matinée de jeudi qu’il fallait absolument « préserver la responsabilité des membres de la zone euro ». « Les chefs d’État et de gouvernement ont pris une décision courageuse », a-t-il précisé dans la soirée. 

La Grèce doit trouver plus de 20 milliards d’euros sur les marchés pour refinancer sa dette entre le mois d’avril et le mois de mai. Interrogé par un journaliste sur les limites quantitatives de l’aide, le président français à répondu : « La condition est le plan du gouvernement grec. C’est la seule limite. »

Pour le moment la participation de chaque État membre de la zone euro n’a pas été précisée.

Dans l’après midi, la présidence tournante espagnole de l’UE plaidait pour que le mécanisme ne repose pas sur des prêts volontaires mais soit fonction du PIB et de la population de chaque État. Mais si l’ensemble des pays a validé l’accord, « aucun pays ne peut être forcé à faire des prêts bilatéraux », rappelait, comme une évidence, dans la soirée, un diplomate français.  « Nous nous attendons à ce que les États membres participent au prorata de leur part au capital de la BCE », peut-on lire dans le texte. 

Comment ce mécanisme sera-t-il déclenché? Le texte est clair : « le gouvernement grec n’a demandé aucun soutien financier. Par conséquent, aucune décision n’a été prise aujourd’hui pour activer le mécanisme mentionné ». « Il faut une demande grecque pour activer le mécanisme », explique un diplomate français. « Il démarrera si besoin est », renchérit un autre diplomate. 

Autre certitude : quand la Grèce voudra solliciter le mécanisme de la zone euro, elle devra faire appel à une intervention conjointe des fonds européens et du FMI. Il n’est donc pas question de faire d’abord appel au FMI ou à des prêts bilatéraux.

Mais des doutes subsistent encore sur certains points : aucun chiffre, ni aucun délai ne sont mentionnés dans cette déclaration. Le texte ne dit rien non plus sur le pays, ou l’instance politique qui coordonnera ce mécanisme quand il fonctionnera.

Devant les journalistes, Herman Van Rompuy a refusé de dresser un parallèle entre la situation de la Grèce et celle du Portugal, dont la note avait été abaissée la veille par l’agence de notation Fitch. « Il faut comparer ce qui est comparable. Les situations sont tout à fait différentes », a souligné le président du Conseil européen. 

Par ailleurs, les États membres ont décidé de mettre sur pied un groupe de travail, auquel prendront part les 27, présidé par Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso. « Les membres de la zone euro veulent que le cas grec soit un cas exceptionnel. Cela ne doit plus se reproduire », a insisté l’ancien premier ministre belge. Objectif : disposer d’un « cadre robuste pour la résolution des crises ». Le groupe de travail rendra son rapport avant la fin de l’année. Il devra contenir « les mesures nécessaires pour atteindre cet objectif, en explorant toutes les options pour renforcer le cadre juridique. » Nicolas Sarkozy a indiqué que la France et l’Allemagne feraient certainement des propositions.

POSITIONS :

« Le FMI n’est pas la solution miracle mais c’est un élément important de la solution », a pour sa part argué Herman Van Rompuy. Il a concédé que depuis quelques semaines, les esprits avaient « évolué » sur l’utilisation possible du FMI dans le mécanisme d’aide à Athènes.

« Nous avons pu régler ce problème en famille », s’est félicité le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. « Ce mécanisme est un filet de sécurité pour la Grèce », a-t-il ajouté.

« Je suis confiant dans le fait que que ce mécanisme n’aura pas besoin d’être activé », a déclaré le président de la BCE, Jean-Claude Trichet.

« L’accord trouvé est un succès des États membres de la zone euro rendu possible par la France et l’Allemagne. La zone euro prend son destin en main »,  a déclaré Nicolas Sarkozy. Avant d’ajouter qu’il avait fallu « travailler dur pour trouver un bon accord ». « La France a essayé de rapprocher les points de vue », a-t-il ajouté. 

« Les socialistes européens appellent les chefs d’État et de gouvernement à adopter un mécanisme européen de stabilité financière, basé sur des dispositions légales existantes (article 122-2 du Traité de Lisbonne) et reposant sur la mise en place d’un fonds qui agirait comme un filet de sécurité contre les spéculateurs, pour éviter que les États membres n’empruntent à des taux injustement gonflés par la spéculation. Si cette proposition était adoptée, elle ouvrirait la voie à une stratégie de long terme pour une nouvelle gouvernance économique européenne », a déclaré le Parti socialiste français dans un communiqué juste avant le Conseil européen.

De son côté, le Parlement européen a adopté, jeudi 25 mars, une résolution sur la zone euro et les finances publiques qui appelle à réorganiser le cadre de l’UEM et la gouvernance économique dans la zone euro, par la mise en place de nouveaux engagements contraignants entre les États membres.