La visite en Pologne de Nicolas Sarkozy s’annonce difficile
Varsovie constitue la prochaine étape de la tournée européenne du président français. Nicolas Sarkozy tentera de convaincre le Premier ministre polonais, Jaroslaw Kaczynski, de se rallier à son idée de « traité simplifié » jeudi 14 juin. La discussion sera délicate, la Pologne ayant déjà prévenu qu’elle ne céderait pas sur certains points comme la répartition des votes au Conseil.
Varsovie constitue la prochaine étape de la tournée européenne du président français. Nicolas Sarkozy tentera de convaincre le Premier ministre polonais, Jaroslaw Kaczynski, de se rallier à son idée de « traité simplifié » jeudi 14 juin. La discussion sera délicate, la Pologne ayant déjà prévenu qu’elle ne céderait pas sur certains points comme la répartition des votes au Conseil.
En Bref :
A l’issue d’une rencontre avec le chancelier autrichien, Alfred Gusenbauer, le 11 juin 2007 à Varsovie, Jaroslaw Kaczynski a lancé un avertissement à ses partenaires européens. Il a suggéré qu’il pourrait mettre son veto au mandat pour une conférence intergouvernementale (CIG) souhaitée par le Parlement européen. Cette CIG devrait se tenir dans le prolongement du Sommet européen des 21 et 22 juin pour réfléchir à un nouveau traité institutionnel. Le premier ministre polonais a indiqué : « j’espère que nous nous retrouverons pas dans une situation qui nous obligerait à ne pas soutenir le mandat, ce qui signifierait qu’il n’y aurait pas de mandat ». « La Pologne a ce droit et si la Pologne arrive à la conclusion que c’est dans l’intérêt de l’Europe de s’en servir, la Pologne s’en servira ».
Jaroslaw Kaczynski a confié qu’il espérait que les négociations sur un nouveau traité européen durent « environ un an ». Il a ajouté : « Nous ne prétendons pas essayer de résoudre des questions importantes sur l’avenir de l’Europe en quelques jours ».
La Pologne souhaite rouvrir les négociations concernant le vote au Conseil. Le système de « double majorité » fixé par le projet de Constitution actuel prévoit que pour être adopté un texte devra avoir le soutien d’au moins 55% des États membres représentant 65% de la population européenne. Ceci relèguerait la Pologne au rang de puissance moyenne de l’Europe alors que le Traité de Nice lui donne autant de poids que l’Allemagne, pourtant deux fois plus peuplée. La Pologne cherche donc à établir un système de vote fondé sur la racine carrée du nombre d’habitants afin de donner plus de voix dans le futur Parlement aux petits et moyens pays.
Varsovie est tout aussi opposée à l’instauration d’un ministre des Affaires étrangères européen. S’alignant sur la position du Royaume-Uni, la Pologne estime que cela n’est pas nécessaire. L’autre point majeur de désaccord porte sur les symboles de l’Union européenne que Jaroslaw Kaczynski ne souhaite pas intégrer dans le traité institutionnel.
Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy rencontrera le président polonais Lech Kaczynski jeudi 14 juin pour un entretien suivi d’un déjeuner de travail avec son frère jumeau, le Premier ministre. David Martinon, porte parole du président français, a déclaré que ce dernier « plaidera auprès des dirigeants polonais pour l’adoption d’un traité simplifié amendant le traité de Nice qui permettrait de mettre en œuvre l’essentiel des avancées constitutionnelles que contenait le projet de Constitution européenne ».
Il n’est pas question pour Nicolas Sarkozy de « froisser » les Polonais, allusion faite à la phrase prononcé par Jacques Chirac en 2003 lors de la guerre en Irak. S’indignant du soutien de la Pologne à la guerre en Irak, Chirac avait déclaré « que [les Polonais] avaient perdu l’occasion de se taire ». La présidence a tenu à préciser que Nicolas Sarkozy « considère que la Pologne, parce qu’elle est un grand pays d’Europe, a des responsabilités particulières dans la construction européenne et doit montrer l’exemple ». « Les Polonais ont un rôle à jouer », a déclaré le président français en marge du G8, tout en soulignant que «l’Europe, [c’est] aussi l’apprentissage du compromis ».
Dans un entretien accordé au journal Le Mondedaté du mercredi 13 juin, le premier ministre polonais, Jaroslaw Kaczynski, s’est réjoui de la venue de Nicolas Sarkozy à Varsovie. Cette visite devrait marquer une étape importante dans les relations franco-polonaises. La Pologne est « ouverte au compromis », a déclaré le Premier ministre, notamment en ce qui concerne le système de vote. Toutefois, le compromis n’ira pas jusqu’à accepter le mode de décision prévu dans le Traité constitutionnel.
Le premier ministre polonais a précisé qu’il représenterait la Pologne à la place de son frère au prochain Sommet européen si les rencontres avec Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et José Luis Zapatero ne se passaient pas bien. « Quand la situation n’est pas bonne, il faut envoyer ceux qui ont mauvais caractère », a-t-il déclaré.
Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a indiqué que le veto de la Pologne plongerait l’Europe dans une crise. « Aucun pays de petite ou moyenne taille ne devrait imposer sa volonté à d’autres pays », a-t-il estimé, en ajoutant que « c’[était] à elle-même que la Pologne [nuirait] le plus si elle [faisait] usage de ce veto ».
Ces tensions interviennent seulement dix jours avant le Sommet européen des 21 et 22 juin 2007, dont la priorité est d’atteindre un compromis sur une feuille de route pour réformer les institutions de l’Union. La chancelière allemande Angela Merkel, qui assure la présidence de l’UE, cherche à trouver un consensus sur un calendrier et sur les éléments clés d’un nouveau traité. Ceci mettrait fin à la crise institutionnelle provoquée, en 2005, par les non français et hollandais au projet de Constitution.